18/06/2015

Napoléonmania

Il y a 200 ans, dans une morne plaine belge, le rêve de Napoléon de dominer l’Europe s’effondre dans le bruit, la fureur et le sang. 10000 morts, 35000 blessés, 4000 disparus, 12000 chevaux tués, une boucherie à l’aveugle dans la boue et la fumée. Deux siècles plus tard, la France en extase célèbre la défaite de Waterloo : reconstitution en costumes avec des milliers de figurants, émissions spéciales, analyses d’historiens. Le grand cirque Napoléon est en marche. Un juteux business pour la région wallonne, les organisateurs ont vendu 180000 billets et ils attendent un demi-million de spectateurs. La Belgique voulait frapper une pièce commémorative de 2€ qui lui aurait rapporté 2.5 millions, mais Paris s’y est opposé Ce projet était « susceptible d'engendrer une réaction défavorable en France ». Du coup, les Anglais ricanent : la France a gagné la seconde bataille de Waterloo ! Les descendants des armées française, anglaise et allemande se sont serrés la main. Mais le président français, la chancelière allemande et la famille royale britannique ont d’autres obligations.
La Napoléonmania est incarnée jusqu’à la caricature par un avocat parisien, Me Frank Samson qui se prend pour l’empereur depuis dix ans. Comme le ridicule ne tue pas, il a enrôlé sa famille dans son impériale croisade : sa femme est l’impératrice Joséphine, son fils, lieutenant de carabinier. Selon Le Monde, « ce croyant appelle à une monarchie de droit divin, admet qu’un roi et un parlement peuvent aussi avoir du bon ». Il proclame : « La démocratie me fait très peur, c’est la loi mathématique du plus grand nombre. N’oubliez pas qu’Hitler a été élu… » Et vive l’Empereur ! Me Samson finance sa coûteuse passion avec les confortables honoraires de son étude, spécialisée dans la défense des automobilistes harcelés par la police.
Pour un observateur étranger, la Napoléonmania qui soulève la France est difficile à comprendre. D’accord, le petit caporal est une légende historique, des milliers  de livres lui sont consacrés, de pieuses légendes racontent son épopée. Selon la belle formule de Jean Tulard, le plus napoléonphile des historiens : «il part de rien pour finir… rien. Napoléon, c’est la gloire, l’amour, le désastre ». Pour les Français, Waterloo, c’est une défaite glorieuse, le symbole du panache franchouillard : tout est perdu, sauf l’honneur ! « La garde meurt, mais ne se rend pas ». Vite oubliés, les millions de morts des campagnes napoléoniennes, la France occupée, ruinée, endettée, qui a perdu ses colonies, qui est mise au ban des nations européennes ; le népotisme, l’absolutisme, la fin des libertés. La glorieuse aventure a eu un coût exorbitant que les Français ont voulu oublier.
Le plus étrange, ce sont ces milliers de « reconstituteurs » qui, chaque année, rejouent les grandes batailles napoléoniennes en finançant leur costume d’époque pour plusieurs milliers d’euros. J’ai de la peine à comprendre le plaisir qu’on peut éprouver en marchant des heures avec une lourd paquetage, à se mettre en rang, baïonnette au canon, pour tirer à 50 pas sur d’autres soldats d’opérette. On sait aujourd’hui que la boucherie de Waterloo a été provoquée par des chefs incompétents : Napoléon, le brillant stratège d’Austerlitz, ignorait où se trouvaient les troupes  anglaises et allemandes. Il faut relire la poésie tragique de Victor Hugo : « Soudain, joyeux, il dit : Grouchy ! - C'était Blücher. L'espoir changea de camp, le combat changea d’âme, La mêlée en hurlant grandit comme une flamme. La batterie anglaise écrasa nos carrés. La plaine, où frissonnaient les drapeaux déchirés, Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge, Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ».
L’arrogant duc de Wellington lançait ses cavaliers à l’assaut des Français, repliés en carrés meurtriers. Des milliers de pauvres hères, affamés, mal armés et mal commandés se sont fait trouer la peau pour la gloire. Après sa victoire, Wellington écrivait : »Il est impossible de penser à la gloire. L’esprit et les sentiments sont épuisés. Je suis malheureux au moment de la victoire. Je dis toujours que après une bataille perdue, la plus grande misère est une bataille gagnée ».
La France de 2015 a besoin de célébrer la défaite de Waterloo pour se souvenir avec nostalgie de sa grandeur passée, de son prestige militaire, du faste de son empire. Cette célébration héroïque lui fait oublier le chômage, la crise, la montée de l’extrême-droite, les divisions politiques et le terrible désenchantement des Français lassés des promesses jamais tenues, de l’incompétence et de la corruption de ses politiciens.
L’historien Jean Tulard a peut-être raison quand il affirme : « Le vrai vainqueur de la bataille de Waterloo, c’est Cambronne ».








15:15 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

16/06/2015

Air France en danger de mort ?

Air France illustre sans le vouloir la martiale formule de Jacques Chirac : « Les emmerdes, ça vole en escadrille ». Les emmerdes, le PDG  de la compagnie en a plus que son lot : un demi-milliard d’euros de pertes au premier semestre ; une grève des pilotes, l’automne dernier, qui lui a coûté 330 millions; un syndicat de pilotes, le SNPL, qui traîne les pieds pour respecter ses engagements de gains de productivité, ce qui a conduit Air France à attaquer en justice ses pilotes !
Le groupe Air France-KLM prend en pleine figure le tsunami de la concurrence des compagnies à bas prix et des dragons du Golfe qui lui piquent des passagers et du fret. Il clame fièrement son objectif : « Avec Perform 2020, le Groupe Air France affiche une ambition claire, faire d'Air France au sein d'Air France-KLM, un acteur européen majeur dans la concurrence mondiale ». Air France se rengorge :  elle a reçu le prix de « la meilleure restauration au monde offerte dans un salon de première classe. Le restaurant propose ainsi une offre de mets signés Alain Ducasse, ainsi que les plus grands crus de la cave Air France. Un bar est également à disposition des clients, proposant une carte de savoureux cocktails. Un pur moment de détente dans un véritable havre de paix. »
Ca, c’est pour la galerie ! La réalité, c’est que les passagers désertent Air France, à cause des grèves à répétition, que le « hub » (la plateforme aéroportuaire) de Roissy qui permet de rabattre les passagers vers Air France est mal relié à Paris par une autoroute embouteillée et un métro saturé. Pour survivre, Air France lance plan sur plan d’économies, casse les prix, licencie, ferme des destinations et supprime des vols. Pas très bon pour l’image !
Et voilà que les médias français enfoncent le clou : « Désastre collectif à la tête d’Air France » (Le Monde), « Air France en danger de mort » (Le Point), « La direction d’Air France déclare la guerre à ses pilotes » (Le Figaro). Pour la promotion, on a connu plus encourageant ! Tout le monde pointe du doigt le SNPL, le syndicat majoritaire des pilotes, accusé de corporatisme dans la défense de ses intérêts. Les pilotes s’étranglent quand le président de la République décore de la Légion d’honneur le PDG de Qatar Airways, dont la compagnie aurait reçu 17,5 milliards d’euros de subventions en dix ans et qui pourrait accéder aux aéroports français.
Ces princes du ciel oublient de préciser que le salaire d’un commandant d’A320 peut atteindre € 15000 euros brut par mois chez Air France, contre seulement € 7800 chez Qatar Airways. Ils ne volent que 630 heures de vol par an contre 840 heures chez Qatar Airways. Ils ont droit à des billets à prix préférentiel , ainsi que des assurances et une retraite très confortables. Le syndicat des pilotes a obtenu que Air France recule sur son projet de compagnie nationale à bas coût dont les pilotes serait moins payés.
Ce que les pilotes ne veulent pas voir, c’est que l’avenir d’Air France, et donc le leur, est sombre. La compagnie perd de l’argent et des passagers. Elle ne doit pas compter sur l’Etat endetté, qui détient 16% du capital et qui la soutient comme la corde soutient le pendu. En septembre, le premier ministre avait mis le marché en main du PDG d’Air France, selon Le Monde : abandon du projet de compagnie à bas coût contre l’arrêt de la grève. Si les pilotes d’Air France lisaient les statistiques d’IATA, qui regroupe 260 compagnies et 83% du trafic aérien mondial, ils sauraient que les marges bénéficiaires sont « minces et fragiles » : un passager rapporte un bénéfice de $ 8.27. Une misère, quand Apple gagne $ 177 sur chaque iPhone vendu. Aux Etats-Unis, l’avion rapporte 5.2%, en Europe, seulement 2.5%.
Aucune compagnie aérienne n’est éternelle. Dans mon pays, la Suisse, on est encore traumatisé par le 2 octobre 2001, quand la flotte de Swissair a été clouée au sol parce que la compagnie n’avait plus d’argent pour payer le kérosène. Ses dirigeants avait la folie des grandeurs, ils achetaient à tour de bras leurs concurrents, sans comprendre que les temps avaient changé depuis la guerre du Golfe et que les compagnies low cost allaient faire la peau des belles du ciel aux tarifs exorbitants. Swissair a été avalée par le géant allemand Lufthansa et gagne de l’argent.
Air France vaut 1.89 milliard d’euros à la Bourse, mais, mardi, l’action a perdu 3.37%. Comme le souligne méchamment un commentateur : « AF, c’est la baisse du jour tous les jours ».
Face à Air France en pleine tempête, Qatar a été nommée « meilleure compagnie du monde ». Son PDG dénonce l’inefficacité des compagnies européennes paralysées par leurs syndicats. Pour répondre aux accusations de subventionnement, il  se permet même d’accuser les géants américains de protectionnisme. Qui sait si demain, l’émir du petit Etat pétrolier ne va pas vouloir se payer un concurrent européen, par exemple Air France ? Ce jour-là, les pilotes d’Air France n’auront plus que leurs yeux pour pleurer leurs beaux salaires et leurs horaires de travail confortables !

21:59 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2015

La France qui travaille à l’oeil

Lundi de Pentecôte, trois Français sur dix travaillent…sans salaire. Je plaisante ? Pas du tout, c’est la loi du 30 juin 2004 : « Une journée de solidarité est instituée en vue d'assurer le financement des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées. Elle prend la forme d'une journée supplémentaire de travail non rémunéré pour les salariés et de la contribution [des employeurs pour financer] l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. »
C’est le président Chirac qui avait eu cette généreuse idée, après la canicule meurtrière de 2003. Pour financer une Caisse nationale de sécurité pour l’autonomie (CNSA), les Français vont sacrifier un jour férié. Ce beau geste rapporte plus de 2.5 milliards d’euros par an pour les vieux. Pourquoi le lundi de Pentecôte ? Bonne pioche : ce n’est pas une fête religieuse et, par définition, ça ne tombe jamais un week-end. Comme le patron ne paie pas cette journée de solidarité, il verse 0.3% des salaires à la caisse. Même chose pour le salarié qui paie l’impôt sur le revenu, c’est à dire moins d’un Français sur deux. Cette manne va aider à recruter du personnel pour les maisons de retraite, à financer l’aide à domicile et la modernisation des institutions.
Mais, comme toujours en France, le diable est dans les détails. Vous pensez bien que les patrons et les syndicats ne sautent pas de joie quand la loi leur impose de travailler un jour à l’oeil. Depuis 2008, les patron sont libres de choisir le jour : lundi de Pentecôte ou un autre jour, moyennant une RTT en moins. Rappel pour les nuls : « Le jour de RTT est une journée de repos qu'une entreprise donne à son salarié afin de compenser un temps de travail qui excède les 35 heures hebdomadaires règlementaires. » Résultat des courses : en France, où le temps de travail est de 41 heures par semaine contre 48 heures dans l’Union européenne, où il y a 11 jours fériés contre 9 en Allemagne, l’activité chute en moyenne de 70% en moyenne le lundi de Pentecôte ! Sans compter qu’il y a  déjà trois autres jours fériés en mai avec de belles possibilités de faire le pont !
Du côté syndical, ça gronde aussi. La CFTC lance un mot d’ordre de grève « pour dire STOP au mensonge de la journée dite « de solidarité ». Quoi, mon patron va m’obliger à travailler un jour à l’oeil par solidarité avec les vieux ? « Le principe, tout travail mérite salaire est incontournable, il n'est pas incompatible avec le nécessaire effort financier qui doit être fait au profit de la prise en charge de la dépendance, encore faut-il que cet effort soit justement réparti. » Pourquoi une caissière de supermarché doit-elle offrir une journée de salaire, alors qu’un cheminot ne travaillera que 1 minute 52 de plus ? Et pourquoi mon médecin ne participe-t-il pas comme les autres ?
En pratique, si les salariés ne se mettent pas d’accord sur la journée de solidarité, c’est le patron qui décide : certains suppriment un jour de congé ou de RTT, d'autres sacrifient un samedi ou choisissent de répartir 7 heures supplémentaires de travail sur l'année. Des entreprises en font cadeau à leurs salariés. Les salariés à temps partiel sont concernés, proportionnellement à leur durée de travail. Une chatte n’ y retrouverait pas ses petits.
Pour les millions de Français qui ne travaillent pas le lundi de Pentecôte, c’est la bouteille à l’encre. Ils ne savent pas si leur épicier, leur boucher ou leur coiffeur sera ouvert. A Paris, tous les services municipaux sont fermés, ainsi que les musées municipaux. Mais pour les musées nationaux, ça dépend : le Louvre et le Centre Pompidou sont ouverts, mais le Quai Branly et le musée d’Orsay sont fermés ! A Toulouse, la plupart des supermarchés sont ouverts, mais les enseignes de bricolage sont fermées. A Nîmes aussi, c’est selon. Mais, rassurez-vous : la corrida équestre de la Feria aura bien lieu dans les arènes !
Les Français l’ont en travers de la gorge, comme cette lectrice du magazine Challenges : « Cette journée est une vaste escroquerie, comme l'a été en son temps la vignette automobile ...Au finish, ce ne sont ni les vieux ni les handicapés qui en bénéficient, eux et leurs enfants continuent à payer le prix fort pour les maisons de retraite et l'aide à domicile. Un grand tour de passe-passe pour les actionnaires des différentes structures qui font de la prédation sur le vieillesse et la dépendance. » Ou ce lecteur : « Je travaille comme beaucoup de gens que je connais...Le problème, c'est que les transports en commun fonctionnent comme un dimanche !! C'est-à-dire avec un service de trains où ils sont…huit fois moins nombreux....C'est dire combien on va être serrés à l'intérieur ...Et les poids lourds, même les camionnettes, n'ont absolument pas le droit de circuler en ce week-end qui est le plus meurtrier de l'année sur les routes....donc aucune activité économique dépendant ou ayant trait aux transports sur route…. »
Allons, c’est beau, c’est généreux, la France ! Et tant pis pour les grincheux : la journée de solidarité, ça permettra d’aller à la pêche, qui est ouverte jusqu’au 20 septembre.

15:47 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

09/05/2015

Hillary, Bill et l’argent gris

Vous avez été séduit par le joli sourire et le courage d’Hillary Clinton, qui se lance à la conquête de la Maison Blanche. Vous avez été conquis par l’interview qu’elle a accordé, il y a quelques mois, à la télévision française. Une femme qui a pardonné ses frasques sexuelles « inappropriées » à son pendard de Bill, qui a servi loyalement Obama, qui l’avait éliminée de la course à la présidence, cette femme a tout pour devenir la première présidente des Etats-Unis : l’expérience, le courage, le charisme, son mari Bill et l’argent de la fondation Clinton. Et voilà qu’un méchant bouquin vient bousculer la vaillante candidate : « L’argent des Clinton, l’histoire secrète, comment des gouvernements étrangers et le monde des affaires ont aidé Bill et Hillary à s’enrichir.
Une bombe politique. Selon l’auteur, un conservateur proche des Républicains : « Pendant les années où Hillary était Secrétaire d’Etat, les Clinton ont mené ou facilité des centaines de transactions avec des sociétés étrangères, dont certaines leur ont fait gagner des millions ». Par exemple : l’accord commercial entre les Etats-Unis et la Colombie, qui a profité à une gros donateur de la Fondation Clinton ou des projets de développement après le tremblement de terre à Haïti. Il y a quelques semaines, le New York Times a publié une grande enquête qui révélait la face sombre de l’empire : quand Hillary était aux affaires, le Département d’Etat a autorisé un accord qui a permis à une société russe d’acheter les droits de 20% de l’uranium américain et Bill a touché un demi-million de dollars pour une conférence organisée par une banque russe proche du Kremlin. Bien sûr, les adversaires républicains d’Hillary tirent à boulets rouges sur la candidate démocrate.
Tout le monde le sait : l’argent est le nerf de…la politique ! Selon la fière devise d’Abraham Lincoln, l’Amérique est le pays du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Aujourd’hui, l’Amérique est une caricature de la démocratie, où l’argent de la corruption coule à flot pour financer la politique. En avril 2014, la Cour suprême des Etats-Unis a assoupli les règles du financement électoral, au nom de la liberté du citoyen à « participer au processus électoral ». Un riche homme d’affaires de l’Alabama avait fait recours, il voulait donner plus d’argent que les malheureux 123 200 dollars autorisés tous les deux ans, « une grave atteinte à la liberté d'expression politique », selon son avocat. En réalité, la Cour suprême a ouvert toutes grandes les vannes de l’argent gris qui se déverse par milliards dans la politique. On ne parle pas des misérables millions des comptes de campagne des candidats français. On parle de milliards de dollars. En 2012, la campagne présidentielle américaine a coûté 2.6 milliards.
En France, c’est l’Etat qui finance les candidats, avec les cotisations des militants et les dons limités des citoyens. Sans compter les centaines des micro-partis, aimable euphémisme pour des pompes à finances électorales. Tous les partis se font prendre régulièrement les doigts dans le pot de confiture. Aux Etats-Unis, l’argent public ne couvre que le quart des budgets électoraux, mais la plupart des candidats y renoncent pour ne pas devoir limiter leurs dépenses. Pour gagner des voix, les candidats doivent taper les contribuables et les entreprises. L’imagination des politiciens pour trouver du fric est sans limites. Pour tourner les limitations de la loi, les candidats ont créé des comités de parti, les Political Action Comités (PACs), pour recueillir sans limite les gros chèques. En principe, les "PACs" ne peuvent donner que 7 300 dollars à un candidat, 15 000 dollars à un parti, et 10 000 dollars aux associations politiques. Il suffit de multiplier les PACs et les contributions s’envolent ! Il y a aussi les dons discrets de milliardaires étrangers. Tous les présidents américains ont utilisé ces pompes à finances électorales. Et tous ont grassement rémunéré leurs fidèles donateurs. Selon le site OpenSecrets, 80% des gros donateurs d’Obama en 2008 ont reçu des postes-clé dans l’administration. Parmi les récompenses les plus scandaleuses, le pardon de Bill Clinton au roi du pétrole Marc Rich, réfugié en Suisse pour échapper au fisc, qui avait gagné des milliards en vendant du pétrole iranien, malgré l’embargo, dont il avait fait profiter son ami Clinton.
Menant campagne dans son bus électoral, Hillary Clinton, dans un bel élan, a déclaré la guerre à l’argent gris : »Nous devons nous occuper des dysfonctionnements de notre système politique et éliminer l’argent non déclaré, une fois pour toutes, et même s’il faut modifier la Constitution ». Noble intention, mais Hillary refuse de donner les noms des lobbyistes qu’elle a chargé de récolter de l’argent pour sa campagne. Selon la loi, personne ne peut obliger un candidat à révéler qui le finance. En 2012, tout ce que Obama avait rendu public, c’était les catégories de lobbyistes : entre cinquante et cent mille dollars ; entre cent mille et deux cents mille ; entre deux cents mille et un demi-million ; enfin, au-dessus d’un demi-million de dollars. Au-dessus, c’est combien : 10, 20 millions ? Hillary devrait peu-être rendre hommage à Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs de l’Amérique, qui disait : "Rien n'est plus doux que le miel, sauf l'argent."          



18:31 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2015

Héritiers suisses, tremblez !

Ah, la Suisse, ses montagnes, ses montres, son chocolat et… ses impôts légers ! Un paradis pour les riches, un havre pour les travailleurs bien payés et les rentiers prospères ! Ca, c’est l’image d’Epinal que les Français ont de la Suisse. La réalité, c’est que si les Suisses ne font pas pitié, ils paient cher leur prospérité : le coût de la vie est élevé, les impôts sont lourds et la pauvreté augmente. Et surtout, la caisse fédérale de retraite - joliment appelé Assurance vieillesse et survivants (AVS) - a un trou de 300 millions de francs suisses, pour la première fois depuis quinze ans.
La gauche suisse a trouvé la recette miracle. Le petit parti évangélique (si,si, ça existe en Suisse), soutenu par les socialistes et les syndicats, a lancé une initiative populaire pour inscrire dans la Constitution le principe : «Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS». En clair, taxer les riches héritiers pour aider les pauvres retraités. Les successions représentaient 2,7% de la fortune privée et 13,1% du revenu national en 2011 (contre 5,1% en 1975). En gros, un magot de 76 milliards en 2015. L’initiative propose de prélever un impôt de 20% sur les héritages dépassant 2 millions de francs et sur les donations de plus de 20 000 francs. Les montants sont doublés pour les couples. Afin de ne pas pénaliser les transmissions de petites et moyennes entreprises, le texte prévoit une exonération de 50 millions pour un taux réduit de 5%. Ca rapporterait 3 millards de francs suisses, deux tiers pour l’AVS, un tiers pour les cantons.
C’est là que ça coince. En Suisse, il n’y a pas d’impôt fédéral sur les successions, ce sont les cantons qui taxent les héritiers. Selon le quotidien Le Temps : « Seuls trois cantons, Vaud, Neuchâtel et Appenzell Rhodes-Intérieures, prélèvent un impôt sur les descendants directs, mais tous, sauf Schwyz, ponctionnent les autres héritiers. Cela représente un volume de recettes de 970 millions, soit à peu près l’équivalent de ce que propose l’initiative. » Le  gouvernement suisse et le Parlement sont contre. Ils ne crachent pas sur 3 milliards, mais ils préfèrent que les cantons gardent leur autonomie fiscale. Et pour boucher le trou de l’AVS, ils proposent d’augmenter de 2% la TVA.
Evidemment, on pouvait s’y attendre, les cantons, la droite et le patronat - en Suisse, on dit les milieux économiques - montent au créneau. L’un des plus virulents est le ministre vaudois des Finances, Pascal Broulis. Il parle de « course effrénée au populisme anti-impôts ». Il rappelle que deux tiers des électeurs vaudois ont accepté l’impôt sur les successions directes qui a rapporté au canton 85 millions sur un total de 5,4 milliards. Et il dégaine l’argument qui tue : si l’initiative sur les successions passe, c’est la mort des juteux forfaits fiscaux. Les 1400 riches étrangers peu imposés qui rapportent plus de 200 millions prendront la fuite. Son credo, c'est le proverbe : « Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul ».
Pour les Français, ce débat de riches pour se partager le gâteau de la prospérité helvétique peut paraître un peu exotique. Vous imaginez ça, en France : demander aux électeurs s’ils préfèrent taxer les héritiers de Dassault, de Tapie, de Bettencourt et d’Arnaud ou augmenter de 2% la TVA ? Vous pariez que la TVA gagnera ? Mais les malheureux héritiers suisses ont d’autres soucis et c’est la faute de la France. Le 17 juin 2014, la France a dénoncé la Convention fiscale bilatérale la liant à la Suisse, signée le 31 décembre 1953, et visant à éviter la double imposition en matière de successions. En clair, c’est la double peine pour les héritiers suisses : « Concrètement, dès janvier 2015, les quelque 180.000 Suisses domiciliés en France devront payer l'impôt sur les successions en France lorsqu'ils hériteront de biens détenus par des parents résidant en Suisse. Ils risqueront la double imposition, dans la mesure où la Suisse applique le droit du domicile du défunt, et taxe également les héritages, mais à un niveau nettement moins élevé cependant qu'en France. » Le gouvernement suisse a eu beau protester, quand Bercy tient un juteux morceau, il ne desserre jamais les dents ! Et son ministre des Finances a fait sienne cette maxime du poète anglais William de Britaine, en 1689 : »La joie des héritiers ne s'augmente qu'en proportion des biens qu'on leur a laissé."

12:19 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)