04/09/2016

La vérité selon Le Carré

Le quotidien britannique The Guardian publie les bonnes feuilles des mémoires de l’un des maîtres du roman d‘espionnage, sous le titre « les nombreuses vies de John Le Carré, avec ses propres mots ». Pour un lecteur qui a dévoré « L’espion qui venait du froid », qui a suivi avec passion les enquêtes du maître-espion George Smiley (« Les gens de Smiley », « Comme un collégien », « La taupe »), c’est du pur bonheur. Pendant des années, j’ai attendu impatiemment chaque nouveau roman de l’écrivain prolifique retiré au fond des Cornouailles. Je suis devenu un habitué du Cirque - le nom que Le Carré avait donné au siège du service secret. J’ai découvert « Une petite ville en Allemagne », j’ai fréquenté « Un amant naïf et sentimental », j’ai baroudé au Moyen-Orient avec « La petite fille au tambour ». Après la chute de l’URSS, j’ai suivi l’auteur dans les méandres du trafic d’armes avec « Single & Single », je me suis plongé dans les sombres complots africains du « Chant de la mission » et du scandale des médicaments trafiqués dans « La constance du jardinier ». Le plus souvent en traduction, parfois en anglais pour découvrir la langue jubilatoire de Le Carré.
En 1963, en pleine guerre froide, le diplomate David Cornwell devient célèbre avec son troisième roman « L’espion qui venait du froid » publié sous le pseudo John Le Carré. Cinquante-trois ans plus tard, il écrit dans ses mémoires : « Pour le reste de votre vie, il y a un avant et un après la chute. Vous regardez les livres que vous avez écrits avant que le projecteur vous saisisse et qu’on lit comme les livres de votre innocence. » Aujourd’hui, à plus de 84 ans, il raconte ses vies et pourquoi il écrit : « Sorti du monde secret que j’ai connu, j’ai essayé de faire un théâtre pour les mondes plus larges dans lesquels nous vivons. D’abord vient l’imagination, ensuite la recherche de la réalité. Ensuite, retour à l’imagination et au pupitre devant lequel je suis assis maintenant ». La méthode Le Carré, c’est de s’immerger dans la réalité avant de la raconter. D’aller en Afrique découvrir les magouilles des trafiquants, des barbouzes et des affairistes pour écrire « Le chant de la mission ». De remplir des classeurs de notes et de renseignements sur les héros de ses romans, sur les lieux de l’action.
L’une des révélations de ses mémoires, c’est la relation de John Le Carré avec son père. Il avait déjà évoqué dans « Un Parfait espion » ce personnage flamboyant, qui a fait des affaires avec les plus célèbres gangsters de Londres, ce qui lui a valu des années de prison : « Il était un enchanteur sans illusion et un baratineur qui se voyait comme le golden boy de Dieu et il a ruiné la vie de beaucoup de gens ». Le Carré révèle qu’il a eu une enfance sans affection, entre un père violent et une mère dont il dit « à ce jour, je n’ai aucune idée du genre de personne qu’elle était ». D’où cet aveu : « Tout cela faisait de moi une recrue idéale pour les services secrets». Il décrit sa vie comme « une succession d’engagements et de fuites et, Dieu merci, l’écriture m’a gardé relativement sérieux et largement sain ».
Parmi les extraits jubilatoires de ses mémoires, ce déjeuner en 1991 avec le baron de la presse Rupert Murdoch, propriétaire du Times, qui avait publié une photo de l’écrivain et affirmé que « le rapace le Carré » avait demandé à un théâtre de Varsovie 150 £ par représentation de « L’espion qui venait du froid ». Furieux, l’écrivain avait exigé des excuses écrites du journal, un don au théâtre polonais et un déjeuner avec Murdoch. L’affaire s’était réglée au grill du Savoy. Mais, à la surprise de Le Carré, ce qui intéressait Murdoch, c’était de découvrir si le romancier savait qui avait tué Bob Maxwell, un autre baron de la presse, prétendu espion et vrai escroc qui avait ruiné le fonds de pension de ses sociétés et dont le corps avait été retrouvé en mer. Suicide ou meurtre commandé par un service secret ? Le Carré n’en savait rien, il s’était contenté de rappeler les rumeurs de la presse. Après 25 minutes, Murdoch s’était levé et était parti, laissant l’addition au romancier. « Les grands hommes ne signent pas les additions, ils laissent ça à leurs gens ».
Autre souvenir mémorable : après avoir refusé plusieurs fois une décoration, Le Carré est invité à Downing Street par Margaret Tatcher avec le premier ministre hollandais. Il profite de l’occasion pour plaider la cause des Palestiniens qu’il avait rencontrés au Liban. La dame de fer le cloue avec ces mots : « Ne me racontez pas d’histoires larmoyantes. Chaque jour, des gens font appel à mes émotions. On ne gouverne pas comme ça. Ce n’est pas juste ». Avant de lui rappeler que les Palestiniens avaient entraîné les artificiers de l’IRA, qui avaient tué un de ses amis politiques.
Ces extraits des mémoires de John Le Carré m’ont mis l’eau à la bouche. Mais dit-il la vérité ? Ou, comme écrivait Gabriel Garcia Marquez en préface de ses mémoires : “Ce qui importe, ce n'est pas la vie qu'on a vécue, mais celle dont on se souvient, et de comment on s'en souvient pour la raconter.”

19:45 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2016

France : En direct de la manif

En mai 68, il avait fallu plusieurs heures pour que les images des manifestations violentes entre étudiants et CRS soient diffusées à la TV. Le temps de développer la pellicule et de monter les images. Fini, tout ça ! Aujourd’hui, vous vivez l’événement sur votre écran en direct de la manif. Chacun s’improvise journaliste et filme avec son smartphone ou sa camera GoPro. Facebook, Twitter, Snapchat et Periscope vous mettent au coeur de l’événement.
Mardi 14 juin, des dizaines de milliers de manifestants défilaient à Paris à l’appel des syndicats, contre la loi travail. Très vite, les affrontements entre les forces de l’ordre ont commencé avec des «casseurs» casqués et encagoulés : hôpital vandalisé, vitrines enfoncées, charges des CRS, gaz lacrymogènes - le scénario classique de la manif. Tout se passe sous l’oeil de milliers de photographes, de cameramen et de manifestants, qui postent immédiatement leurs images et leurs commentaires sur les réseaux sociaux. Comme des milliers de Français, grâce à l’application Periscope, j’ai regardé avec fascination sur l’écran de mon ordinateur les images de la manif. Comme si j’y étais, j’ai suivi le journaliste qui filmait avec sa camera GoPro, à l’avenue Montparnasse. J’ai marché au milieu des manifestants casqués et le visage protégé contre les gaz, j’ai couru avec eux pour échapper aux charges des CRS et aux lacrymogènes. Je me suis approché pour voir quand un manifestant est tombé, le visage en sang, frappé par une grenade. Pendant l’action, j’ai lu en direct les commentaires des internautes, brefs et violents : « C’est ceux qui bossent pas, ils veulent foutre la merde », « Filme les flics, pas les manifestants », « Je crois pas que c’est en France », « Sans les casseurs, vous auriez pas de congés payés».
Aujourd’hui, tous les médias utilisent Periscope pour vous raconter en direct les événements. Comme Marc Bertinelli, du Monde, Pierre Trouvé, de l’Express, iTélé et Canal+ ou Anaïs Condomines de MetroNews. Les images les plus spectaculaires sont ensuite postées sur Youtube. pour ceux qui ont loupé le direct. Periscope, c’est de l’info brute de décoffrage, ça donne à voir et ça sert aux internautes à se défouler en postant des commentaires. Tout dans l’émotion et le voyeurisme. Il n'y a pas que Periscope. Facebook a aussi créé une nouvelle application, Live, qui permet de diffuser de la video en direct.
Avec un smartphone, vous pouvez envoyer en direct dans le monde entier les images que vous filmez. Mais en quelques mois, Periscope est devenu hors contrôle. En février, le footballeur Serge Aurier insulte en direct l’entraîneur de son club, le PSG. En mars, les communicants de François Hollande diffusent en direct sa rencontre avec les salariés d’une entreprise, pour « varier les modes de dialogue et de discussion avec les citoyens, en dehors des médias classiques. ». Patatras : les commentaires orduriers et les insultes couvrent l’écran et l’émission est interrompue. Plus dramatique, une jeune femme annonce son suicide et filme en direct sa mort en se jetant sous le RER. Deux adolescents se filment en train d’agresser un passant dans la rue à Bordeaux. Dernier dérapage : le terroriste qui a assassiné deux policiers se filme en direct sur Facebook, pour revendiquer ses meurtres et son allégeance à Daesh. Selon le journaliste spécialisé David Thompson, « la vidéo a été vue par 98 personnes avant d’être retirée onze heures après sa diffusion ». Cela a notamment permis à la police de l’identifier rapidement.
D’une application ludique sur les réseaux sociaux, Periscope est devenue en quelques mois un outil d’incitation à la violence et une arme de guerre idéologique. Periscope et Facebook expliquent benoîtement qu’il est interdit de diffuser en direct des images violentes ou incitant à la violence, mais qu’ils ne peuvent pas surveiller les directs videos. Ils attendent que les utilisateurs leur signalent si les règles ont été respectées. Ben voyons, on ne va pas tuer la poule aux oeufs d’or : Periscope et Facebook Live sont les applications les plus téléchargées et elles rapportent des millions en publicité !
Le droit est totalement inadapté aux flux de video en direct. Comme l’explique Le Monde : « Si les autorités découvrent un contenu répréhensible sur Facebook, en live ou non, elles vont alors notifier le réseau social qui devient responsable et sera sommé de retirer le contenu « promptement». Selon un avocat spécialiste des nouvelles technologies, « promptement » signifie parfois un week-end ! « Le système est pensé pour des contenus publiés en différé », explique-t-il, « avec Periscope et Facebook Live, le temps que l’on retire, l’opération est souvent terminée ». La seule riposte que la police a trouvé : « Ne contribuez pas à la diffusion de photos malveillantes, de les partagez pas, signalez-les sur le portail du gouvernement ». Devant ces dérapages, il faut écouter le neurologue Lionel Naccache : « Notre société hyperconnectée est au bord de la crise épileptique …elle n’a plus de regards sur ses propres actions».

 

23:49 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2)

12/05/2016

La guerre des noms

C’est une guerre picrocholine entre Toulouse et Montpellier qui aurait enchanté Rabelais. Je vous parle de la guerre des noms pour la nouvelle région de France où j’ai choisi de passer ma retraite.
Résumé des épisodes précédents : depuis le début de l’année, la France compte treize régions, dont six nouvelles, issues de la fusion d’anciennes entités administratives. Le Languedoc-Roussillon, où j’habite, a fusionné avec Midi-Pyrénées. Entre Toulouse et Montpellier, ça n’a jamais été le grand amour, les deux régions ont bien une histoire partagée et une langue commune, la langue d’oc. Mais économiquement, Midi Pyrénées pèse plus lourd avec Airbus face aux vignobles du Languedoc et aux plages du Roussillon. 10% de chômeurs seulement en Midi Pyrénées contre 14% en Languedoc-Roussillon. Alors, Toulouse a été nommée capitale régionale, mais pour calmer la grogne des politiciens et des fonctionnaires, Montpellier gardera la moitié des services administratifs. Quand on vous disait que la fusion des régions n’avait pas pour but de faire des économies !
Les nouvelles régions ont jusqu'au 1er juillet pour trouver leur nom. Mettre d’accord les descendants des camisards des Cévennes, les héritiers des Cathares, les habitants de Montpellier et ceux de Toulouse, tout en ménageant la susceptibilité des Catalans du Roussillon, c’est un vrai casse-tête. Alors, la présidente socialiste de la nouvelle région, Carole Delga, a décidé de demander aux habitants quel nom ils préféraient. Elle espère éviter le psychodrame des autres régions qui ont choisi des noms bizarres : Grand Est pour la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine ou Hauts de France pour la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Du coup, les internautes se sont déchaînés : "En haut à gauche" "En haut à droite " "En bas à droite " "En bas à gauche " "Au milieu" c'est simple non !!
Alors, pour trouver le nom de baptême de ma région, le monde politique marche sur des oeufs. Il a créé un comité des sages de trente personnes, des chefs d’entreprise, des professeurs retraités, des responsables d’associations culturelles et même un entraineur de club de football. Ils ont accouché d’une liste de huit noms, soumis à l’assemblée consultative : Languedoc, Terre d'Oc, Occitanie, Pyrénées-Méditerranée, Languedoc-Pyrénées, Pays d'Oc, Midi et Occitanie-Roussillon.
Pas facile de faire table rase du passé et de trouver la formule qui ne vexera personne. Raté, les Catalans du Roussillon sont fâchés, ils auraient préféré Occitanie-Pays Catalan, qui avait été plébiscité par 53 % des personnes interrogées dans un sondage en novembre.
Je ne suis pas né ici, mes ancêtres non plus et franchement, j’ai de la peine à me passionner pour cette bataille du nom. Mais j’ai certainement tout faux, puisque la présidente Carole Delga déclare : «Ce nom devra valider l'existence même de la nouvelle région. Il devra être parlant, très fédératif, porter une ambition et être lisible à l’international». La quadrature du cercle. Elle croit vraiment que quand le dirigeant d’une société chinoise veut investir ou quand un touriste japonais veut passer ses vacances en France, ils s’intéressent au nom de la région ? Les habitants de la nouvelle région vont être consultés soit par internet, soit en découpant une bulletin-réponse dans le magazine de la région ou les quotidiens locaux. Même ceux qui vivent ailleurs. Mais pas ceux de l’étranger, pour éviter que le lobby catalan ne fausse le sondage. Comme moi, vous saluez cette belle initiative citoyenne, qui permet aux habitants de décider du nom de leur région. Et ça ne coûtera pas plus de 500 000 euros, a promis la présidente socialiste. Eh bien, vous avez tout faux. La guerre des noms, c’est aussi c’est le triomphe du Père Ubu, qui aurait ravi Alfred Jarry !
D’abord, c’est une consultation «pour beurre», qui ne lie pas les élus. C’est la présidente qui l’affirme : « Oui, nous ne serons pas obligés de prendre le nom arrivé en tête. Mais nous avons cette volonté de consultation. Nous serons à l’écoute ! ». Ben voyons ! Ce sont les conseillers régionaux qui choisiront le nom de la région. Et c’est un décret de l’Etat qui tranchera. Mais, attendez, le meilleur est à venir : comme moi, vous pensiez que c’est le nom arrivé en tête du sondage qui l’emportera. Pas du tout, ce sera le plus rassembleur. Pourquoi ? Parce que l’institut chargé du sondage appliquera le paradoxe de Condorcet. Qu’es aquo, comme on dit en occitan ?
Le paradoxe du marquis de Condorcet dit qu"'il est possible, lors d'un vote où l'on demande aux votants de classer trois propositions (A, B et C) par ordre de préférence, qu'une majorité de votants préfère A à B, qu'une autre préfère B à C et qu'une autre préfère C à A. Les décisions prises à une majorité populaire par ce mode de scrutin ne seraient donc pas cohérentes avec celles que prendrait un individu rationnel". Vous avez compris ? Moi non plus. Pour encourager les Français à voter, on a déjà fait plus simple ! Le message politique est clair : vous pouvez toujours donner votre avis, c’est nous qui déciderons.

18:42 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

05/05/2016

Et Dieu dans tout ça ?

« J’ai toujours dit que le Seigneur a un projet pour moi…et en suspendant ma campagne aujourd’hui, j’ai renouvelé ma conviction profonde que le Seigneur me montrera la voie et remplira le projet de ma vie ». Ce n’est pas un prêtre ou un pasteur qui parle. C’est un politicien, le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, en annonçant qu’il se retire de la course à la Maison Blanche contre le favori républicain Donald Trump.
Vous imaginez ça en France, un homme politique candidat à l’Elysée qui jette l’éponge et qui proclame que Dieu lui montrera la voie ! Aux Etats-Unis, ça ne choque personne, au contraire. La religion joue un rôle fondamental dans la politique américaine. Aucun candidat n’oserait se dire athée, aucun électeur ne voterait pour lui. Le sénateur républicain du Texas Ted Cruz, qui vient d’abandonner la campagne, est un chrétien évangéliste pur et dur. Son père, un pasteur de la Première Eglise baptiste, a raconté que toute sa famille a prié à genoux pendant deux heures, après le culte, pour connaître la décision divine.L’esprit saint est descendu et la pieuse famille a entendu : « Cherche le visage de Dieu, pas sa main ». Et le sénateur a compris que Dieu lui donnait le feu vert pour devenir président des Etats-Unis.
Ted Cruz a utilisé sa foi pour conquérir la droite républicaine la plus réactionnaire, au nom des valeurs de son papa : les Etats-Unis sont « une nation chrétienne », les fondamentalistes doivent prendre le contrôle de la société, de l’éducation, du gouvernement et de l’économie. La théorie de l’évolution est « un complot diabolique monté par les marxistes », le mariage homosexuel est « la destruction de la famille », l’avortement doit être déclaré illégal. Obama est un « marxiste proche des musulmans », qui essaie de «prendre notre Dieu et notre fusil pour nous imposer une dictature ». Ces idées ont convaincu les électeurs républicains de neuf élections primaires et de 566 délégués à la convention républicaine. Mais Dieu n’a pas permis à Ted Cruz d’arrêter le raz de marée Trump.
Selon le site Religion News Service, le milliardaire Donald Trump, qui sera probablement le candidat républicain à la course à la Maison Blanche, ne manque jamais d’assister au culte de l’Eglise presbytérienne, où il chante et donne généreusement, quand il est en campagne. Il proclame : « Je serai le plus grand président que Dieu ait jamais créé ». Tous les chrétiens évangélistes ne sont pas convaincus par un candidat qui s’est marié plusieurs fois, qui a changé d’avis sur l’avortement, qui insulte les femmes et les Hispaniques, qui veut déporter onze millions d’immigrants clandestins, construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique et fermer les frontières aux musulmans. Ce qui lui a valu une ferme mise en garde du pape.
L’institut de recherche PEW a demandé, en janvier, à 2000 électeurs quels candidats étaient les plus religieux ? Le premier est l’éphémère candidat républicain noir Ben Carson : très religieux pour 35% ; le sénateur républicain Ted Cruz : 25% ; Hillary Clinton : 10% ; le sénateur démocrate Bernie Sanders 5%, comme Donald Trump. Cela n’empêche pas Trump d’écraser tous ses concurrents. Selon le New York Times, la montée en puissance de Donald Trump révèle que l’Amérique est peut-être en train de changer et de perdre son esprit religieux. Les Américains restent exceptionnellement religieux comparés aux Européens. Mais ce sentiment s’érode depuis les années 80 : « en 1987, un Américain sur quatorze n’avait aucune préférence religieuse. En 2012, cette proportion avait augmenté à un pour vingt ».
Les Etats-Unis sont probablement en train de vivre une évolution semblable à celles des pays européens. Les nombreuses églises protestantes et catholiques ont toujours été conservatrices. Elles n’acceptent pas le sexe avant le mariage, l’avortement et l’homosexualité. Les jeunes et les électeurs de gauche se sont détournés de la religion. Mais les clivages politiques se confirment : « en 2012, 36% des « libéraux » (de gauche) préféraient pas de religion, comparés aux 7% de conservateurs ».
Donald Trump, avec son populisme exacerbé, son nationalisme et ses outrances verbales, a réussi à convaincre les ouvriers blancs déclassés par la mondialisation, mais aussi une partie de la droite religieuse, notamment dans le Bible Belt, le Sud profond, miné par la pauvreté, un système de santé médiocre, la corruption politique et le désarroi social. Des communautés où la pratique religieuse a diminué, parce que les Eglises sont moins prêtes à affronter des problèmes sociaux comme l’avortement ou les droits des homosexuels.
Il y aura peut-être moins de place pour la religion dans la politique américaine après l’élection présidentielle. Les candidats savent qu’ils ne peuvent pas vaincre sans Dieu. Mais Dieu ne suffira plus !

19:54 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

30/04/2016

En France, Noël à Pâques

En France, tous les cinq ans, c’est Noël à Pâques. Pourquoi ? Parce qu’on élit le président de la République. C’est le temps des cadeaux pour tout le monde. On n’est qu’à un an de la présidentielle, mais déjà, des cadeaux, il y en a pour les instits, les fonctionnaires, les flics, les paysans et j’en passe.
Revue de détail : la ministre de l’Education nationale promet de doubler la prime des enseignants des écoles maternelles et élémentaires. Ca coûtera environ 300 millions d’euros par an. Ca tombe bien. Les enseignants, soutien traditionnel de la gauche, ne seraient plus que 21% à voter Hollande, selon un sondage. Le ministre de l’Agriculture promet une aide de 290 millions aux paysans en colère, qui subissent de plein fouet la crise agricole et la course aux prix bas, et qui déversent des déchets devant sa maison. Des électeurs qui votent pour la droite ou le FN. Le ministre de l’Intérieur promet d’équiper les brigades anti-terroristes de nouveaux fusils d’assaut, de gilets pare-balles et de boucliers pour 17 millions. Il y urgence…politique. Selon une étude récente, en 2015, plus de 50% des policiers ont voté pour le Front national. Le gouvernement annonce une hausse de 1.2% des traitements des fonctionnaires, une gâterie à 2.4 milliards par an. Selon la même étude, plus d’un fonctionnaire sur cinq a voté FN, l’an dernier. Alors, le gouvernement lance ses promesses : qui veut gagner des millions ?
Mais où le gouvernement va-t-il trouver tout cet argent ? Le déficit public atteint plus de 77 milliards, près de 4% de la richesse produite en France. La dette dépasse 2000 milliards, 95% du PIB. Le président et son premier ministre n’ont jamais été aussi impopulaires. Les grèves se succèdent et la télévision montre chaque jour des images de guérilla urbaine entre les casseurs et la police. Mais « Ca va mieux en France ». C’est le président qui le dit, le 14 avril, dans l’émission de télévision « Dialogues citoyens ». Evidemment 83% des Français n’y croient pas et la droite se moque du « président normal à la face éternellement joviale ». Pourtant, les bonnes nouvelles économiques tombent en rafales : 60000 chômeurs de moins en mars, une méga-commande de 12 sous-marins par l’Australie, la croissance qui accélère au premier trimestre. Et surtout, le déficit public est en baisse de 0.3% par rapport aux prévisions. Ca représente quand même une cagnotte de 6 milliards. Ben voyons, il suffit de taper dans ce bas de laine pour financer les promesses !
Tous les candidats à la présidentielle de 2012 ont fait des promesses mirifiques, sans expliquer sérieusement comment les financer. Eva Joly, la candidate écologique, promettait de créer un million d’emploi d’ici à 2020 ; Marine Le Pen voulait augmenter de 200 euros les salaires inférieurs à 1500 euros ; Nicolas Sarkozy promettait une hausse de 70 euros par mois pour les petits salaires ; Mélanchon, du Front de gauche, un salaire minimum de 1700 euros par mois ; et François Hollande promettait de créer 150 000 « emplois d’avenir » pour les jeunes. Mais les Français ne font plus crédit aux promesses qui, comme chacun le sait, n’engagent que ceux qui y croient.
Il n’y a pas qu’en France. La campagne électorale américaine nous vaut aussi son pesant de promesses et de belles intentions. Hillary Clinton, qui veut relever le salaire minimum fédéral de 7,25 à 12 dollars : « Nous ne devrions pas faire des promesses que nous ne pourrions pas tenir ». Son adversaire démocrate Bernie Sanders promet de mettre en place une assurance maladie universelle fédérale, qui replacerait le coûteux système actuel d’assurances privées, mais qui coûterait plus d’un million de millions de dollars. Quant au milliardaire républicain Donald Trump, il veut « supprimer l’impôt sur le revenu pour les Américains gagnant moins de 25 000 dollars (50 000 dollars pour les couples). Dans le même temps, le taux supérieur d’imposition serait ramené de 39,6 % des revenus à 25 %. Quant à l’impôt sur les sociétés, il passerait de 35 % à 15 %. » Le hic, selon le Tax Policy Center, un organisme non-partisan, c’est que les recettes fiscales diminueraient de 25 000 milliards de dollars en vingt ans.
On a envie de parodier Michel Audiard dans «Les tontons flingueurs» : « c’est curieux chez les politiciens ce besoin de faire des promesses ». Mais qui a jamais prétendu que les promesses électorales était faites pour être respectées ? Cyniquement, elles servent seulement à être élu.

17:16 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)