10/01/2015

Museler les médias : mission impossible !

La France vient de vivre trois jours de terreur avec des attaques terroristes et des prises d’otages, qui ont causé la mort de 20 personnes : des dessinateurs de presse, des policiers, des Juifs et les terroristes. Trois jours aussi de déferlement médiatique : un tsunami d’informations, d’images, de témoignages, d’interviews en continu sur les chaînes de TV, de radio et sur les réseaux sociaux. Pendant trois jours, les Français médusés ont subi en rafales émissions spéciales, alertes info, envoyés spéciaux, images exclusives, avis d’experts du terrorisme et déclarations de responsables politiques.
Et comme à chaque événement dramatique relayé en direct par les médias, les mêmes questions se posent : les journalistes sont-ils irresponsables lorsqu’ils diffusent des images qui informent les terroristes sur l’action de la police ? C’est un dilemme vieux comme le monde médiatique. En mai 1968 déjà, Europe1 était accusé par le ministre de l’Intérieur d’aider les émeutiers à échapper aux CRS. A chaque prise d’otages, la police reproche aux médias de montrer comment elle se prépare à intervenir, parce que tout le monde sait que les terroristes aussi écoutent la radio et regardent la télévision. Et les ministres et les responsables de la police rêvent d’un monde où les cameramen ne filmeraient que ce qu’on leur permettrait, où les journalistes ne raconteraient que ce que les autorités voudraient entendre. Bref, ils rêvent de museler les médias.
Mais, en cas de crise, le monde des médias n’est pas celui des pouvoirs politiques : c’est une jungle où la concurrence est féroce entre journalistes, où chacun se bat pour avoir un scoop, une image ou un témoignage exclusif. L’envoyé spécial est sous pression de sa rédaction : qu’est-ce qu’il voit, qu’est-ce qu’il sait, que dit la police, et les témoins ? Le journaliste reporter d’images est poussé à aller toujours plus près de l’action, comme celui de France2 qui suivait les troupes de choc du GIGN qui se préparaient à donner l’assaut contre le terroriste qui avait pris en otages les clients d’une épicerie casher à Paris.
Inconscient du danger, irresponsable, le caméraman d’actualité confronté à la violence et à la mort ? J’ai été journaliste à la télévision suisse pendant 30 ans et je me souvient de ce me disaient mes copains cameramen : moi, je suis payé pour filmer tout ce que je vois, c’est toi qui décides ce que tu veux montrer au public ! Un cameraman suisse a été le seul à pouvoir filmer le drame du Heysel, le 29 mai 1985 à Bruxelles : lors de la finale de la Coupe d’Europe, des grilles de séparation et un muret s'effondrèrent sous la pression et le poids de supporters, faisant 39 morts et plus de 600 blessés. Il m’a raconté : j’avais l’oeil rivé à ma caméra, plus je m’approchais, plus je voyait les morts et les blessés. Si je ne filmais plus, personne ne verrait ce qui s’est passé.
Lors d’une prise d’otages, personne ne sait ce qui va passer, personne n’a le temps d’analyser la situation. Alors, les médias montrent en direct tout ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent, comme le 11 septembre 2001 à New York ou comme vendredi dernier, à la Porte de Vincennes, à Paris. Les reporters s’invitent chez les habitants pour avoir une meilleure image avant l’assaut de la police. Avec tous les risques de dérapage, d’approximation et de dramatisation. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous des voyeurs. Nous sommes installés devant notre écran ou au volant de notre voiture et nous voulons vivre l’événement en direct ! Et si le spectacle n’est pas assez dramatique, nous zappons ! Mais, aujourd’hui, les médias, ce n’est plus seulement les professionnels de l’information. N’importe qui, avec son smartphone ou son camescope, peut filmer ce qui se passe et le diffuser immédiatement sur Facebook. Comme cette séquence insupportable où on voit un terroriste achever un policier après le massacre de Charlie Hebdo.
Museler les médias ? La police peut éloigner les journalistes, arrêter la circulation et instaurer des zones de sécurité. Mais comment contrôler l’information dans un quartier de Paris, quand les habitants se mettent à leurs fenêtres pour filmer le drame et envoyer les images sur les réseaux sociaux ? Il faudrait couper Internet à des dizaine de milliers d’utilisateurs, faire intervenir des spécialistes pour brouiller les communications. Mission impossible ! « 1984 », Big Brother, le monde terrifiant imaginé par George Orwell, est-ce vraiment l’information muselée que nous voulons pour éviter les dérapages des médias ? Après le drame de ce début janvier, les journalistes devront aussi faire le bilan et se demander s’ils ont respecté leur éthique professionnelle en informant le public. Si les professionnels des médias ne se montrent pas responsables, comment pourraient-ils convaincre le public que toutes les images et tous les témoignages ne doivent pas être diffusés ? J’ai trop entendu cette excuse des internautes : nous ne sommes pas journalistes, nous n'avons pas les mêmes règles que vous et, de toute façon, vous ne nous donnez pas vraiment l’exemple !



18:59 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

27/10/2014

Payer l’impôt, sans blague !

L’Etat, c’est pour moi. Ca pourrait être la devise de la France. Les Français attendent tout de l’Etat, mais ils ne veulent pas payer d’impôts pour financer ses largesses. Encore un paradoxe français ! Quand leur entreprise licencie, quand leur vin ne se vend plus, les Français vont pleurer auprès de l’Etat pour qu’il ouvre son parapluie protecteur contre la mondialisation et qu’il indemnise leurs pertes. L’Etat leur doit bien ça, avec tout le pognon qu’il leur pique en impôts et en taxes !
C’est vrai que les contribuables français sont les moutons les mieux tondus d’Europe. D’accord, un Français sur deux ne paie pas un centime d’impôt sur le revenu. Mais les fonctionnaires du ministère des Finances et des collectivités locales ont une imagination sans limite pour le matraquage fiscal : impôt de solidarité sur la fortune, contribution sociale généralisée, taxe foncière, taxe d’habitation, droit de succession, impôt sur les sociétés, j’en oublie et des meilleurs. Même la Commission européenne se fâche : il y a trop d’impôts en France.
Au Café du Commerce, ça gueule fort : « L’Etat ne fait rien, il nous pompe toute notre vie ». Selon le Figaro, les Français sont « d'accord pour payer des impôts, mais ras-le-bol de l'inventivité des politiques pour en créer sans arrêt des nouveaux; ras-le-bol de la façon dont ces impôts sanctionnent l'épargne et l'investissement; ras-le-bol de la façon dont ils sont dépensés par l'Etat et les collectivités locales. » Des économies dans le budget de l’Etat et des régions ? Mais on en fait déjà - ou, plutôt. on promet qu’on va en faire : 21 milliards d’euros. Une somme vertigineuse pour le Français moyen. En réalité, une goutte d’eau quand le déficit de la France dépasse 2000 milliards.
Pendant que la France d’en-bas gronde contre l’appétit du fisc, celle d’en haut cherche des moyens de ne pas payer d’impôts. Bien sûr, il y a les exilés fiscaux en Suisse ou en Belgique - les sportifs, les artistes et les grandes fortunes discrètes. Mais les méchants Helvètes veulent les priver du forfait fiscal. Il y a aussi les multinationales comme Total, qui ne paient pas d’impôt parce qu’elles perdent de l’argent. Les Français effarés découvrent que leurs hommes politiques, pour lesquels ils n’avaient déjà pas beaucoup de tendresse, se comportent comme des voyous et fraudent le fisc à tout va. La France entière avait hurlé quand le ministre du budget Jérôme Cahuzac avait juré qu’il n’avait pas de compte en Suisse, alors qu’il y planquait 600 000 euros. Les Français avaient ricané quand le secrétaire d’Etat Thomas Thévenoz avait « oublié » de payer ses impôts depuis trois ans. Pas seulement ses impôts, son loyer et ses contraventions aussi, pour cause d’allergie administrative ! En mars 2013, ce champion de la fraude fiscale et grand copain de l’ex-ministre Montebourg est élu vice-président du groupe socialiste et dans la foulée il est nommé vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale et a été membre de la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac. Mais les Français en perdent la voix quand le Canard Enchaîné, à qui les fonctionnaires refilent des dossiers quand ils n’en peuvent plus des magouilles, révèle qu’une soixantaine de parlementaires seraient en délicatesse avec leurs impôts. En clair, ils fraudent le fisc. C’est vraiment « tous pourris » !
Depuis un an, tous les parlementaires doivent déclarer leurs revenus et leur fortune. Une Haute Autorité sur la transparence de la vie publique - ça a de la gueule, ça ! - vérifie s’ils disent la vérité, main dans la main avec l’administration fiscale. Le pompon, ce sont les explications des politiciens. Un député avait oublié de déclarer un compte en Suisse, ouvert par son papa maraîcher à Genève quand la gauche est arrivée au pouvoir sous Mitterrand.  « Dans mon esprit, cet argent n’était pas à moi. C’était un héritage, je n’ai d’ailleurs jamais versé un centime dessus. » On en pleurerait pour le pauvre député ! Un sénateur avait sous-estimé la valeur de son appartement à Paris : « Ce bien est dans ma famille depuis les années 1930, et je n’y avais pas prêté vraiment attention ». Alzheimer, on vous dit !
Vous n’avez encore rien vu : Gilles Carrez, le président de la commission des finances de l’assemblée a réussi à éviter de payer l’impôt de solidarité sur la fortune, en retranchant 30% de la valeur de sa maison. Légal, sauf si vous êtes propriétaire à travers une société civile immobilière.  Carrez est bien placé sur pour le savoir, puisque le député est justement l'auteur de l'amendement qui a porté l'abattement de 20 à 30%, en 2007.«Dans mon esprit, c'était pour la résidence principale quelle que soit la modalité de détention.» SCI ou pas SCI, «ce qui était important, c'était qu'on y habite!» Puisque l’expert vous le dit !
Les politiciens ne sont pas à plaindre : après impôts et charges sociales, un député dispose d’un revenu de 10 000 euros par mois, sans compter qu’il ne paie ni le train en 1ère, ni le métro, ni le taxi. Et s’il est  battu aux élections, il touche une confortable retraite. Le monde politique vit sur une autre planète : pas de souci d’argent, pas de recherche d’emploi, une bonne connaissance des lois. Si on peut, en plus, économiser sur ses impôts, tout en matraquant ses concitoyens, pourquoi se priver ? Comme le disait en 1907 Joseph Caillaux, ministre des Finances de Clémenceau : « Faites payer les pauvres ! Bien sûr, les riches ont la capacité de supporter des impôts bien plus lourds, mais les pauvres sont tellement plus nombreux ».

22:21 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

24/09/2014

Ces princes qui nous pilotent

C’était le rêve de tous les garçons. L’uniforme avec les galons dorés, la casquette, le teint bronzé, les lunettes noires, les grands voyages, les hôtels de luxe, les jolies hôtesses : pilote de ligne ! Mais ça ne fait plus rêver, depuis la guerre du Golfe. Avant, c’était le temps du prestige, des gros salaires. Le temps où voyager en avion était un privilège réservé aux riches. Fini tout ça : on peut aller passer ses vacances à New York pour 373 euros aller et retour. Si vous préférez voler Français, il vous en coûtera 669 euros !
Air France, mariée au néerlandais KLM, a pris en pleine figure les compagnies à bas prix (low cost en franglais) . Easy Jet, Ryanair et les autres flibustiers du ciel cassent les prix à tout va et les clients adorent. Fini le champagne à bord, les repas raffinés, les jolies hôtesses attentionnées. Aujourd’hui, l’avion, c’est l’autobus des airs. Et les compagnies traditionnelles, celles dont les noms faisaient rêver - Air France, British Airway, Swissair, Lufthansa, Alitalia, TWA, American Airline - luttent pour survivre. Elles ont fusionné ou même sombré. Pour garder la tête hors de l’eau, toutes les compagnies aériennes ont dû casser leurs prix : hors du low cost, pas de salut !
Evidemment, ces princes qui nous pilotent font la grimace. Quant on est commandant de bord sur A380 chez Air France, on gagne , selon Le Parisien, entre 155 000 et 196 000 euros par an pour 670 heures de travail par an. Sur Transavia, la filiale low cost, on doit se contenter de 139 000 à 160 000 euros par an, pour 700 heures de vol par an. Les pilotes français volent 20-25% de moins que leurs collègues européens.
Bon, d’accord, pilote de ligne, c’est un métier stressant, avec les horaires irréguliers, les changement de fuseaux horaires, la responsabilité de la vie des passagers. Mais quand les Français travaillent en moyenne plus de 1600 heures par an et gagnent en moyenne 2187 euros net par mois, il y a certainement plus malheureux qu’un pilote d’Air France ! Depuis plusieurs années, les dirigeants de la compagnie aérienne ont multiplié les plans sociaux. Comme le rappelle Le Monde : « En deux ans, le transporteur aérien a en particulier mis en œuvre deux programmes de réduction d’effectif. Son plan Transform, lancé à l’été 2012, à peine mis en œuvre en 2013, a nécessité une deuxième couche à l’automne. Ce devait être la dernière, avait promis M. de Juniac . La difficulté est que le monde ne s’arrête pas plus de tourner que les concurrents de se battre. Le PDG d’Air France-KLM a confirmé, devant l’assemblée générale de ses actionnaires mardi 20 mai, que les efforts de productivité et de réduction de coûts ne sont pas terminés. »
Alors, on peut comprendre que les pilotes s’inquiètent pour leur avenir, leur statut et leur salaire. On peut comprendre aussi que la communication passe très mal entre des dirigeants qui pensaient avoir trouvé le sésame et les personnels qui voient l’avenir en noir. Des heures de négociation n’ont servi à rien. Les pilotes réclament le même contrat pour les vols Air France et Transavia. La direction affirme : le coût à l'heure d'un pilote d'Air France est en moyenne 70 % plus élevé que chez Transavia, car les pilotes, à rémunération égale, effectuent d'avantage d'heures de vol sur la compagnie low cost. Alors, les syndicats de pilotes ont utilisé l’arme atomique : la grève. Elle fait très mal à tout le monde : en dix jours, 100 millions d’euros de pertes pour Air France, y compris les compensations financières aux passagers (jusqu’à 600 euros), l’affrètement d’avions d’autres compagnies (150 000 euros pour aller-retour transatlantique). La grève des pilotes provoque aussi des dégâts collatéraux, selon Le Point : « En moyenne, 270 000 passagers transitent chaque jour à Roissy-CDG et à Orly. Ils dépensent dans les boutiques, cafés, restaurants et différents services une vingtaine d'euros chacun. Avec un vol sur deux d'annulé, on peut estimer à 30 % la baisse du nombre de passagers. Au final, en huit jours, ce sont une quinzaine de millions d'euros qui manqueront dans les caisses des commerçants. À 120 euros la course aller-retour pour Roissy-CDG, on peut aussi calculer le manque à gagner pour les taxis, de l'ordre de dix millions d'euros en une semaine. Les parkings d'aéroports connaissent aussi ces pertes imprévues. »
La grève des pilotes est un symbole du mal français : pour défendre leurs privilèges, les princes du ciel abusent de leur droit de grève, ils risquent de tuer leur compagnie et ruinent les métiers qui dépendent d’eux. La France est malade des professions protégées qui font grève : les contrôleurs aériens, les conducteurs de TGV, les chauffeurs de taxis, les dockers. Les passagers, les autres catégories de navigants et le gouvernement sont excédés. Le gouvernement, qui contrôle 16% du capital d’Air France soutient la direction, mais hésite à intervenir, en attendant que l’opinion en colère, fasse plier les pilotes. Gouverner, c’est aussi savoir d’où vient le vent ! Courageux, le gouvernement, mais pas téméraire !



16:15 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

06/09/2014

Le Temps qui passe..

C’est une constante dans les médias : il faut lire les concurrents pour savoir ce qui se passe dans votre journal préféré. C’est La Liberté de Fribourg qui a annoncé que le groupe Ringier avait racheté la majorité du capital du quotidien Le Temps. Pour ceux qui n’ont pas suivi ce feuilleton : Le Temps avait été mis en vente en octobre dernier par ses propriétaires majoritaires, les groupes de presse Ringier et Tamedia. En avril, l’éditeur zurichois Ringier, qui détenait 46,25% du journal, a repris les parts de Tamedia (46,25%), devenant l’actionnaire majoritaire, à 92,5%. La Commission de la concurrence a donc donné son feu vert à cette nouvelle concentration dans la presse suisse. La Comco a tranché : un seul propriétaire, c’est mieux.
Vous me direz, ça arrive tous les jours, une entreprise qui en rachète une autre. Pas de quoi fouetter un chat. Sauf qu’un quotidien, ça n’est pas tout à fait une boîte comme les autres. Quand j’étais journaliste à Genève - je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître - il y avait dans cette ville quatre quotidiens indépendants, qui représentaient toutes les sensibilités politiques. J’ai assisté à la mort de deux d’entre eux. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un  quotidien de gauche, Le Courrier, qui survit grâce à ses rares abonnés. Le groupe de presse romand Edipresse, qui contrôlait la Tribune de Genève, a retiré ses billes du marché suisse, il y a deux ans, et vendu ses journaux suisses au groupe zurichois Tamedia. Le Temps a été partagé entre les deux barons de la presse suisse, Tamedia et son grand rival zurichois, Ringier, C’est donc à Zurich que se décide comment financer ce que les journaux genevois vont offrir à leurs lecteurs.
Le Temps est né en mars 1998 de la fusion du Nouveau Quotidien et du Journal de Genève et Gazette de Lausanne. Ce n’est pas un journal de gauche, il se classe au centre droit, il est bien-aimé des cadres et il se présente comme le quotidien de référence de la Suisse romande et francophone, dans les domaine politique, économique et culturel. Mais, la presse coûte cher. Pour enquêter, rechercher l’information, la vérifier et la diffuser, il faut de gros moyens financiers. Quand la publicité est en baisse, quand les abonnés se font rares, les propriétaires de journaux font comme tous les patrons : ils serrent les boulons. En novembre 2012, la direction du Temps avait négocié un plan social avec le syndicat des médias et des journalistes avaient été licenciés. Le quotidien avait cherché de nouvelles recettes en développant son offre numérique et ses boutiques de produits dérivés. Rien n’y a fait : ses deux actionnaires ont cherché à vendre le coûteux fleuron de leur boutique. Un groupe d’amis du Temps a bien essayé de réunir les millions nécessaires pour racheter le quotidien. Ringier et Tamedia les ont écarté sans ménagement. Pas sérieux, pas assez d’argent. Alors, l’un des barons zurichois a refilé sa part à l’autre, pour quelques millions.
Vous pensez que rien ne va changer pour Le Temps ? Naïfs que vous êtes ! Quand les vaches sont maigres, le fermier va chercher où trouver des sous. Le Temps loue à prix d’or des locaux situés dans la gare de Genève. Alors, les patrons de Ringier, qui ne sont pas des philanthropes, veulent déplacer les journalistes à Lausanne, à la rédaction de l’Hebdo. Et tant qu’à faire, ils veulent favoriser les synergies, en clair regrouper les deux rédactions et les forcer à collaborer. Ce qui arrive au Temps, c’est un phénomène qui frappe tous les médias : si on ne se concentre pas, on va mourir. Depuis des années, des experts fédéraux se penchent sur la presse suisse. Leur constat est sans appel : « En 2001, on dénombrait dix grands groupes de presse, contre sept en 2009 ; leur chiffre d’affaires global a passé de 6,9 milliards ( en 2001) à 5,9 milliards de francs (en 2009). Les éditions en ligne des principaux quotidiens alémaniques ont désormais un impact plus grand que les éditions sur papier. Globalement, en Suisse, la presse est prise dans une spirale négative. Le lectorat diminue, de même que les recettes publicitaires.Il est impossible d’en prévoir la fin. Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la durabilité du financement d’une information de qualité primordiale, pour la formation de l’opinion ».
Vous avez compris ? Si vous voulez continuer à lire de bons journaux, il faudra trouver des sous ! Ca tombe bien, la Commission fédérale des médias a justement des idées. Les journaux bénéficient d’une TVA à 2%. La COFEM propose d’en faire profiter tous les médias. Subventionner ses concurrents, pas vraiment un cadeau pour Le Temps. Selon Le Courrier : « Quant à l’aide indirecte de la Confédération – consistant en cinquante millions de francs annuels, versés à La Poste qui doit réduire d’autant ses coûts pour la distribution de journaux –, la commission suggère de la supprimer totalement. Selon elle, cette aide n’est «pas nécessaire» et «n’est plus guère efficace». Ca va coûter plus d’un million au Temps ! « En compensation, la COFEM propose de soutenir l’Agence télégraphique suisse (ATS). Par cette subvention, la commission attend de cette agence qu’elle fournisse ses services à un meilleur prix aux journaux suisses. En outre, des aides à la formation des journalistes et à des «projets d’innovation» (par exemple la création de contenus multimédias) sont envisagées. » Comme chacun sait, les conseillers ne sont jamais les payeurs et les promesses n’engagent que ceux qui y croient !
On peut vraiment craindre que l’avenir du Temps soit une version multimédias de l’info fastfood concoctée à Lausanne par les maîtres-queues à la sauce Ringier. Dites-moi que je me trompe !




16:50 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2014

La Marseillaise des Suisses

« Sur nos mont quand le soleil… » Stop ! Dès l’an prochain, les joueurs de l'équipe suisse de football, les Helvètes  du pays et de l’étranger ne chanteront plus les paroles de l’hymne national. Le gouvernement suisse a décidé qu’il fallait les mettre au goût du jour. Il a chargé la Société suisse d’utilité publique (ça fleure bon son XIXe siècle) de lancer un concours pour un nouvel hymne national. 208 créateurs ont déposé un projet - 129 en allemand, 60 en français, 7 en italien et 10 en romanche. Vous le saviez, vous, que dans ce pays de 8 millions d’habitants, on chante l’hymne national en quatre langues ! Sauf que la plupart des Suisses ne connaissent pas les paroles et se contentent de fredonner la-la-la.

Ces mauvais patriotes ont des excuses. Les paroles de l’ancien hymne suisse « O monts indépendants « datent du XIXe siècle, mais la version actuelle est officielle depuis 1981. Le problème, c’était la musique. C’était la même que le God Save the Queen. Vous imaginez le cafouillage lors des matchs Suisse-Angleterre. Il a fallu le remplacer par le Cantique suisse, dont les paroles datent aussi du XIXe siècle. Les Français « abreuvent leurs sillons d’un sang impur « . Les Suisses célèbrent « les beautés de la patrie qui parlent à l’âme attendrie. »

En France, toucher aux paroles de la Marseillaise, c’est attenter à l’âme de la France. Les Suisses n’ont pas ces scrupules. Pour moderniser le Cantique suisse, on a nommé un jury de 18 personnalités, écrivains, journalistes, politiciens. Selon la Tribune de Genève« D'ici l'automne, le jury de 18 personnes devra choisir dix projets au maximum. Ils seront traduits dans toutes les langues nationales et interprétés par des professionnels. Au printemps 2015, les versions concurrentes seront révélées sur Internet. Un vote en ligne devra désigner trois finalistes. Lors de la Fête fédérale de la musique populaire en septembre 2015 à Aarau, il reviendra au public d'élire la proposition gagnante par téléphone, courrier électronique ou SMS. Enfin, celle-ci sera soumise, à un moment qui reste à déterminer, au Conseil fédéral afin qu'il l’entérine. ». Mais, attention : il y des règles, on ne peut pas proposer n’importe quoi. « Le futur hymne doit s'appuyer sur le texte du préambule de la constitution fédérale, qui évoque des valeurs comme la démocratie, la diversité, la liberté, la paix et la solidarité. » Pas question d’encourager le racisme, le communautarisme, la xénophobie. Ou l’appel au meurtre révolutionnaire, comme la Marseillaise. Ni même « L'éclair brillant des bombes éclatant dans les airs Nous prouva dans la nuit cet étendard si cher ! » du Star-Spangled Banner américain. Encore moins : »Sois glorieuse, notre libre Patrie, Alliance éternelle de peuples frères ! Sagesse de nos ancêtres ! Sois glorieux, notre pays ! »de l’hymne de la Fédération russe. On est Suisse, on n’est pas une grande puissance militaire !

Dans ce pays d’horlogers, on ne fait rien à la légère et c’est le peuple qui décide. Imaginez ça en France : on aurait la version rose PS, la version bleu marine, la version rouge de Mélanchon, la version rouge et bleu de l’UMP, la version Dieudonné, la version rap, la version du MEDEF et on demanderait aux Français de voter par Internet. Ca va pas la tête ! Même en Suisse, des voix s’élèvent pour dire que créer un nouvel hymne national, c’est mission impossible. Quelles sont les valeurs suisses au début du XXIe siècle, dans un pays prospère, mais critiqué pour son égoïsme et sa culture de l’évasion fiscale, dans lequel le premier parti au Parlement est xénophobe et raciste, où les autoroutes et les transports publics sont au bord de l’étouffement ? Encore heureux que les Suisses se retrouvent pour soutenir la Nati dont les meilleurs joueurs de portent des noms bien suisses, comme Shaquiri, Xhaka ou Drmic. 

Dans les journaux, certains lecteurs protestent : « On n'en a pas besoin et l'on n'en veut pas d'un "nouvel hymne". Le cantique suisse reflète et représente bien ce pays, il est solennel et harmonieux et parle de paix et d'harmonie. Les Français voudrait-ils changer leur Marseillaise aux accents guerriers, et les Anglais leur hymne à la reine? Ce concours est une mascarade destinée à niveler les particularités de ce pays dans l’internationalisme… ». Une méthode façon télécrochet, décriée notamment par l’UDC nidwaldien Peter Keller, qui craint un «hymne croisé entre Conchita Wurst et DJ Bobo». Dans La Matin : « Je trouve cette histoire d'hymne ridicule. On veut un hymne qui claque, histoire de pouvoir bomber le torse lors des compétitions sportives.... Les italiens, français, russe, anglais ou autres ont des hymnes qui ont des significations historiques fortes, souvent en lien avec la guerre ou l'indépendance. Au final, on aura un hymne à la sauce "pop star" sans âme. »

 

Qu’est-ce qu’un bon Suisse ? On a posé la question à mille Helvètes : « Même si on ne sait qu'une langue nationale, si on est naturalisé, on ne sait pas l'hymne national, on n'a pas fait son service militaire ou qu'on ne se lève qu'à 9h00 du matin, on reste un "bon Suisse". La majorité des sondés (64%) refuse par contre ce statut à ceux qui ne vont jamais voter. Pour 43% des personnes, quelqu'un vivant de l'aide sociale n'est pas non plus un "bon Suisse ». Ce sont les valeurs communes des Suisses au XXIe siècle. Mais on ne ne les trouvera pas dans les paroles du nouvel hymne national !


15:08 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)