08/10/2017

Le showbiz malade du sexe

Le New York Times vient de lancer un sacré pavé dans la mare : il a révélé que le magnat du cinéma d’Hollywood Harvey Weinstein était un prédateur sexuel. Depuis des décennies, l’un des producteurs les plus puissants du cinéma abusait de jeunes starlettes dans des suites d’hôtels où il les attirait pour lancer leur carrière. Selon le New York Times, Weinstein a payé des centaines de milliers de dollars pour étouffer les plaintes de ses victimes. 

Weinstein, ce nom ne vous dit rien ? C’est le producteur de plusieurs des plus grands films américains - Pulp Fiction, Le discours du roi, Shakespeare in Love. C’est lui aussi qui a lancé une campagne de promotion du film français The Artist, qui lui a valu cinq Oscars en 2012. Depuis trente ans, Weinstein était le « faiseur de pluie », celui qui avait le pouvoir de lancer des carrières dans le showbiz en produisant des films à succès au box office, qui lui ont rapporté des Oscars et qui ont fait gagner des fortunes à ses acteurs, ses réalisateurs et ses scénaristes. Ses stars étaient en Une des magazines et les invités des émissions populaires de TV. Il était devenu un producteur respecté. Il avait même été nommé honorary Commander of the British Empire ! Il avait aussi été un fervent supporteur et un important donateur pour la campagne d’Hillary Clinton.

Depuis des années, la rumeur courait à Hollywood sur les frasques sexuelles du magnat du cinéma. Mais aucun journaliste n’avait pu ou n’avait voulu publier une enquête sérieuse sur Harvey Weinstein. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens dans le showbiz avaient trop à gagner avec lui. Pas seulement les réalisateurs, les acteurs, les scénaristes de ses films. Mais aussi les chroniqueurs, les critiques de cinéma et tous ceux qui gagnaient leur vie grâce à Weinstein comme consultants. Toutes les enquêtes s’étaient cassé le nez sur le mur du silence et de la peur. A la dernière minute, les sources d’information faisaient faux bond. Comme l’écrit la journaliste Kim Masters dans The Hollywood Reporter : « L’industrie (le showbiz) se prend de passion pour des causes, mais quand il s’agit de faire des affaires, elle est irrémédiablement capable de se pincer le nez ». Il a fallu le témoignage d’une des victimes de Weinstein pour que le scandale éclate.
Des interviews d’anciens employés, des emails et des documents internes ont confirmé les accusations de harcèlement sexuel et les règlements financiers avec les victimes. Les excuses de Harvey Weinstein n’ont rien arrangé : « Je comprends que mon comportement passé avec des collègues a causé beaucoup de douleur et je m’en excuse sincèrement ». Le producteur a dû prendre un congé de longue durée pour suivre un traitement. Plusieurs membres de son conseil d’administration ont démissionné, ainsi que son avocate. C’est la fin de la carrière de celui qui se présentait comme «un lion progressiste, un champion des femmes et le vainqueur de récompenses non seulement artistiques, mais aussi humanitaires », selon la formule du New York Times.
Bien sûr, Hollywood n’a jamais passé pour un modèle de vertu. Mais le showbiz a toujours voulu donner l’image d’une institution respectable avec ses cérémonies des Oscars en robes longues et smokings. En réalité, l’industrie du cinéma et des medias est malade du sexe. Elle a une longue tradition de harcèlement de femmes par des producteurs tout-puissants. Aux Etats-Unis, le célèbre comédien Bill Cosby a été accusé de viol, l’animateur de télévision républicain Bill O’Reilly a été licencié après plusieurs scandales sexuels. En Grande-Bretagne, l’ancien animateur vedette Jimmy Savile a été accusé d’agressions sexuelles contre des enfants, qui ont été ignorées pendant des années par la BBC.

A chaque fois, c’est la même conspiration du silence pendant des années avant que les victimes prennent le risque de témoigner. A chaque fois, les hommes de pouvoir qui abusent des femmes paient pour étouffer les plaintes de leurs victimes. A chaque fois, ils commencent par nier et par attaquer les medias avec leurs avocats avant de reconnaître leurs fautes. C’est vrai que, aux Etats-Unis, le showbiz n’a pas de leçon de morale à recevoir quand l’ancien président Bill Clinton a failli démissionner après un scandale sexuel, quand le président Donald Trump est lui-même soupçonné de harcèlement sexuel !

19:21 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)