09/05/2015

Hillary, Bill et l’argent gris

Vous avez été séduit par le joli sourire et le courage d’Hillary Clinton, qui se lance à la conquête de la Maison Blanche. Vous avez été conquis par l’interview qu’elle a accordé, il y a quelques mois, à la télévision française. Une femme qui a pardonné ses frasques sexuelles « inappropriées » à son pendard de Bill, qui a servi loyalement Obama, qui l’avait éliminée de la course à la présidence, cette femme a tout pour devenir la première présidente des Etats-Unis : l’expérience, le courage, le charisme, son mari Bill et l’argent de la fondation Clinton. Et voilà qu’un méchant bouquin vient bousculer la vaillante candidate : « L’argent des Clinton, l’histoire secrète, comment des gouvernements étrangers et le monde des affaires ont aidé Bill et Hillary à s’enrichir.
Une bombe politique. Selon l’auteur, un conservateur proche des Républicains : « Pendant les années où Hillary était Secrétaire d’Etat, les Clinton ont mené ou facilité des centaines de transactions avec des sociétés étrangères, dont certaines leur ont fait gagner des millions ». Par exemple : l’accord commercial entre les Etats-Unis et la Colombie, qui a profité à une gros donateur de la Fondation Clinton ou des projets de développement après le tremblement de terre à Haïti. Il y a quelques semaines, le New York Times a publié une grande enquête qui révélait la face sombre de l’empire : quand Hillary était aux affaires, le Département d’Etat a autorisé un accord qui a permis à une société russe d’acheter les droits de 20% de l’uranium américain et Bill a touché un demi-million de dollars pour une conférence organisée par une banque russe proche du Kremlin. Bien sûr, les adversaires républicains d’Hillary tirent à boulets rouges sur la candidate démocrate.
Tout le monde le sait : l’argent est le nerf de…la politique ! Selon la fière devise d’Abraham Lincoln, l’Amérique est le pays du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Aujourd’hui, l’Amérique est une caricature de la démocratie, où l’argent de la corruption coule à flot pour financer la politique. En avril 2014, la Cour suprême des Etats-Unis a assoupli les règles du financement électoral, au nom de la liberté du citoyen à « participer au processus électoral ». Un riche homme d’affaires de l’Alabama avait fait recours, il voulait donner plus d’argent que les malheureux 123 200 dollars autorisés tous les deux ans, « une grave atteinte à la liberté d'expression politique », selon son avocat. En réalité, la Cour suprême a ouvert toutes grandes les vannes de l’argent gris qui se déverse par milliards dans la politique. On ne parle pas des misérables millions des comptes de campagne des candidats français. On parle de milliards de dollars. En 2012, la campagne présidentielle américaine a coûté 2.6 milliards.
En France, c’est l’Etat qui finance les candidats, avec les cotisations des militants et les dons limités des citoyens. Sans compter les centaines des micro-partis, aimable euphémisme pour des pompes à finances électorales. Tous les partis se font prendre régulièrement les doigts dans le pot de confiture. Aux Etats-Unis, l’argent public ne couvre que le quart des budgets électoraux, mais la plupart des candidats y renoncent pour ne pas devoir limiter leurs dépenses. Pour gagner des voix, les candidats doivent taper les contribuables et les entreprises. L’imagination des politiciens pour trouver du fric est sans limites. Pour tourner les limitations de la loi, les candidats ont créé des comités de parti, les Political Action Comités (PACs), pour recueillir sans limite les gros chèques. En principe, les "PACs" ne peuvent donner que 7 300 dollars à un candidat, 15 000 dollars à un parti, et 10 000 dollars aux associations politiques. Il suffit de multiplier les PACs et les contributions s’envolent ! Il y a aussi les dons discrets de milliardaires étrangers. Tous les présidents américains ont utilisé ces pompes à finances électorales. Et tous ont grassement rémunéré leurs fidèles donateurs. Selon le site OpenSecrets, 80% des gros donateurs d’Obama en 2008 ont reçu des postes-clé dans l’administration. Parmi les récompenses les plus scandaleuses, le pardon de Bill Clinton au roi du pétrole Marc Rich, réfugié en Suisse pour échapper au fisc, qui avait gagné des milliards en vendant du pétrole iranien, malgré l’embargo, dont il avait fait profiter son ami Clinton.
Menant campagne dans son bus électoral, Hillary Clinton, dans un bel élan, a déclaré la guerre à l’argent gris : »Nous devons nous occuper des dysfonctionnements de notre système politique et éliminer l’argent non déclaré, une fois pour toutes, et même s’il faut modifier la Constitution ». Noble intention, mais Hillary refuse de donner les noms des lobbyistes qu’elle a chargé de récolter de l’argent pour sa campagne. Selon la loi, personne ne peut obliger un candidat à révéler qui le finance. En 2012, tout ce que Obama avait rendu public, c’était les catégories de lobbyistes : entre cinquante et cent mille dollars ; entre cent mille et deux cents mille ; entre deux cents mille et un demi-million ; enfin, au-dessus d’un demi-million de dollars. Au-dessus, c’est combien : 10, 20 millions ? Hillary devrait peu-être rendre hommage à Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs de l’Amérique, qui disait : "Rien n'est plus doux que le miel, sauf l'argent."          



18:31 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2015

Héritiers suisses, tremblez !

Ah, la Suisse, ses montagnes, ses montres, son chocolat et… ses impôts légers ! Un paradis pour les riches, un havre pour les travailleurs bien payés et les rentiers prospères ! Ca, c’est l’image d’Epinal que les Français ont de la Suisse. La réalité, c’est que si les Suisses ne font pas pitié, ils paient cher leur prospérité : le coût de la vie est élevé, les impôts sont lourds et la pauvreté augmente. Et surtout, la caisse fédérale de retraite - joliment appelé Assurance vieillesse et survivants (AVS) - a un trou de 300 millions de francs suisses, pour la première fois depuis quinze ans.
La gauche suisse a trouvé la recette miracle. Le petit parti évangélique (si,si, ça existe en Suisse), soutenu par les socialistes et les syndicats, a lancé une initiative populaire pour inscrire dans la Constitution le principe : «Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS». En clair, taxer les riches héritiers pour aider les pauvres retraités. Les successions représentaient 2,7% de la fortune privée et 13,1% du revenu national en 2011 (contre 5,1% en 1975). En gros, un magot de 76 milliards en 2015. L’initiative propose de prélever un impôt de 20% sur les héritages dépassant 2 millions de francs et sur les donations de plus de 20 000 francs. Les montants sont doublés pour les couples. Afin de ne pas pénaliser les transmissions de petites et moyennes entreprises, le texte prévoit une exonération de 50 millions pour un taux réduit de 5%. Ca rapporterait 3 millards de francs suisses, deux tiers pour l’AVS, un tiers pour les cantons.
C’est là que ça coince. En Suisse, il n’y a pas d’impôt fédéral sur les successions, ce sont les cantons qui taxent les héritiers. Selon le quotidien Le Temps : « Seuls trois cantons, Vaud, Neuchâtel et Appenzell Rhodes-Intérieures, prélèvent un impôt sur les descendants directs, mais tous, sauf Schwyz, ponctionnent les autres héritiers. Cela représente un volume de recettes de 970 millions, soit à peu près l’équivalent de ce que propose l’initiative. » Le  gouvernement suisse et le Parlement sont contre. Ils ne crachent pas sur 3 milliards, mais ils préfèrent que les cantons gardent leur autonomie fiscale. Et pour boucher le trou de l’AVS, ils proposent d’augmenter de 2% la TVA.
Evidemment, on pouvait s’y attendre, les cantons, la droite et le patronat - en Suisse, on dit les milieux économiques - montent au créneau. L’un des plus virulents est le ministre vaudois des Finances, Pascal Broulis. Il parle de « course effrénée au populisme anti-impôts ». Il rappelle que deux tiers des électeurs vaudois ont accepté l’impôt sur les successions directes qui a rapporté au canton 85 millions sur un total de 5,4 milliards. Et il dégaine l’argument qui tue : si l’initiative sur les successions passe, c’est la mort des juteux forfaits fiscaux. Les 1400 riches étrangers peu imposés qui rapportent plus de 200 millions prendront la fuite. Son credo, c'est le proverbe : « Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul ».
Pour les Français, ce débat de riches pour se partager le gâteau de la prospérité helvétique peut paraître un peu exotique. Vous imaginez ça, en France : demander aux électeurs s’ils préfèrent taxer les héritiers de Dassault, de Tapie, de Bettencourt et d’Arnaud ou augmenter de 2% la TVA ? Vous pariez que la TVA gagnera ? Mais les malheureux héritiers suisses ont d’autres soucis et c’est la faute de la France. Le 17 juin 2014, la France a dénoncé la Convention fiscale bilatérale la liant à la Suisse, signée le 31 décembre 1953, et visant à éviter la double imposition en matière de successions. En clair, c’est la double peine pour les héritiers suisses : « Concrètement, dès janvier 2015, les quelque 180.000 Suisses domiciliés en France devront payer l'impôt sur les successions en France lorsqu'ils hériteront de biens détenus par des parents résidant en Suisse. Ils risqueront la double imposition, dans la mesure où la Suisse applique le droit du domicile du défunt, et taxe également les héritages, mais à un niveau nettement moins élevé cependant qu'en France. » Le gouvernement suisse a eu beau protester, quand Bercy tient un juteux morceau, il ne desserre jamais les dents ! Et son ministre des Finances a fait sienne cette maxime du poète anglais William de Britaine, en 1689 : »La joie des héritiers ne s'augmente qu'en proportion des biens qu'on leur a laissé."

12:19 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

27/04/2015

Ma pomme, pour moi

« Ma pomme, c’est moi. J’suis plus heureux qu’un roi » Ca ne vous rappelle rien ? Maurice Chevalier, 1936. Bon, je vous parle d’un temps que les moins de …60 ans ne peuvent pas connaître : la gouaille, le canotier, la France heureuse, le Front populaire, les congés payés !  C’est loin tout ça. Aujourd’hui, si je vous dis pomme, vous pensez à quoi ? Apple, bien sûr, avec sa pomme croquée à droite. Ca non plus, ça ne nous rajeunit pas. Bon, je ne vais pas vous raconter encore une fois la saga des fêlés de l’informatique qui ont bricolé leur premier ordinateur, dans les années 70, dans un garage, selon la pieuse légende. Ni vous révéler pourquoi les deux Steve, Jobs et Wozniak, ont trouvé ce nom, Apple : parce qu’ils travaillaient dans un verger ? en hommage à la maison de disques des Beatles ? pour être avant la société Atari dans l’annuaire ? Quand la légende est plus vraie que la vérité, imprimez la légende !
Apple, c’est la légende américaine à l’état pur. La pomme informatique qui a presque fait faillite, en 1985, après avoir viré son gourou, Steve Jobs. Le phénix né de ses cendres après le retour du magicien, grâce à ses produits fétiches en i : iPod, iMac, iPhone, iPad. Le N° 1 de l’informatique, qui vaut 758 milliards de dollars, avec son chiffre d’affaires de 132 milliards et son bénéfice net de 28 milliards. Le chouchou des investisseurs, avec une action qui a gagné 15% depuis janvier. C’est pas une pomme, c’est une pépite d’or !
Je vous fais un aveu : comme des dizaines de millions d’utilisateurs, je fais partie de la secte Apple. Je suis un dévot de la pomme, qui regarde avec dédain les accros du PC, ces attardés informatiques qui n’ont pas cédé au vertige des produits hightech à la pomme. Grâce aux as du marketing d’Apple, j’ai acheté à prix d’or presque toute la gamme : iMac, MacPro, iPad, iPhone, iPad. Sans parler de la souris sans fil Magic Mouse, du clavier sans fil, de l’Airport Time capsule. Ils sont pas beaux, mes bijoux Apple ? Les champions de la séduction, ces modernes Circé, m’ont eu à chaque fois avec leur slogan : « Achetez en ligne, configurez votre Mac comme vous le souhaitez et nous vous le livrerons gratuitement ».
Je les connais bien, leurs trucs publicitaires, j’ai regardé leurs vidéos tentatrices. Mais je ne sais pas résister à la tentation, je suis un geek, un «maniaque de la technologie, technophile, cyberdépendant, accroc du Net » et je ne me soigne pas ! Pourtant, le dernière campagne de pub d’Apple me reste en travers de la gorge, comme un morceau de pomme. Je vous parle bien sûr de l’Apple Watch. Une montre ? Vous plaisantez ? « L’Apple Watch ne ressemble à rien de ce que nous avons créé jusque là. Mais nous avons voulu qu’il soit aussi simple d’interagir avec elle qu’avec votre iPhone ou votre Mac. Nous avons alors inventé de toutes nouvelles façons de sélectionner, de naviguer et de s’exprimer, parfaitement ajustées à cet appareil plus petit, porté au poignet. Vivre avec l’Apple Watch est une expérience inédite. Et profondément emblématique de l’esprit Apple. « Bienvenue dans la secte à la pomme et son catéchisme pour initiés.
L’Apple Watch ne sert pas à donner l’heure, elle sert à com-mu-ni-quer : elle lit vos messages, consulte votre calendrier, écoute votre musique, recherche votre restaurant favori, vous donne la météo, calcule vos calories, «partage vos émotions avec vos proches en leur envoyant les battements de votre cœur ». Bien sûr, pour acquérir cette merveille, il faudra faire chauffer votre carte de crédit : elle vous coûtera entre 399 euros pour les modèles populaires à 18 000 euros si vous voulez épater vos amis. Le prix d’une voiture ou un an de SMIC ! Mais où le marketing d’Apple touche au génie pervers, c’est que, jusqu’à aujourd’hui, personne n’avait pu essayer cette merveille connectée. On pouvait la commander par Internet ou la regarder dans les somptueuses et rares Apple Stores. Les as de la vente ont distribué quelques montres à des people et à quelques journalistes soigneusement sélectionnés. En retour, Apple a eu droit à un tsunami de commentaires dithyrambiques et quelques critiques de grincheux mal embouchés.
Un savant feuilleton, lancé en septembre dernier, que raconte Le Figaro : « Du 10 au 24 avril, les clients pourront venir admirer la montre dans tous les points de vente, sans pouvoir l'acheter. Deux semaines de mobilisation générale avec la garantie de ne pas engranger un centime de chiffre d'affaires. L'occasion de continuer à faire parler, de créer l'envie. Les amateurs devront s'armer de patience et de leur iPhone: sans un smartphone de la marque, l'Apple Watch est inutilisable. Il faut prendre rendez-vous sur Internet avec un démonstrateur - un genius en vocabulaire Apple - pour pouvoir se passer la montre au poignet ». Une stratégie de dealer : vous ne croquerez pas la pomme avant de l’avoir payée. Ce ne sont pas les ailes, mais la pomme du désir. Et dans le jardin d’Apple, le serpent du marketing tente tous les Adam et Eve du monde.

16:21 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

19/04/2015

« Hermione, nous voilà ! »

Ainsi donc, près de deux siècles et demi après son voyage historique, la copie de la frégate du XVIIIe siècle « Hermione » vogue vers les Etats-Unis. En 1780, le fier navire de guerre emmenait le jeune marquis Lafayette au secours des insurgés américains contre l’Angleterre, contre l’avis du roi de France. Celui qui allait devenir un héros français de l’indépendance américaine avait 20 ans et rêvait de gloire militaire et d’un grand destin. Grâce à ses amitiés franc-maçonnes et l’appui de Benjamin Franklin, Lafayette devenait aide de camp du général Washington, le futur président. Il combattait bravement pendant la guerre contre l’Angleterre et il convainquait finalement Louis XVI de soutenir les révolutionnaires américains contre la perfide Albion.
En Amérique, c’est un héros national. En France, on a un peu oublié son rôle dans la Révolution française. L’ambitieux marquis a traversé la tourmente révolutionnaire, l’Empire, les règnes de Louis XVIII et de Charles X et s’attaquait à celui de Louis-Philippe quand il mourut. On a surtout retenu qu’il avait essayé de faire fuir Louis XVI à Varennes et qu’il avait été considéré comme un traître pendant les guerres révolutionnaires et finalement sauvé par Napoléon en 1797. A sa mort, en 1823, Lafayette a été enterré dans le cimetière privé de Picpus, où reposent les 1300 victimes de la guillotine, aux côtés de ses parents victimes de la Terreur. Le drapeau américain flotte sur sa tombe et, le 4 juillet 1917, le représentant des Etats-Unis lançait la fameuse formule :« La Fayette nous voilà ! »
Pourquoi la France a-t-elle eu l’idée folle de construire à l’identique une frégate historique pour un marquis un peu oublié de l’amitié franco-américaine ? C’est une histoire de passion que raconte Le Monde : c’est l’ancien maire de Rochefort qui a eu l’idée de lancer ce chantier en 1997, que j’avais visité. Pendant 17 ans, charpentiers, forgerons, ébénistes, gréeurs et voilières ont construit ce chef-d’œuvre de l’art naval. Même si « dans la cale se cachent un groupe électrogène et deux gros moteurs électriques, des congélateurs, des réserves d’eau, des bacs à déchets : le peu de confort moderne indispensable pour éviter le cauchemar des traversées d’antan dans la promiscuité, l’humidité et la maladie. » Huit ans de retard et un coût de 26 millions d’euros, financé par la ville de Rochefort, le département, la Région et la vente de billets pour visiter le chantier.
Une coûteuse folie : « La maintenance à terre est considérable. Ainsi, le bateau doit être quasi intégralement repeint chaque année. Au total, maintenir en état de naviguer l’Hermione coûte près de 800 000 euros par an. Tout cela pour sortir tous les deux ou trois ans. Des sorties évènements évaluées autour de 2 millions d’euros chaque et qui doivent s’autofinancer. Le port d’accueil doit payer 75 000 euros par jour, comme La Rochelle, Bordeaux ou Brest pour faire la fête à la frégate. »
L’aventure américaine va coûter plus de 3 millions d’euros. « Après une escale aux Canaries, la frégate atteindra Yorktown, en Virginie, le 5 juin. Puis elle remontera la côte, New York le 4 juillet pour la fête de l’indépendance, Boston le 11, le Canada, Saint-Pierre-et-Miquelon, avant le retour à Brest en août. » Il a fallu constituer et entrainer un équipage de 80 marins, dont 20 professionnels et 60 volontaires, qui ont dû apprendre à laver le pont, à calfater, à grimper dans la mâture à 40 mètres de haut pour carguer les voiles et à vivre à la dure pendant des semaines de mer. Les médias français ont envoyé leurs correspondants couvrir l’événement, certains ont même été embarqués. Ils ont tous fait le portrait des valeureux volontaires du grand large. Personne ne sait ce que deviendra Hermione à son tour des Etats-Unis en août. Il y a des projets d’animation, mais personne ne sait qui les financera.
Malgré la pluie, 40 000 curieux sont venus voir le départ de la célèbre « frégate de la liberté », selon le bon mot de François Hollande, présent sur le pont, qui n’a pas manqué de tirer la couverture à lui : «C'est une journée historique qui délivre un message : celui de la volonté. (...) S'il y avait encore des gens qui pensaient que rien n'était possible en France, s'il y avait encore des sceptiques qui ignoraient que la passion pouvait renverser tous les murs, s'il y avait encore des aveugles qui prétendaient qu'il était vain de rêver, cette journée est la meilleure réponse que la France pouvait leur apporter.» Hermione, c’est le symbole de la France qui gagne. Un symbole précieux quand la popularité du président dégringole, quand le chômage explose, quand le débat sur le renseignement et la lutte contre le terrorisme divise les Français, quand les querelles du clan Le Pen font ricaner. Enfin, une bouffée de nostalgie sur la grandeur de la France. Cocorico, «Hermione nous voilà ».


17:55 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

15/04/2015

Dentistes français : l’empire contre-attaque

Dans un grand et généreux mouvement citoyen, les 41000 dentistes français lancent une pétition : « L’Ordre National des Chirurgiens-Dentistes et l’ensemble des praticiens demandent que soit organisé un Grenelle de la Santé Bucco-Dentaire, un grand débat national réunissant toutes les parties prenantes de la santé bucco-dentaire, dont les patients, pour en redéfinir le modèle social et économique ». »Un Grenelle de la Santé Bucco-Dentaire », ça a de la gueule, on se croirait revenu en mai 68 ! Quand il s’agit de défendre leur bout de gras, les lobbies médicaux et leurs gourmandes agences publicitaires ne manquent jamais d’imagination.
Mais que demandent donc les chevaliers de la fraise ? Ils sont inquiets parce que leurs patients ne sortiront plus leur carnet de chèques pour payer leurs coûteux soins (tiers-payant), parce qu’ils leur pourront leur demander combien coûtent les prothèses facturées à prix d’or et enfin parce que les réseaux de soins iront « à l’encontre de l’indépendance professionnelle et de la liberté de choix par les patients de leur praticien ». Il y a vraiment péril en la demeure ! Et les dentistes, sous le martial slogan : « Non à l’abcès aux soins ! » revendiquent : « Les chirurgiens-dentistes veulent pouvoir soigner tout le monde sur l’ensemble du territoire ! Les patients doivent pouvoir choisir leur chirurgien-dentiste ! Les chirurgiens-dentistes doivent rester indépendants dans leurs choix thérapeutiques ! » En clair : l’empire contre-attaque.
On compatirait à la misère de l’empire bucco-dentaire, si Le Figaro, pas vraiment un journal gauchiste, ne publiait pas une édifiante enquête sur les revenus des dentistes. Pas une enquête partisane, non,  elle émane de la Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et sages-femmes (CARCDSF). En 2013, « les chirurgiens-dentistes libéraux ont perçu en moyenne 92.567 euros ». Pas si mal, quand le revenu net moyen des Français atteignait 28.944 euros, en 2013, selon la Sécu.« 16,5% des chirurgiens-dentistes ont touché moins de 38.040 euros et 10,3% ont gagné plus de 190.200 euros ». On a connu plus malheureux !
La parole est à la défense. Les dentistes expliquent qu’ils font de longues études, que l’équipement de leur cabinet peut coûter jusqu’à 200.000 euros et que 65% de leur activité (caries, détartrage et extraction de dents) sont facturés à des tarifs fixés par la Sécu qui n’ont pas augmenté depuis 27 ans. Mais ces soins de base ne représentent que 35% du chiffre d’affaires des dentistes. Pour faire tourner leur cabinet, ils sont donc obligés de facturer au prix fort les soins les plus rentables, comme les prothèses. « Et voilà pourquoi votre fille est muette » , aurait dit Molière.
Le problème, c’est que la Sécu rembourse toujours aussi mal les soins dentaires : une prothèse remboursée 107.50 euros, alors que le dentiste la facture plusieurs milliers d’euros. Les patients font appel à leur complémentaire santé pour financer leurs dents : «La dépense dentaire des complémentaires santé est passée de 0,6 milliards à 4,6 milliards d'euros entre 1991 et 2013. De son côté, en 1991, l'AMO remboursait 1,82 milliards d'euros de soins dentaires contre 3,7 milliards d'euros en 2013. Le reste à charge des ménages oscille entre 2,12 et 2,2 milliards d'euros entre ces deux périodes, soit il demeure stable». Plus de 2 milliards pour sauver ses dents. La santé n’a pas de prix, mais elle un coût !
Si on a bien compris le lobby des dentistes, si les soins sont si chers, c’est parce que la Sécu rembourse mal. Pas parce que les honoraires sont trop élevés. Sur le site « Sauvons nos dents », l’empire bucco-dentaire annonce la couleur : « Stop au désengagement de l'Assurance Maladie. Il faut un réinvestissement massif de l’Assurance Maladie dans les soins préventifs, conservateurs et chirurgicaux. Des soins qui, effectués régulièrement, réduiraient pour beaucoup la nécessité de recourir à des actes prothétiques. » En clair, si la Sécu remboursait mieux le détartrage et l’extraction de dents, les dentistes ne seraient pas obligés de sur-facturer les prothèses. C’est d’une logique imparable !
En pour être bien compris, les dentistes brandissent leur éthique : « Sans confiance, pas de transparence, ni de possibilité de pratiquer un exercice médical efficace. Face aux dangers qui menacent les choix thérapeutiques et la qualité des soins prodigués, la profession souhaite redonner de la valeur à l'engagement de confiance qui lie patients et praticiens ». C’est étonnant, cette habitude des lobbies de  brandir les grands principes pour défendre leurs intérêts ! Ah, tout a bien changé depuis 1973, quand la BNP osait ce slogan provoquant : «Pour parler franchement, votre argent m’intéresse».

15:24 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)