25/08/2015

Pourquoi vous tuer au boulot ?

« Le travail, c’est la santé », ça ne fait pas rire les employés d’Amazon, qui bossent comme des bêtes en cage pour vous livrer livres, disques et gadgets électroniques. Ni les petits génies de la finance, qui triment plus de 50 heures par semaine sur leur ordinateur pour courir après la fièvre des marchés. Pas plus que les serveurs des restaurants new-yorkais ouverts jour et nuit, qui ne comptent que sur les pourboires pour boucler leurs fins de mois. Le célèbre économiste Keynes devrait se couvrir la tête de cendres dans sa tombe. En 1964, il proclamait que la « vraie menace » pour la société américaine, c’était l’épidémie qui s’annonçait : trop de temps de loisir ! Selon lui, l’automatisation allait conduire à la semaine de 30 heures. En réalité, 20% de ceux qui ont les plus gros salaires travaillent plus de 50 heures par semaine. Ce qui, chacun le sait, n’est pas bon pour la santé ! Dans le New Yorker, le professeur Tim Vu, de la Columbia Law School, s’interroge : « Pourquoi en est-on arrivé là est à la fois un mystère et un paradoxe ».
En 50 ans, la productivité a massivement augmenté, de même que les moyens d’économiser le travail. Et les femmes sont entrées sur le marché du travail. Question : « Comment pouvons-nous être plus productifs, avoir plus de travailleurs et travailler plus d’heures ? ». Pas si simple d’y répondre. La vieille théorie marxiste de l’exploitation du travailleur par le méchant patron ne tient pas la route aux Etats-Unis, selon lui. Pas plus que la théorie selon laquelle plus nous consommons, plus nos besoins et nos désirs augmentent, ce qui entraîne un plus grand besoin de travailler. Tim Vu remarque ironiquement que les Américains préfèrent le travail au loisir. Selon lui, « une solide éthique du boulot est devenue un badge d’honneur pour tout diplômé d’une université. Si vous êtes très occupé, vous semblez important ». Les gens sont fiers de leur travail, où « ils trouvent aussi amour et repas gratuits et où ils vont à des conférences comme une forme de vacances ».
Dans les immenses études d’avocats américains, on dénonce l’avidité des partenaires qui poussent à ces horaires démentiels. Mais « l’ironie, c’est que ceux qui sont au sommet sont souvent plus malheureux et plus surmenés que ceux d’en-bas…quand il n’y a plus de limites, le travail devient un match de football où l’arbitre ne siffle jamais la fin ». Comment sortir de ce cercle vicieux ? C’est simple à prescrire, mais difficile à appliquer : « le retour à l’efficacité au travail pour remplir nos besoins, comme société, avec un effort minimum, en laissant l’option de plus de travail comme un hobby pour ceux qui aiment ça ». Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle !
Il n’y a qu’en France où les bienheureux salariés ne travaillent que 35 heures par semaine. Pour un observateur étranger, l’attitude des Français face au travail paraît étonnante. Le travail est souvent perçu comme une punition, selon l’adage biblique : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». S’épanouir dans son travail, trouver sa place dans la société ? Pas avec mon patron, qui m’exploite et me conteste mes RTT ! Il y a longtemps qu’on n’écrit plus sur les tombes des honnêtes salariés : « Le travail fut sa vie ». Selon le professeur de philosophie Eric Delassus, « la défiance généralisée contribue à vicier les rapports sociaux et les relations entre patrons et salariés », où « chacun a en permanence la crainte et le sentiment d’être floué ». La France a un ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. Elle a aussi un code du travail de près de 3000 pages, qui veut tout régler jusqu’aux moindres détails. Mais les conflits se règlent souvent d’abord par la grève et non par la négociation entre syndicats peu représentatifs et patronat crispé.
Mais se tuer au boulot est aussi une terrible réalité, avec la vague de suicides à France Telecom ou dans la police. Le burn out, un drame vécu par des milliers de salariés, qui ne supportent plus le stress, les rythmes insensés, la surveillance permanente, la perte de l’estime de soi et la crainte d’être licencié. »Notre culture du travail est en train de nous tuer », comme l’écrit sur son blog Clive Martin. Autrefois, « Le travail était le travail, les loisirs étaient les loisirs, la vie était : la vie. 90% de la population était moyennement satisfaite de cet accord passé avec la société. »
Parmi les innombrables dictons que la sagesse populaire a produit sur le travail, celui que je préfère : "Pourquoi se tuer au travail quand on peut mourir de plaisir  ?"

00:13 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

11/08/2015

Chronique du coeur de l’Amérique

Hays, Kansas, août 2015 - Hi folks ! My name is Marc Schindler. I’m back in Hays, Kansas, 39 years later !

En avril 1976, avec une équipe de la télévision suisse romande, j’ai passé un mois à Hays, au Kansas, pour réaliser un documentaire sur cette petite ville américaine au coeur des plaines, entre Denver et Kansas City. Les Etats-Unis célébraient leur bicentenaire et, avec le réalisateur Jean-Jacques Lagrange, nous avons tourné  la chronique quotidienne d’une petite ville semblable à des milliers d’autres, où vit un Américain sur trois. Pourquoi Hays ? Parce qu’elle correspondait aux critères d’une étude faite sur les Midtowns, les villes américaines de 20 000 habitants. Notre documentaire avait pour titre : « Une Amérique bien tranquille »


En 1865, l’armée américaine avait construit un fort pour protéger des Indiens la construction de la ligne de chemin de fer de l’Union Pacific d’une côte à l’autre. Les premières années, c’était le Far West : les hors-la-loi y jouaient du Colt, le shérif Wild Bill Hickock faisait régner la loi et l’ordre, le juge faisait pendre et lyncher les voleurs et Buffalo Bill abattait douze bisons par jour pour nourrir les ouvriers du rail. Puis, en 1876 sont arrivés les Allemands de la Volga, ces paysans auxquels la tsarine Catherine avait octroyé des terres en Russie, sans impôts et sans obligations militaires. A sa mort, ces privilèges ont été supprimés et les Volga Germans ont cherché terres et fortune dans les plaines à blé du Kansas. Ils y ont apporté leur variété de blé, leur culture, leurs traditions et leur langue. Aujourd’hui, à Hays, un habitant sur trois a un nom d’origine allemande.


Hays, en 1976, a été ma découverte de l’Amérique. Pas celle des mégalopoles, mais celles des petites communautés rurales, où on travaillait dur, où chacun allait à l’église le dimanche - il y en a 27 à Hays - où la vie sociale s’organisait autour des lotos, des réunions d’anciens combattants et des ventes de paroisse. Hays, où un habitant sur dix habitait dans un mobile home et vivait des bons d’alimentation, surtout les femmes divorcées dont le mari avait quitté le Kansas pour ne pas payer de pension alimentaire. Sa rue principale, où les voitures roulaient lentement, où tous les samedis soirs, les jeunes gens empruntaient la voiture de papa pour respecter la tradition : draging main, monter et redescendre Main Street en klaxonnant pour épater les filles. Le quincailler Scotty vendait des vis au poids, la Farmers Bank prêtait 3000 dollars pour financer un forage de pétrole. La prison aux normes fédérales détenait un ivrogne au volant et trois escrocs pour des chèques en bois. Son mall où on faisait ses courses en famille, ses marchands d’armes où on allait acheter son Smith & Wesson et son fusil de chasse. Hays, ses motels et ses restaurants MacDonald’s, Wendy’s, Freddy’s, Gella’s, qui servaient une nourriture riche et grasse pour des estomacs solides ! En 1976, Hays était vraiment une Amérique bien tranquille, à 100% blanche, où l’on ne rencontrait jamais de Noir ni de Juif. Les Indiens avaient été massacrés il y a longtemps et on gardait précieusement quelques bisons qui avaient échappé à Buffalo Bill et le site où les tribus Pawnee plantaient leurs tipis.


En août 2015, Hays est toujours « Une Amérique bien tranquille ». La ville a un peu changé.  20%  de nouveaux habitants. Un hôpital privé HaysMed avec des équipements ultra-modernes, un vrai Hilton de la santé ; un musée d’histoire naturelle avec des spécimens rares de poissons préhistoriques ; des quartiers résidentiels où les avocats et les médecins se font construire des maisons à plus d’un demi-million de dollars. Et de nouvelles usines pour l’industrie pétrolière et les transports. Hays a surmonté la crise, son blé et son sorgo se vendent toujours bien. Le taux de chômage est de 2.3%, trois fois moins que dans le reste des Etats-Unis. Les emplois ont augmenté de plus de 5% ces dix dernières années. Les salaires sont moins élevés, mais le coût de la vie aussi. Dans sa salle du City Council décoré du drapeau américains, le maire Eber Phelps peut être fier de sa ville : selon un sondage, Hays est un bon endroit pour élever a famille, même si on s’y ennuie un peu.


Revenir dans un endroit où j’avais découvert la réalité d’un pays, c’est un privilège rare pour un journaliste habitué à passer d’un reportage à l’autre. En 2015, pas d’équipe de tournage à quatre avec 200 kg. d’équipement, mais une valise et un camescope dans un sac à dos. Et des rendez-vous pris grâce à Internet avec les témoins survivants de 1976. Un pèlerinage au Kansas, dont j’avais rêvé depuis quelques années.

04:25 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

14/07/2015

France-Mexique : La mano en la mano

Décidément, la France et le Mexique marchent la main dans la main, depuis le célèbre discours du général de Gaulle à Mexico, en octobre 1964, avec cet inimitable accent français : « Marchemos la mano en la mano », Les présidents français adorent le pays des sombreros. Du général de Gaulle à François Hollande en passant par Giscard, Mitterand, Chirac et Sarkozy, ils se sont tous rendus au Mexique en visite officielle. Cette année, c’est El Presidente de los Estados Unidos Mexicanos Enrique Pena Nieto, qui est l’invité d’honneur de la France aux défilé du 14 juillet. Et tant pis, si sa campagne de 2012 a été financée par l’achat de votes. Si la France ne devait recevoir que des politiciens honnêtes, il n’y aurait jamais personne dans la tribune officielle aux côtés du président de la République !

Qu’on invite le président mexicain, passe encore. Mais que la France, patrie des droits de l’homme, fasse défiler 150 cadets dont des membres de la nouvelle gendarmerie mexicaine, formés par les pandores français, cela fait tousser la présidente d’Amnesty International : « Les disparitions forcées, la torture et les détentions arbitraires constituent des pratiques répandues parmi les forces de sécurité et de police mexicaines ». Les forces armées mexicaines ont une vieille tradition de brutalité, dans un pays rongé par le trafic de drogue. La lutte des cartels entre eux et contre les forces de sécurité ont fait plus de 100 000 morts et 26 000 disparus. En septembre dernier, 43 étudiants ont disparu. Massacrés par les trafiquants, selon la thèse officielle. Liquidés avec la complicité de policiers et de l’armée, affirment les défenseurs des droits de l’homme. Le président Pena Neto avait promis de respecter les droits de l’homme et de mettre fin à l’impunité des soldats accusé de crimes contre les civils. On attend encore les résultats !

Le Mexique est une démocratie à la mode sud-américaine : des institutions élues qui fonctionnent, mais une société cannibalisée par la guerre contre la drogue et le blanchiment. Des politiciens qui ont d’étranges complicité avec les narcos, et une armée qui se revendique comme la seule autorité capable de gagner la guerre de la drogue. Une frontière avec les Etats-Unis qui « a transformé le Mexique en zone tampon où se trouvent tous les migrants d’Amérique latine qui souhaitent aller aux États-Unis sans y parvenir. Cela vient aussi fragiliser le Mexique. Sans parler de l’import illégal d’armes venant des États-Unis, où elles sont en vente libre, et qui viennent alimenter la violence dans notre pays », selon Irma Sandoval, professeure à l’université nationale autonome du Mexique.

Bref, tout sauf un grand pays démocratique. Entre Paris et Mexico, ce n’est pas le grand amour, mais le réalisme du business, qui marche la main dans la main. Le Mexique est un géant économique, qui a longtemps vécu sur sa rente pétrolière. Les Etats-Unis absorbent encore 80% de ses exportations, mais le pays veut attirer les capitaux étrangers. Selon Les Echos, « Tiré par la demande des Etats-Unis, le pays connaît une croissance continue de ses exportations (hors énergie) qui bénéficie plus directement à l’électronique et à l’automobile. Désormais quatrième exportateur mondial de voitures, le Mexique concentre sur son sol toutes les marques internationales attirées par le marché américain. Kia, le coréen, vient de s’installer dans le sillage de Fiat, BMW ou encore Nissan. » Le Mexique exporte un milliard de dollars par jour dans le monde. Mais un misérable 0,35% en France. Pour les Français, « Le Mexique, c'est une plate-forme d'exportation, la porte d'entrée vers l'Amérique du Nord. » Pour le Mexique, la France pourrait être un tremplin pour conquérir les marchés africains. Le président Pena Nieto est accompagné par une cinquantaine de patrons mexicains et une soixantaine d’accords économiques vont être signés. 

 

En avril 2014, Hollande, en visite au Mexique, avait affirmé : « Chaque fois que nous invitons un chef d’État qui représente pour nous un pays ami, c’est pour partager ses valeurs. Et avec le Mexique, qui est aussi un pays révolutionnaire, nous avons en commun les valeurs de liberté, d’émancipation, de dignité et nous voulons aussi bâtir un ordre plus juste. ». Les politiciens ne sont jamais avares de déclarations emphatiques. A chaque fois, il faut activer la machine à déchiffrer. Résumé cyniquement ; dans le monde d’aujourd’hui, les droits de l’homme, c’est beau, c’est généreux. Mais ça ne rapporte pas grand-chose, ça ne remplit pas les carnets de commandes, ça ne fait pas tourner les usines. Laurent Fabius, le partisan de la diplomatie économique, aurait pu reprendre le titre du film inachevé du grand cinéaste soviétique Eisenstein, en 1931, sur l’histoire du Mexique : Que viva Mexico! 

15:01 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

04/07/2015

Les Guignols en péril

Le petit monde médiatique français s’est trouvé un nouveau hochet : sauver les « Guignols de  l’info », émission-culte de Canal+. La rumeur s’est enflammé comme une pinède en Provence. Vincent Bolloré, le nouveau patron du groupe Vinci, qui contrôle la chaîne cryptée, aurait décidé de supprimer la célèbre émission de Canal + qui, depuis 28 ans, brocarde les people et les politiciens, représentés par des marionnettes en latex. C’est le nouveau mot d’ordre : il faut sauver les soldats Guignols. 25 000 signatures pour demander grâce, un tsunami de réactions indignées des politiciens, de la gauche à la droite, ceux-là même qui en prennent plein la figure tous les soirs. Et ceux qui savent toujours tout avant les autres ont percé le mystère. Derrière l’affreux milliardaire Bolloré, c’est Sarkozy qui est à la manoeuvre. Bon sang, mais bien sûr : Bolloré, c’est l’homme d’affaires qui avait mis son yacht à la disposition de l’ex-président de la République après sa victoire en 2012. Le magnat des affaires dont le groupe vaut 10 milliards d’euros, dans le transport et la logistique, la communication et le stockage d’électricité, l’ogre breton qui gère plus de 2 milliards de participations dans la musique, le cinéma, la banque et les plantations de palmiers à huile.
On a eu droit à la sainte indignation du porte-parole du parti communiste français : «Six mois après les balles des terroristes contre le droit de caricaturer, voici une tout autre arme qui est employée contre la liberté à l'expression (sic) dans notre pays » ? Ou celle de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault : « même au pays de Rabelais et Molière, on ne protège plus le rire ». Soyons sérieux : qui regarde encore les Guignols, dont les dialogues éculés ne font plus rire que les nostalgiques de la période dorée de Canal+, il y bientôt vingt ans ! Franchement, la marionnette de Poivre d’Arvor avec son accent nasillard, c’est encore votre tasse de thé ? La solidarité pour les Guignols, c’est le retour de la nostalgie, quand nous étions jeunes et beaux, quand la France était un grand pays pas encore écrasé par le chômage et menacé par le Front national.
Les Guignols, ce n’est pas un monument en péril du paysage audiovisuel français. C’est une émission ringarde qui a fait son temps parce qu’elle n’a pas su se renouveler. Canal+ incarnait un contre-pouvoir, l’esprit de liberté, un humour impertinent et méchant qui se moquait des puissants. Ses producteurs avait adapté à la mentalité française l’esprit de la célèbre émission britannique Spitting Image, qui brocardait férocement, de 1984 à 1996, le premier ministre, le président des Etats-Unis et même la reine ! Mais même les meilleures émissions ne durent pas éternellement, si le public ne s’y intéresse plus. Les Guignols sont sauvés, mais pour combien de temps ?
Vincent Bolloré est un patron sans état d’âme. Ce qui l’intéresse, c’est de valoriser Canal+, une entreprise qui vaut 848 millions d’euros, mais dont la marge nette n’est qu’un misérable 2.2%. Depuis des années, la part de marché de la chaîne cryptée est en recul à environ 3%, alors que TF1 caracole à plus de 22%. La faute aux petites chaîne gratuites de la TNT et à la concurrence payante de la chaîne sportive qatarie BnSports, qui mange les abonnés de Canal+. Bolloré fait ses comptes et fait le ménage. Il a découvert que l’autre émission-culte de Canal+, « Le Grand Journal », coûte 120 000 euros par jour pour une part de marché de 7%. Le talk-show n’est plus regardé que par moins de un million de téléspectateurs. Le N° 2 de Canal+ a payé cash son manque de décision, viré. Comme l’équipe du « Grand Journal », selon ceux qui savent.
En France, ce sont aujourd’hui les financiers qui décident de l’avenir des journaux et des chaînes de TV et de radio. Canal+ géré par l’homme d’affaires Bolloré ; TF1 par l’entrepreneur Bouygues ; Le Figaro par le marchand d’armes Dassault ; Le Monde par le trio de milliardaires Bergé, Niles, Pigasse ; L’Express et Libération par le milliardaire franco-israélien Drahi. Décidément, les médias sont une chose trop sérieuse pour être laissés entre les mains des journalistes. La nostalgie et l’indignation devant les changements, cela peut amuser les journalistes et les politiciens. Mais ça ne pèse pas lourd devant le froid réalisme des financiers. Les médias, c’est du business qui coûte cher et ne rapporte pas gros, mais qui donne beaucoup de pouvoir à ceux qui ont les moyens de se les payer.

17:27 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

30/06/2015

Grèce : c’est quoi, la question ?

Personne de bonne foi n’oserait prédire comment va se terminer la crise grecque. Après des mois de négociations au plus haut niveau, Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a renversé la table : il a refusé en bloc les propositions du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission de Bruxelles. Et, à la surprise générale et sans prévenir personne, il a sorti son joker :  les propositions des institutions, que le gouvernement grec rejette, seront soumises par référendum aux électeurs grecs.
Résultat : les dirigeants européens sont en pleine confusion, les marchés financiers décrochent et les commentateurs de tous poils essayent de comprendre.  Allez donc y voir clair entre la position du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, qui appelle les Grecs à voter non, Jean-Luc Mélanchon qui dénonce  « l’humiliation d’un peuple »,  et le premier ministre espagnol qui souhaite que le oui l’emporte pour que les Européens puissent négocier avec un autre gouvernement grec. Sur les réseaux sociaux, l’affrontement est féroce entre ceux qui portent au pinacle le nouveau héros de la démocratie grecque, Alexis Tsipras, et ceux qui sont consternés par l'irresponsabilité du premier ministre grec. C’est une guerre sans merci, à coups d’expertises financières, d’appels enflammés et de rhétorique  révolutionnaire. Un conflit  entre des adversaires irréconciliables. Ceux qui ne sont pas d’accord avec la noble démarche d’Alexis Tsipras sont traités au choix de suppôts du néo-libéralisme ou de victimes de lobotomie. Ceux qui critiquent la Grèce proclament : « Ce pays tricheur et malhonnête, ils ne rembourseront jamais et Tsipras est prêt à promettre la lune pour rester dans l'Union Européenne. »
Dans cette cacophonie politique et médiatique, Pavlos Tsimas, le directeur éditorial de HuffPost Grèce, pose une bonne question : sur quoi vont voter les électeurs grecs, dimanche ? Sur le plan européen rejeté par la Grèce, sur les nouvelles propositions grecques ou sur un éventuel compromis ? Alexis Tsipras somme ses concitoyens de dire non, mais à quoi  ? à toute proposition qui garantit à la Grèce de rester dans l’Euro au prix de nouvelles mesures d’austérité ? non à l’euro ? « Quoi qu'il en soit, la réponse sera claire et précise: « oui" ou bien « non ».
En Suisse, on a l’habitude des referendum. Ceux qui sont obligatoires, parce qu’ils modifient la Constitution ou qu’ils engagent la Suisse, comme « l’arrêté fédéral  concernant l’initiative populaire «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels » ou  « l’Arrêté fédéral relatif à l’initiative populaire «Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire». Au total 218 referendum, dont 163 acceptés depuis 1848. Et ceux qui sont facultatifs, c’est l’arme des groupes de pression contre une loi voté par le Parlement et qui menace leurs intérêts, comme la « Loi fédérale sur le transit routier dans la région alpine (LTRA) (Réfection du tunnel routier du Gothard) ». 177 dont 99 acceptés. Les citoyens suisses sont appelés à voter sur des textes juridiques complexes difficiles à comprendre pour les électeurs. C’est la caractéristique de la démocratie directe suisse.
Le referendum grec est d’une toute autre portée, à la fois technique et politique. Selon Alexis Tsipras : «Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l'UE et sape la relance de la société et de l'économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l'humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l'obsession du FMI pour une politique d'extrême austérité. (…) Notre responsabilité dans l'affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l'ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec.» . Mais, d’ici à dimanche, un autre projet d’accord aura peu-être été conclu.
La Grèce n’a pas gardé un bon souvenir de son précédent referendum, en 2011. En pleine crise financière, le Premier ministre Georges Papandréou avait annoncé un référendum sur un accord avec ses créanciers, avant de l'abandonner face à la perspective d'un "non" menaçant la Grèce de quitter la zone euro. A l'époque, Papandréou avait été désavoué par ses troupes et il avait dû démissionner. Aujourd’hui, Alexis Tsipras joue à quitte ou double et on a envie de lui demander : vous pouvez répéter la question ?



18:29 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)