21/07/2015

Mon patrimoine public : c’est du voyeurisme !

Quand on parle pognon, les politiciens ont de ces pudeurs de vierges ! En France, depuis le 10 juillet, tout le monde peut consulter le patrimoine des parlementaires. C’est la loi sur la transparence de la vie publique, votée après l’affaire Cahuzac. Vous vous souvenez, le ministre du Budget qui avait menti en affirmant qu’il n’avait pas de compte en Suisse, alors qu’il y planquait 600000 euros. Tout le monde peut savoir ce que possède son député et son sénateur. Mais interdiction de le rendre public, au risque d’être condamné à 45000 euros d’amende. Comme le dit le dessinateur du Monde : « On nage en pleine transparence  ! »
Une journaliste du quotidien du soir est partie bravement à la chasse aux informations. Le parcours du combattant au pays du Père Ubu. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a soigneusement balisé le parcours pour tout savoir sur les 735 parlementaires. Apparemment, c’est facile : « Je vérifie sur Internet si la déclaration de mon député est accessible ; je prends rendez-vous à la préfecture ; je présente ma carte d’identité et ma carte d’électeur ;   je consulte la déclaration ». Le garde de la moralité publique me met en garde : « Je ne peux pas reproduire, photographier ou copier ce que je consulte ». Comme toujours, le diable est dans les détails.
Le Monde a voulu consulter  le dossier du député Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret, mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale, corruption et blanchiment de corruption ». Pas vraiment un parangon de vertu républicaine, le cher ami de Nicolas Sarkozy ! Quelle panique dans l’administration : on ne sait pas quel service s’occupe de ça, on vérifie vos papiers, on vous prie de déposer votre téléphone portable et votre sac dans une boîte, on vous retire votre montre. A Nanterre, le fonctionnaire précise : « Vous disposez d’une heure. Pas de note, pas de photo et pas d’enregistrement audio, ce qui veut dire que votre consultation sera astreinte au silence». Dans ces conditions, essayez donc de mémoriser tous les détails d’un dossier complexe.
Ca n’empêche pas la HATVP de proclamer fièrement que la France est en tête de peloton pour la publication des déclarations de patrimoine des politiciens. Aussi bien que les vertueux pays nordiques, les Britanniques, les Espagnols et les Portugais. C’est même l’organisation Transparence International, championne de la lutte contre la corruption, qui l’affirme. En réalité, la France n’est que 26e sur 175 dans le classement de la« perception de la corruption ». Peut mieux faire !
En Norvège, les contribuables peuvent consulter sur Internet les notes de frais et les revenus des élus. Toutes les déclarations fiscales sont sur Internet, sauf celles de la famille royale. En Allemagne, les membres du Bundestag doivent obligatoirement publier la déclaration de leurs intérêts financiers s’ils dépassent 10 000 euros. En Espagne, les déclarations du patrimoine des députés sont publiés sur le site du Congrès des députés, avec les avoirs bancaires et le type de voitures.  Comment dites-vous ? oui, c’est vrai, en France, les ministres doivent aussi déclarer leur patrimoine complet, qui est mis en ligne sur Internet. On a eu droit aux quatre vélos « de marques françaises » de la Garde des Sceaux, au« bateau de pêche promenade » (3 500 euros) de la ministre de la fonction publique et aux 93 028 euros de fortune du premier ministre, dans un gouvernement qui compte quand même sept millionnaires. Silence dans les rangs, on cesse de ricaner !
Cornegidouille ! Courageux, mon député, mais pas téméraire ! Claude Bartolone, président socialiste de l’Assemblé nationale, a tenu à mettre les choses au point : « Déclarer, contrôler, sanctionner, c'est de la transparence, rendre public, c'est du voyeurisme ! « C’est un peu le sentiment des Français. Demandez donc à votre boulanger, à votre boucher ou à votre médecin combien il gagne, vous n’allez pas vous faire des amis. Ce sont les mêmes qui vous jurent que les élus ne font de la politique que parce ça permet de s’en mettre plein les poches.
Sur le site pas vraiment de gauche Atlantico, un internaute précise : « Les ministres se divisent en deux catégories: Les riches dont on se dit "c'est une honte, il a trop d'sous, qu'est-ce qui comprend aux pov'gens, il est pas com'nous, y s'moque de nous, ... etc." Et les pauvres dont on se dit: "Mais quel con! S'il gère les finances de la France comme les siennes (bonjour M. Moscovici...) on est foutu., qu'est-ce qu'il a fait de son argent, c'est un jean foutre, il ment, ... etc. »
C’est pas moi, citoyen suisse, qui vais donner une leçon de civisme. Quand on lui demande quel est son patrimoine, le ministre suisse de la Défense répond en rigolant : « neuf vélos et des super skis de fond ». Il oublie sûrement que son traitement annuel est de 475 000 francs suisses. Le président du parti démocrate-chrétien éclate de rire : « ma fortune ? ma femme et mes trois enfants ». Pas mal, pour le pays le plus riche du monde où la fortune nette par adulte dépasse un demi-million d’euros.

20:28 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

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