16/07/2015

Touche pas à mon Solar Impulse !

Quelle mouche a donc piqué mes compatriotes pour qu’ils s’étranglent de fureur lorsqu’on ose se poser des questions sur le planeur suisse Solar Impulse ? Vous savez, le grand planeur écolo qui fait le tour du monde grâce à l’énergie solaire. Pour l’instant, le bel oiseau est cloué au sol à Hawaï, batteries cramées. Il ne repartira pas avant l’an prochain, si tout va bien. Le problème : les batteries solaires ont surchauffé. Dans un bel exercice de langue de bois, la société explique  : « Les dégâts aux batteries ne sont pas un échec technique ou une faiblesse technologique, mais plutôt une mauvaise évaluation du profil de la mission et du système de refroidissement des batteries. ». Surtout ne pas effrayer les sponsors qui ont déjà englouti 100 millions dans l’aventure et qui vont devoir passer à la caisse !
J’ai eu l’audace d’écrire sur ma page Facebook que cette panne posait le problème de la fiabilité de Solar Impulse. Malheureux ! Iconoclaste ! Les thuriféraires du planeur suisse se sont levés comme un seul homme pour me clouer au pilori. Touche pas à mon Solar Impulse ! J’ai eu droit à tous les noms d’oiseaux : « encore un de ses journaliste pisse froid et qui voit seulement le négatif , un vrais looser, ce mec «  ; « qu'est-ce que ce Marc Schindler a produit d'intéressant dans sa vie, qui ait eu un impact autre que celui d'un ventilateur à frustration? ». Un excellent confrère suisse, qui a mis son talent et sa dévotion au service de cette noble cause, s’offusque quand je suggère qu’il bénéficie de faveurs du président de Solar Impulse, Bertrand Piccard, dont il partage l’hélicoptère et les repas, pour nourrir sa page Facebook. Il m’exécute sans pitié : « dès lors qu'il s'agit de reconnaître les qualités et les mérites d'esprits pionniers, novateurs et originaux, on s'écharpe sur des questions d'argent et on plaisante un peu bêtement, sans rien connaître. Tout cela est détestable et tellement révélateur de l'esprit helvétique ». Un autre collègue retraité s’étonne de « ma pensée riquiqui » et m’encourage : « Allez Marc, un petit mea culpa serait bienvenu ! » Au royaume des croyants, les mécréants sont jetés au cachot !
Solar Impulse est une audacieuse expérience scientifique lancée par un aventurier suisse, Bertrand Piccard, descendant d’une fameuse dynastie de savants. Son rêve : « En écrivant à l'énergie solaire les prochaines pages de l'histoire de l'aviation, jusqu'à un tour de la planète sans carburant ni pollution, l'ambition de Solar Impulse est d'apporter une contribution du monde de l'exploration et de l'innovation à la cause des énergies renouvelables. Démontrer l'importance des nouvelles technologies dans le développement durable, et bien sûr à nouveau placer le rêve et l'émotion au cœur de l'aventure scientifique. « Cet homme est un Messie de l’écologie…et un homme d’affaires avisé. Pour réaliser son expérience de vol solaire, il a réussi à convaincre de grandes multinationales suisses et étrangères (Solvay, Schindler, Omega, ABB) de sortir leur carnet de chèque. Sans compter une myriade de sociétés internationales qui ont toutes mises au pot. Au total, une addition de 100 millions.
Bertrand Piccard, l’ancien psy devenu PDG et pilote, est aussi un champion de la com’. Il se définit, en toute modestie, comme « explorateur et pionnier plus qu’humaniste et aventurier…il n’accepte aucun dogme autre que la curiosité tout azimut ». Il a embarqué dans l’aventure des people, comme l’aventurier Richard Branson, le prince Albert de Monaco, le photographe Yann Arthus-Bertrand, l’écolo Nicolas Hulot, le cinéaste James Cameron, l’écrivain Elie Wiesel ou Al Gore, l’ancien vice-président américain. Il peut compter sur l’engagement enthousiaste de son épouse Michèle, qui gère sa communication sur le site Internet solarimpulse.com qui diffuse en continu messages, interviews, vidéos et photos. De quoi entretenir la flamme des journalistes dévoués à sa cause.
Bertrand Piccard se veut aussi ambassadeur de la Suisse : « La célèbre petite croix blanche sur carré rouge s'élèvera à nouveau fièrement dans les airs, cette fois au-dessus des États-Unis : une occasion de montrer que ce pays enclavé dynamique qu'est la Suisse a autre chose à offrir que du chocolat, du fromage et des banques… » Bref, un héros national auto-proclamé qui doit susciter chez tout Helvète un enthousiasme obligatoire comme les fans de Federer.
Bien sûr, les dévots de Solar Impulse ignorent les critiques des experts qui affirment méchamment : "733 kg de charge utile avec un engin fragile et coûteux de la taille d’un Boeing 747 volant deux fois moins vite qu’un dirigeable. «  Ou les ingrats qui osent : "L'avion Solar Impulse 2 n'est qu'un outil de communication écologique » qui doit rejoindre le sommet du climat à Paris, le grand barnum écolo du président François Hollande. Et si le rêve d’Icare-Piccard était un échec ? Blasphème, ignominie ! Comme le chantait Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, Il doit être exécuté. »

16:10 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je vous suis sur la question de fiabilité. Malgré tous les essais et les études, des erreurs de conceptions ou des bugs peuvent toujours se produire, surtout sur un objet nouveau. Cela ne me dérange pas plus : on apprend entre autres par les erreurs. Il n'est pas si rare qu'un projet que l'on aurait souhaité se réaliser parfaitement comme prévu doive être revu suite à des défaillances.

Pour le reste, la comm est normale et sert le projet et son financement. L'argent vient de quelque part. Et oui, BP est un plutôt bon communicateur. L'inverse serait plus gênant.

Cela n'enlève rien pour moi à l'expérience en cours.

Après, le motif écolo me fascine moins, car aucun gros porteur ne pourrait voler à l'énergie solaire. Il apportera une audace et quelques avancées technologiques. Mais à Paris il serait étrange que ce soit un must. Admirer un avion qui ressemble aux tous premiers, à l'époque où l'on va sur la lune et où l'on fait le tour du monde en quelques heures, donne de l'écologie une image plutôt peu moderne et singulière.

Paris sera évidemment l'occasion d'une montée de la sauce, mais plus temporaire qu'on ne l'imagine peut-être. Les énergies renouvelables (ou plutôt : intermittentes) n'ont pas encore la possibilité de remplacer le carbone, même cumulées. Cette écologie est vouée à de grandes déclarations et à attiser la peur pour opérer des transferts d'argent vers elle, mais ne va pas révolutionner pour le moment notre système de production.

Écrit par : hommelibre | 16/07/2015

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