08/09/2015

La Suisse a du coffre


Quand il faut aider les fraudeurs fiscaux, nous les Suisses, nous avons vraiment du coffre. Les ministres des Finances pourchassent impitoyablement les fraudeurs fiscaux qui planquent leur fortune non-déclarée dans les banques suisses. Du coup, pour éviter le pire, les excellents gestionnaires suisses virent leurs clients étrangers : ou bien vous déclarez vos avoirs à votre administration fiscale ou bien on ferme votre compte et vous viendrez chercher vos sous à la caisse. Panique chez les fraudeurs ! Voilà que la Suisse accepte de collaborer avec les Américains, les Français et les Allemands pour lutter contre l’évasion fiscale. Où mettre ma fortune à l’abri de la voracité fiscale, si même mon banquier suisse refuse mes sous ?
Elémentaire, mon cher Watson, dans des coffres bien cachés. Il y a déjà deux ans que le magazine Le Point avait révélé la combine : « Suisse : les fraudeurs ferment leurs comptes et louent des coffres ». Au coeur de Genève, à deux pas du célèbre « quartier des banques », la société Safes Fidelity - ce nom enchanteur - offre ses services discrets depuis 1990 : des coffres discrets où déposer vos biens en toute sécurité -«  documents, bijoux, espèces, métaux précieux, sauvegardes informatiques… ». Ca ne vous coûtera pas cher : 200 francs suisses par an pour un petit coffre, 10 000 pour un grand, loyer payable d’avance pour 2 ans pour un résident étranger. Le site de l’institution précise même, mais seulement dans sa version anglaise : « Louez ici un coffre-fort, hors du système bancaire ». C’est ça, l’argument qui fait mouche ! Pas besoin d’avoir un compte bancaire, pas besoin de remplir le questionnaire inquisitorial des banquiers suisses sur l’origine des fonds et leur déclaration au fisc national. Les société de coffres ne sont pas soumises à la Finma, le gendarme helvétique du secteur financier ni à aucune instance de régulation. Que du bonheur !
Le quotidien Le Temps révèle qu’une dizaine d’entreprises discrètes offrent leurs coffres aux clients chassé des banques. Comme Amaree Safe Sàrl, au modeste capital de 20 000 francs suisses, inscrite au registre du commerce en mars 2013, désormais contrôlée par un Français domicilié dans la campagne genevoise. La société s’est reconvertie. Elle pratiquait le conseil en formation et la gestion en personnel. Elle opère sur le créneau des société de coffres, certainement plus juteux. L’enquête du Temps ressemble à un roman d’espionnage : « On accède ensuite à un sous-sol gardé par deux interphones, des vigiles lourdement équipés et d’innombrables caméras de surveillance. Le premier interphone, à l’entrée de l’immeuble, relie le visiteur à un gardien. Le second, devant la porte blindée du sous-sol, le met en rapport avec une centrale téléphonique. Il doit lui fournir deux codes pour parvenir aux coffres. Il pénètre ensuite dans les anciens sous-sols d’une banque, fermée depuis. Les coffres qui s’y cachent s’ouvrent avec un système d’identification biométrique. « En Suisse, on ne rigole pas avec la sécurité des clients fortunés !
Mais, comme dit le proverbe, « le diable est dans les détails ». Les banques limitent à 10 000 francs suisses les retraits en liquide sur un compte bancaire. Pour récupérer votre fortune, il vous faudra avoir recours à la société PAZ, « consultants indépendants en gouvernance, organisation et compliance », dirigée par deux anciens avocats et banquiers. Des experts de la lutte anti-blanchiment, mais aussi de la « conformité fiscale des avoirs », qui pourront vous conseiller efficacement. La « morale » de l’affaire, selon Le Temps : « D’abord, il reste beaucoup d’argent non déclaré dans les coffres helvétiques, malgré la fin du secret bancaire et les vagues de régularisation successives. Ensuite, il est difficile de transférer ces sommes vers des places moins regardantes sur le plan fiscal ».
Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient tout faux quand ils proclamaient fièrement : les paradis fiscaux, c’est fini ! Seuls les gogos gobaient ces promesses. Les banquiers suisses et les dévoués avocats des fraudeurs fiscaux répondaient à mi-voix : cause toujours !

14:08 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

01/09/2015

La tentation du journaliste

Dans tout journaliste sommeille un politicien. A force de côtoyer «ces princes qui nous gouvernent », certains de mes excellents confrères se font leur cinéma. Pourquoi est-ce que je ne me lancerais pas en politique ? Après tout, je suis plus célèbre que les politiciens, je suis plus intelligent, je parle mieux, je connais souvent mieux mes dossiers. Alors, hein, pourquoi pas moi au Parlement ? C’est vrai qu’un journaliste finit par bien connaître le monde politique. Il interviewe ses stars, il connaît leurs petits secrets, il les flatte ou les descend en flammes, il les tutoie, parfois même il les conseille. Au fil des années, le journaliste devient un acteur du théâtre politique. Il se flatte parfois d’avoir « fabriqué » un homme politique grâce à ses articles ou ses émissions de radio ou de télévision. Quoi de plus flatteur pour l’ego du journaliste que la sollicitude du politicien qui vous invite pour que vous parliez de lui dans les médias ?
Alors, forcément, le jour arrive où, lors d’un déjeuner, le politicien suggère, en confidence : pourquoi vous ne nous rejoindriez pas ? Vous avez l’expérience, vous êtes connu, vous savez convaincre, moi, je vous vois en bonne place sur notre liste de candidats. Ah, la tentation du journaliste ! Passer de l’autre côté de la barrière, être acteur plutôt qu’observateur, décider plutôt que commenter, être enfin admis parmi ceux qui ont le pouvoir. Combien de mes confrères ont goûté ce miel, malgré les ricanements de leur amis : toi, député, mais tu prends la grosse tête, non ?
Dans ma ville natale, l’ancien rédacteur en chef du principal quotidien se présente en preu chevalier de la démocratie-chrétienne. Il a déjà tous les tics et les ficelles du politicard : il a compris que pour être élu, pas la peine de faire des discours. Il faut se montrer sur Facebook avec des élus, boire des verres avec des people et lâcher quelques vacheries contre ses adversaires. Les réseaux sociaux, c’est l’arme absolue du candidat. Ca ne coûte rien, ça n’engage à rien, ça sert à faire parler de soi. Les grandes idées, les promesses électorales ? Les électeurs ne votent pas pour des programmes que personne ne lit. Ils votent pour des candidats qui ont, comme disait Brassens,  « une petite gueule bien sympathique ».
Mais il ne suffit pas d’être une vedette de la télé pour décrocher la timbale. Il y a quelques années, un célèbre journaliste de la télévision suisse alémanique s’était laissé séduire par un parti de droite. On lui avait alloué 2 millions, un secrétariat et des moyens logistiques pour conquérir un siège au gouvernement cantonal. Il avait découvert qu’en politique, il faut mettre les mains dans le cambouis : aller serrer les mains sur les marchés, parler dans des salles communales à moitié vides, participer à des réunions électorales ennuyeuses à mourir. Il faut aussi convaincre les vieux crabes du parti pas vraiment ravis de voir débarquer un jeune loup aux dents longues. Après des mois de campagne, la baffe : à peine 10% des voix.
C’est vrai que, selon la célèbre formule de l’écrivain Jules Gabriel Janin, au 19e siècle : « Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir ». Il mène aussi à la politique. Il y a des exemples célèbres : Winston Churchill, Benito Mussolini ou René Lévesque, l’ancien premier ministre du Québec. Mais, question prestige, selon le site web CareerCast.com, « le métier de journaliste se classe au 200ème rang sur... 200 dans la liste des meilleurs et des pires emplois de 2013. Le site base son classement sur l'effort exigé, l'environnement de travail, le revenu, le stress et les perspectives d’emploi ». Le journalisme n’est pas un métier où on fait fortune. Sauf pour les stars du petit écran, dont certains salaires mensuels dépassent 10000 euros, un rédacteur en chef d’un grand quotidien national gagne 3575 euros par mois et un grand reporter 2356, selon la CFDT Journalistes. C’est vrai que les journalistes peuvent déduire jusqu'à 7650 euros de leur revenu pour frais professionnels.
N’empêche que, comparés avec les politiciens, y'a pas photo ! Les élus de la Nation ont des revenus plutôt confortables : pour un député, 7000 euros bruts par mois, en combinant indemnité de base, indemnité de résidence, indemnité de fonction et indemnité représentative de frais de mandat. Après avoir déduit diverses cotisations, il reste 5148 euros nets. Sans compter une carte de gratuité SNCF en 1ère, les taxis gratuits, 92 vols intérieurs par an, un abonnement Internet, 5 lignes gratuites et un forfait mensuel de 9504 euros pour rémunérer ses collaborateurs (à l’occasion sa femme, ses enfants ou parents). Comme l’affirme mon voisin, s’ils se battent tous pour être élus, faut croire que la paie est bonne ! Bien sûr, il y a le risque d’être battu aux élections. Mais un politicien peut toujours compter sur son parti pour se recaser. Pour le journaliste, c’est précaire : les médias fusionnent, se restructurent, licencient.
Alors, pour beaucoup de mes confrères, la politique, c’est moins une vocation tardive qu’une assurance retraite. Et tant pis si les confrères envieux vous traitent de défroqués du journalisme. Je vous rassure : je n’ai jamais eu besoin de céder aux sirènes de la politique !

12:00 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)