15/06/2015

Psychodrame à la sauce suisse

La Suisse vient de vivre un psychodrame politique qui paraît exotique aux Français. Non, je ne vous parle pas de la FIFA et de ses turpitudes. Y a pas que le foot dans la vie ! Je vous parle de la radio-TV publique. Les électeurs helvétiques ont décidé à une majorité de 3000 voix sur 2.2 millions de votants que la redevance radio-TV - l’une des plus élevées en Europe - passera de 460 à 400 francs par an. Surtout, ils ont accepté que tous les usagers passeront à la caisse, puisque les programmes sont reçus sur tous les écrans (TV, tablette, smartphone). Pas de quoi fouetter un chat !
Vous avez tout faux ! Les petits patrons helvétiques, les radio-TV privées et les grands groupes de presse ont fait tonner leurs canons pour s’opposer à cette modification de la loi. Pas pour défendre la redevance, mais pour revendiquer une plus grande part du gâteau publicitaire. Il faut savoir qu’en Suisse, la radio-TV est dominée par la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR) : 17 stations radio et 7 chaînes TV, en quatre langues, 6100 employés, un chiffre d’affaires de 1,65 milliard de francs. « La SSR ne poursuit aucun but lucratif et se finance pour près de 75 % par la redevance et 25 % par ses activités commerciales. Elle est indépendante aux plans politique et économique ». Dans le paysage audiovisuel helvétique, il y a la SSR…et les autres. La RTS, la filiale francophone de radio rafle 57% de part de marché et ne laisse que 24% aux radios privées et 10% aux radios étrangères. En TV, c’est une autre histoire : 35% de part de marché pour le service public helvétique, mais 65% pour les chaînes françaises. Selon la loi, les radios et les TV privées suisses ont droit à une part de la taxe.
Evidemment, les centaines de millions de francs de la taxe font saliver les grands groupes de médias. En 2013, la presse ramassait 1.6 milliard du gâteau publicitaire, mais les médias électroniques en raflaient 942 millions. Pour attaquer le »monopole » de la SSR, les petits patrons ont lancé un referendum contre la loi avec un argument qui fait mouche : si tout le monde doit payer la redevance, ce n’est plus une taxe, c’est un impôt. Et ils ont brandi l’arme fatale : la défense du service public : « Il ne faut pas étouffer par un monopole d'État le jeu d'une saine concurrence entre les divers fournisseurs de services. » Pourquoi payer une taxe pour des émissions de divertissement, des jeux, des séries et du sport que les sociétés privées peuvent produire avec la publicité ? Pour ses adversaires, il faut démanteler le mammouth public, empêcher la SSR de conquérir Internet et réduire son mandat à l’information. La taxe devrait être réduite à 200 francs par an.
Le gouvernement suisse et les dirigeants de la SSR n’ont pas vu venir le tsunami. Ils se sont accrochés au texte de la loi, qui ne prévoit qu’un aménagement de la taxe. Un vote facile pour une simple question technique. Le débat sur le service public, sur la concession que le gouvernement accordera à la SSR, ce sera pour l‘an prochain. La SSR n’a pas pris la peine d’expliquer comment elle utilisait l’argent de la taxe, ou elle l’a fait trop tard. Elle n’a pas su convaincre qu’elle était prête à se mettre en question et à alléger ses lourdes structures. Elle qui recycle les politiciens, elle n’a pas su mobiliser ses relais dans l’opinion. Pathétique, le président de la SSR, un fonctionnaire qui va se lancer en politique, a simplement déploré le mélange des genres, pendant la campagne ! Eh bien, c’est un magnifique raté : la loi est passé d’un cheveu, la Suisse est coupée en deux, entre cantons germanophones qui ont dit non et cantons francophones qui ont dit oui.
Les médias suisses sonnent la charge : « Et maintenant, le débat, le vrai ». Les adversaires de la SSR fourbissent leurs armes pour un assaut qui s’annonce musclé. Au fond, la vraie question, c’est : est-ce que les Suisses sont prêts à payer pour des médias publics ou préfèrent-ils écouter et regarder gratuitement du sport et du divertissement financés par la publicité ? Vraiment, les Suisses ne font rien comme les autres. Vous imaginez, en France, si on demandait aux électeurs s’il faut réintroduire la publicité après 20 h. pour que France Télévision produise des émissions culturelles ? Ce sont les grévistes de Radio France, pas les électeurs, qui se sont battus pour "nos valeurs et de nos contenus. Il faut préserver à tout prix les fictions, les documentaires et les créations musicales ». Résultat : un mois de grève, 4 millions de pertes de recettes et une vague promesse de dialogue social.
La Suisse, comme la France, n’échappera pas à une redéfinition du service public. Il faut écouter Alexandre Brachet, fondateur de l’agence Upian : « La télévision et la radio n’ont plus le monopole. C’est un fait. L’accès à la culture et à l’information se fait désormais massivement par Internet. La mission du service public audiovisuel dans cette configuration ? Une formidable opportunité. Internet est un fantastique terrain de jeu pour les auteurs et les créateurs. Internet est l’outil de la relation avec le public et constitue finalement une excellente définition du service public. » Encore faudrait-il que les politiciens comprennent que Internet, ce n’est pas seulement un gadget pour poster des petites phrases sur Facebook ou Twitter !

22:31 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2015

Barça-Valls : 3-0

On avait eu le coup de boule de Zidane, qui lui avait valu un carton rouge en finale de la Coupe du monde 2006. On vient de vivre la mascarade de la réélection de l’inusable maestro suisse de la FIFA, le temple de la corruption, et sa démission forcée. Et voici que le premier ministre français, fan du Barça, n’écoute que sa passion du ballon rond pour s’envoler vers Berlin assister au triomphe des Catalans. Décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume du foot ! Trop de fric, trop de passion chauvine, le ballon rond, c’est une drogue dure qui fait péter les plombs des joueurs, des dirigeants et des politiciens.
Que Manuel Valls en ait eu marre de ses petits camarades socialistes au congrès de Poitiers, on comprend. Entre les fiers artistes catalans du ballon, à la tunique rouge et or, et les tristes militants du PS, y a pas photo ! Mais alors, faut assumer. Il faut avoir le courage de dire : j’ai besoin de respirer l’air des champions, j’ai besoin de gueuler "Olé Olé Campeones!, Barça, Barça y Barça! », je me casse. Et bien non, Manuel Valls l’a jouée petit bras : j’ai une réunion importante avec Platini, le président de l’UEFA, je suis en mission officielle pour la France, je vole donc avec l’avion du gouvernement. Une facture de 14 000 euros ? Les contribuables ne vont quand même pas empêcher le premier ministre de la France de faire son métier ! Et, puisqu’il y a encore des places dans l’avion de la République, j’invite mes deux enfants à la réunion de la FIFA…euh au match.
Evidement, les critiques sont tombées en rafales, comme à Gravelotte, du Front national aux Républicains, ces parangons de vertu, comme chacun sait. Comment, le premier ministre gaspille les deniers de la République pour assouvir sa passion du foot, c’est scandaleux, une faute politique inexcusable ! Alors, on ne comprend plus. Qu’un Zidane pète un câble devant les injures d’un adversaire italien, passe encore. On peut être un grand champion et avoir la tête près du bonnet. Mais qu’un animal à sang froid comme le premier ministre français se laisse piéger comme un bleu et aggrave son cas avec des excuses de cour d’école ! « Je suis premier ministre. Je me déplace avec les moyens que vous connaissez. N'essayez pas de créer de faux débats….Je travaille beaucoup, je m'engage beaucoup. Et puis de temps en temps, il y a aussi un moment de détente, même s'il y a de la tension et de la passion dans le sport. »
Le pouvoir rend fou ou, en tous cas, fait perdre à ceux qui le détiennent le sens des responsabilités. Ils ont tous été pris le doigt dans le pot de confiture : Giscard et les diamants de Bokassa, Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris, Mitterrand et ses escapades en Egypte avec sa fille Mazarine, Sarkozy et sa sauterie présidentielle du Fouquet’s. Tous auraient pu proclamer : l’Etat, c’est pour moi ! Quand on émarge au budget de l’Etat pour 11 000 euros par mois, avec voiture de officielle, gardes du corps, logement de fonction, régime fiscal très généreux et retraite en or, on a de la peine à comprendre que le Français moyen montre les dents quand ces « princes qui nous gouvernent » abusent de leur pouvoir et font régler leurs plaisirs par l’argent public.
Je me souviens de ce que m’a dit un jour Pierre Salinger, qui fut porte-parole du président Kennedy, quand je lui ai demandé ce qu’était le pouvoir. « Quand j’étais à la Maison Blanche, j’appuyais sur un bouton et j’avais une voiture, un hélicoptère, un avion. Après la mort de JFK, je me suis retrouvé à l’aéroport et personne pour porter mes valises. J’ai compris ce que c’était, le pouvoir ! »
Cet aveu, aucun homme politique français n’aurait osé le faire. En France, l’usage immodéré des fonds publics est une des prérogatives du pouvoir, à droite comme à gauche. Comme l’écrit si bien doc philo dans un commentaire du Monde : « Le Berlin -gate est un délicieux bonbon , croisement de la bêtise de Cambrai et du sirop de Vals. à déguster sans modération. » Carton rouge pour Valls ? Même pas peur ! En politique comme au foot, l’important, c’est de durer. C’est la saison du mercato, mais le président Hollande n’a pas l’intention de virer son centre-avant, tant qu’il marque encore des buts.

10:17 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2015

La France qui travaille à l’oeil

Lundi de Pentecôte, trois Français sur dix travaillent…sans salaire. Je plaisante ? Pas du tout, c’est la loi du 30 juin 2004 : « Une journée de solidarité est instituée en vue d'assurer le financement des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées. Elle prend la forme d'une journée supplémentaire de travail non rémunéré pour les salariés et de la contribution [des employeurs pour financer] l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. »
C’est le président Chirac qui avait eu cette généreuse idée, après la canicule meurtrière de 2003. Pour financer une Caisse nationale de sécurité pour l’autonomie (CNSA), les Français vont sacrifier un jour férié. Ce beau geste rapporte plus de 2.5 milliards d’euros par an pour les vieux. Pourquoi le lundi de Pentecôte ? Bonne pioche : ce n’est pas une fête religieuse et, par définition, ça ne tombe jamais un week-end. Comme le patron ne paie pas cette journée de solidarité, il verse 0.3% des salaires à la caisse. Même chose pour le salarié qui paie l’impôt sur le revenu, c’est à dire moins d’un Français sur deux. Cette manne va aider à recruter du personnel pour les maisons de retraite, à financer l’aide à domicile et la modernisation des institutions.
Mais, comme toujours en France, le diable est dans les détails. Vous pensez bien que les patrons et les syndicats ne sautent pas de joie quand la loi leur impose de travailler un jour à l’oeil. Depuis 2008, les patron sont libres de choisir le jour : lundi de Pentecôte ou un autre jour, moyennant une RTT en moins. Rappel pour les nuls : « Le jour de RTT est une journée de repos qu'une entreprise donne à son salarié afin de compenser un temps de travail qui excède les 35 heures hebdomadaires règlementaires. » Résultat des courses : en France, où le temps de travail est de 41 heures par semaine contre 48 heures dans l’Union européenne, où il y a 11 jours fériés contre 9 en Allemagne, l’activité chute en moyenne de 70% en moyenne le lundi de Pentecôte ! Sans compter qu’il y a  déjà trois autres jours fériés en mai avec de belles possibilités de faire le pont !
Du côté syndical, ça gronde aussi. La CFTC lance un mot d’ordre de grève « pour dire STOP au mensonge de la journée dite « de solidarité ». Quoi, mon patron va m’obliger à travailler un jour à l’oeil par solidarité avec les vieux ? « Le principe, tout travail mérite salaire est incontournable, il n'est pas incompatible avec le nécessaire effort financier qui doit être fait au profit de la prise en charge de la dépendance, encore faut-il que cet effort soit justement réparti. » Pourquoi une caissière de supermarché doit-elle offrir une journée de salaire, alors qu’un cheminot ne travaillera que 1 minute 52 de plus ? Et pourquoi mon médecin ne participe-t-il pas comme les autres ?
En pratique, si les salariés ne se mettent pas d’accord sur la journée de solidarité, c’est le patron qui décide : certains suppriment un jour de congé ou de RTT, d'autres sacrifient un samedi ou choisissent de répartir 7 heures supplémentaires de travail sur l'année. Des entreprises en font cadeau à leurs salariés. Les salariés à temps partiel sont concernés, proportionnellement à leur durée de travail. Une chatte n’ y retrouverait pas ses petits.
Pour les millions de Français qui ne travaillent pas le lundi de Pentecôte, c’est la bouteille à l’encre. Ils ne savent pas si leur épicier, leur boucher ou leur coiffeur sera ouvert. A Paris, tous les services municipaux sont fermés, ainsi que les musées municipaux. Mais pour les musées nationaux, ça dépend : le Louvre et le Centre Pompidou sont ouverts, mais le Quai Branly et le musée d’Orsay sont fermés ! A Toulouse, la plupart des supermarchés sont ouverts, mais les enseignes de bricolage sont fermées. A Nîmes aussi, c’est selon. Mais, rassurez-vous : la corrida équestre de la Feria aura bien lieu dans les arènes !
Les Français l’ont en travers de la gorge, comme cette lectrice du magazine Challenges : « Cette journée est une vaste escroquerie, comme l'a été en son temps la vignette automobile ...Au finish, ce ne sont ni les vieux ni les handicapés qui en bénéficient, eux et leurs enfants continuent à payer le prix fort pour les maisons de retraite et l'aide à domicile. Un grand tour de passe-passe pour les actionnaires des différentes structures qui font de la prédation sur le vieillesse et la dépendance. » Ou ce lecteur : « Je travaille comme beaucoup de gens que je connais...Le problème, c'est que les transports en commun fonctionnent comme un dimanche !! C'est-à-dire avec un service de trains où ils sont…huit fois moins nombreux....C'est dire combien on va être serrés à l'intérieur ...Et les poids lourds, même les camionnettes, n'ont absolument pas le droit de circuler en ce week-end qui est le plus meurtrier de l'année sur les routes....donc aucune activité économique dépendant ou ayant trait aux transports sur route…. »
Allons, c’est beau, c’est généreux, la France ! Et tant pis pour les grincheux : la journée de solidarité, ça permettra d’aller à la pêche, qui est ouverte jusqu’au 20 septembre.

15:47 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

09/05/2015

Hillary, Bill et l’argent gris

Vous avez été séduit par le joli sourire et le courage d’Hillary Clinton, qui se lance à la conquête de la Maison Blanche. Vous avez été conquis par l’interview qu’elle a accordé, il y a quelques mois, à la télévision française. Une femme qui a pardonné ses frasques sexuelles « inappropriées » à son pendard de Bill, qui a servi loyalement Obama, qui l’avait éliminée de la course à la présidence, cette femme a tout pour devenir la première présidente des Etats-Unis : l’expérience, le courage, le charisme, son mari Bill et l’argent de la fondation Clinton. Et voilà qu’un méchant bouquin vient bousculer la vaillante candidate : « L’argent des Clinton, l’histoire secrète, comment des gouvernements étrangers et le monde des affaires ont aidé Bill et Hillary à s’enrichir.
Une bombe politique. Selon l’auteur, un conservateur proche des Républicains : « Pendant les années où Hillary était Secrétaire d’Etat, les Clinton ont mené ou facilité des centaines de transactions avec des sociétés étrangères, dont certaines leur ont fait gagner des millions ». Par exemple : l’accord commercial entre les Etats-Unis et la Colombie, qui a profité à une gros donateur de la Fondation Clinton ou des projets de développement après le tremblement de terre à Haïti. Il y a quelques semaines, le New York Times a publié une grande enquête qui révélait la face sombre de l’empire : quand Hillary était aux affaires, le Département d’Etat a autorisé un accord qui a permis à une société russe d’acheter les droits de 20% de l’uranium américain et Bill a touché un demi-million de dollars pour une conférence organisée par une banque russe proche du Kremlin. Bien sûr, les adversaires républicains d’Hillary tirent à boulets rouges sur la candidate démocrate.
Tout le monde le sait : l’argent est le nerf de…la politique ! Selon la fière devise d’Abraham Lincoln, l’Amérique est le pays du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Aujourd’hui, l’Amérique est une caricature de la démocratie, où l’argent de la corruption coule à flot pour financer la politique. En avril 2014, la Cour suprême des Etats-Unis a assoupli les règles du financement électoral, au nom de la liberté du citoyen à « participer au processus électoral ». Un riche homme d’affaires de l’Alabama avait fait recours, il voulait donner plus d’argent que les malheureux 123 200 dollars autorisés tous les deux ans, « une grave atteinte à la liberté d'expression politique », selon son avocat. En réalité, la Cour suprême a ouvert toutes grandes les vannes de l’argent gris qui se déverse par milliards dans la politique. On ne parle pas des misérables millions des comptes de campagne des candidats français. On parle de milliards de dollars. En 2012, la campagne présidentielle américaine a coûté 2.6 milliards.
En France, c’est l’Etat qui finance les candidats, avec les cotisations des militants et les dons limités des citoyens. Sans compter les centaines des micro-partis, aimable euphémisme pour des pompes à finances électorales. Tous les partis se font prendre régulièrement les doigts dans le pot de confiture. Aux Etats-Unis, l’argent public ne couvre que le quart des budgets électoraux, mais la plupart des candidats y renoncent pour ne pas devoir limiter leurs dépenses. Pour gagner des voix, les candidats doivent taper les contribuables et les entreprises. L’imagination des politiciens pour trouver du fric est sans limites. Pour tourner les limitations de la loi, les candidats ont créé des comités de parti, les Political Action Comités (PACs), pour recueillir sans limite les gros chèques. En principe, les "PACs" ne peuvent donner que 7 300 dollars à un candidat, 15 000 dollars à un parti, et 10 000 dollars aux associations politiques. Il suffit de multiplier les PACs et les contributions s’envolent ! Il y a aussi les dons discrets de milliardaires étrangers. Tous les présidents américains ont utilisé ces pompes à finances électorales. Et tous ont grassement rémunéré leurs fidèles donateurs. Selon le site OpenSecrets, 80% des gros donateurs d’Obama en 2008 ont reçu des postes-clé dans l’administration. Parmi les récompenses les plus scandaleuses, le pardon de Bill Clinton au roi du pétrole Marc Rich, réfugié en Suisse pour échapper au fisc, qui avait gagné des milliards en vendant du pétrole iranien, malgré l’embargo, dont il avait fait profiter son ami Clinton.
Menant campagne dans son bus électoral, Hillary Clinton, dans un bel élan, a déclaré la guerre à l’argent gris : »Nous devons nous occuper des dysfonctionnements de notre système politique et éliminer l’argent non déclaré, une fois pour toutes, et même s’il faut modifier la Constitution ». Noble intention, mais Hillary refuse de donner les noms des lobbyistes qu’elle a chargé de récolter de l’argent pour sa campagne. Selon la loi, personne ne peut obliger un candidat à révéler qui le finance. En 2012, tout ce que Obama avait rendu public, c’était les catégories de lobbyistes : entre cinquante et cent mille dollars ; entre cent mille et deux cents mille ; entre deux cents mille et un demi-million ; enfin, au-dessus d’un demi-million de dollars. Au-dessus, c’est combien : 10, 20 millions ? Hillary devrait peu-être rendre hommage à Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs de l’Amérique, qui disait : "Rien n'est plus doux que le miel, sauf l'argent."          



18:31 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2015

Héritiers suisses, tremblez !

Ah, la Suisse, ses montagnes, ses montres, son chocolat et… ses impôts légers ! Un paradis pour les riches, un havre pour les travailleurs bien payés et les rentiers prospères ! Ca, c’est l’image d’Epinal que les Français ont de la Suisse. La réalité, c’est que si les Suisses ne font pas pitié, ils paient cher leur prospérité : le coût de la vie est élevé, les impôts sont lourds et la pauvreté augmente. Et surtout, la caisse fédérale de retraite - joliment appelé Assurance vieillesse et survivants (AVS) - a un trou de 300 millions de francs suisses, pour la première fois depuis quinze ans.
La gauche suisse a trouvé la recette miracle. Le petit parti évangélique (si,si, ça existe en Suisse), soutenu par les socialistes et les syndicats, a lancé une initiative populaire pour inscrire dans la Constitution le principe : «Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS». En clair, taxer les riches héritiers pour aider les pauvres retraités. Les successions représentaient 2,7% de la fortune privée et 13,1% du revenu national en 2011 (contre 5,1% en 1975). En gros, un magot de 76 milliards en 2015. L’initiative propose de prélever un impôt de 20% sur les héritages dépassant 2 millions de francs et sur les donations de plus de 20 000 francs. Les montants sont doublés pour les couples. Afin de ne pas pénaliser les transmissions de petites et moyennes entreprises, le texte prévoit une exonération de 50 millions pour un taux réduit de 5%. Ca rapporterait 3 millards de francs suisses, deux tiers pour l’AVS, un tiers pour les cantons.
C’est là que ça coince. En Suisse, il n’y a pas d’impôt fédéral sur les successions, ce sont les cantons qui taxent les héritiers. Selon le quotidien Le Temps : « Seuls trois cantons, Vaud, Neuchâtel et Appenzell Rhodes-Intérieures, prélèvent un impôt sur les descendants directs, mais tous, sauf Schwyz, ponctionnent les autres héritiers. Cela représente un volume de recettes de 970 millions, soit à peu près l’équivalent de ce que propose l’initiative. » Le  gouvernement suisse et le Parlement sont contre. Ils ne crachent pas sur 3 milliards, mais ils préfèrent que les cantons gardent leur autonomie fiscale. Et pour boucher le trou de l’AVS, ils proposent d’augmenter de 2% la TVA.
Evidemment, on pouvait s’y attendre, les cantons, la droite et le patronat - en Suisse, on dit les milieux économiques - montent au créneau. L’un des plus virulents est le ministre vaudois des Finances, Pascal Broulis. Il parle de « course effrénée au populisme anti-impôts ». Il rappelle que deux tiers des électeurs vaudois ont accepté l’impôt sur les successions directes qui a rapporté au canton 85 millions sur un total de 5,4 milliards. Et il dégaine l’argument qui tue : si l’initiative sur les successions passe, c’est la mort des juteux forfaits fiscaux. Les 1400 riches étrangers peu imposés qui rapportent plus de 200 millions prendront la fuite. Son credo, c'est le proverbe : « Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul ».
Pour les Français, ce débat de riches pour se partager le gâteau de la prospérité helvétique peut paraître un peu exotique. Vous imaginez ça, en France : demander aux électeurs s’ils préfèrent taxer les héritiers de Dassault, de Tapie, de Bettencourt et d’Arnaud ou augmenter de 2% la TVA ? Vous pariez que la TVA gagnera ? Mais les malheureux héritiers suisses ont d’autres soucis et c’est la faute de la France. Le 17 juin 2014, la France a dénoncé la Convention fiscale bilatérale la liant à la Suisse, signée le 31 décembre 1953, et visant à éviter la double imposition en matière de successions. En clair, c’est la double peine pour les héritiers suisses : « Concrètement, dès janvier 2015, les quelque 180.000 Suisses domiciliés en France devront payer l'impôt sur les successions en France lorsqu'ils hériteront de biens détenus par des parents résidant en Suisse. Ils risqueront la double imposition, dans la mesure où la Suisse applique le droit du domicile du défunt, et taxe également les héritages, mais à un niveau nettement moins élevé cependant qu'en France. » Le gouvernement suisse a eu beau protester, quand Bercy tient un juteux morceau, il ne desserre jamais les dents ! Et son ministre des Finances a fait sienne cette maxime du poète anglais William de Britaine, en 1689 : »La joie des héritiers ne s'augmente qu'en proportion des biens qu'on leur a laissé."

12:19 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)