16/06/2015

Air France en danger de mort ?

Air France illustre sans le vouloir la martiale formule de Jacques Chirac : « Les emmerdes, ça vole en escadrille ». Les emmerdes, le PDG  de la compagnie en a plus que son lot : un demi-milliard d’euros de pertes au premier semestre ; une grève des pilotes, l’automne dernier, qui lui a coûté 330 millions; un syndicat de pilotes, le SNPL, qui traîne les pieds pour respecter ses engagements de gains de productivité, ce qui a conduit Air France à attaquer en justice ses pilotes !
Le groupe Air France-KLM prend en pleine figure le tsunami de la concurrence des compagnies à bas prix et des dragons du Golfe qui lui piquent des passagers et du fret. Il clame fièrement son objectif : « Avec Perform 2020, le Groupe Air France affiche une ambition claire, faire d'Air France au sein d'Air France-KLM, un acteur européen majeur dans la concurrence mondiale ». Air France se rengorge :  elle a reçu le prix de « la meilleure restauration au monde offerte dans un salon de première classe. Le restaurant propose ainsi une offre de mets signés Alain Ducasse, ainsi que les plus grands crus de la cave Air France. Un bar est également à disposition des clients, proposant une carte de savoureux cocktails. Un pur moment de détente dans un véritable havre de paix. »
Ca, c’est pour la galerie ! La réalité, c’est que les passagers désertent Air France, à cause des grèves à répétition, que le « hub » (la plateforme aéroportuaire) de Roissy qui permet de rabattre les passagers vers Air France est mal relié à Paris par une autoroute embouteillée et un métro saturé. Pour survivre, Air France lance plan sur plan d’économies, casse les prix, licencie, ferme des destinations et supprime des vols. Pas très bon pour l’image !
Et voilà que les médias français enfoncent le clou : « Désastre collectif à la tête d’Air France » (Le Monde), « Air France en danger de mort » (Le Point), « La direction d’Air France déclare la guerre à ses pilotes » (Le Figaro). Pour la promotion, on a connu plus encourageant ! Tout le monde pointe du doigt le SNPL, le syndicat majoritaire des pilotes, accusé de corporatisme dans la défense de ses intérêts. Les pilotes s’étranglent quand le président de la République décore de la Légion d’honneur le PDG de Qatar Airways, dont la compagnie aurait reçu 17,5 milliards d’euros de subventions en dix ans et qui pourrait accéder aux aéroports français.
Ces princes du ciel oublient de préciser que le salaire d’un commandant d’A320 peut atteindre € 15000 euros brut par mois chez Air France, contre seulement € 7800 chez Qatar Airways. Ils ne volent que 630 heures de vol par an contre 840 heures chez Qatar Airways. Ils ont droit à des billets à prix préférentiel , ainsi que des assurances et une retraite très confortables. Le syndicat des pilotes a obtenu que Air France recule sur son projet de compagnie nationale à bas coût dont les pilotes serait moins payés.
Ce que les pilotes ne veulent pas voir, c’est que l’avenir d’Air France, et donc le leur, est sombre. La compagnie perd de l’argent et des passagers. Elle ne doit pas compter sur l’Etat endetté, qui détient 16% du capital et qui la soutient comme la corde soutient le pendu. En septembre, le premier ministre avait mis le marché en main du PDG d’Air France, selon Le Monde : abandon du projet de compagnie à bas coût contre l’arrêt de la grève. Si les pilotes d’Air France lisaient les statistiques d’IATA, qui regroupe 260 compagnies et 83% du trafic aérien mondial, ils sauraient que les marges bénéficiaires sont « minces et fragiles » : un passager rapporte un bénéfice de $ 8.27. Une misère, quand Apple gagne $ 177 sur chaque iPhone vendu. Aux Etats-Unis, l’avion rapporte 5.2%, en Europe, seulement 2.5%.
Aucune compagnie aérienne n’est éternelle. Dans mon pays, la Suisse, on est encore traumatisé par le 2 octobre 2001, quand la flotte de Swissair a été clouée au sol parce que la compagnie n’avait plus d’argent pour payer le kérosène. Ses dirigeants avait la folie des grandeurs, ils achetaient à tour de bras leurs concurrents, sans comprendre que les temps avaient changé depuis la guerre du Golfe et que les compagnies low cost allaient faire la peau des belles du ciel aux tarifs exorbitants. Swissair a été avalée par le géant allemand Lufthansa et gagne de l’argent.
Air France vaut 1.89 milliard d’euros à la Bourse, mais, mardi, l’action a perdu 3.37%. Comme le souligne méchamment un commentateur : « AF, c’est la baisse du jour tous les jours ».
Face à Air France en pleine tempête, Qatar a été nommée « meilleure compagnie du monde ». Son PDG dénonce l’inefficacité des compagnies européennes paralysées par leurs syndicats. Pour répondre aux accusations de subventionnement, il  se permet même d’accuser les géants américains de protectionnisme. Qui sait si demain, l’émir du petit Etat pétrolier ne va pas vouloir se payer un concurrent européen, par exemple Air France ? Ce jour-là, les pilotes d’Air France n’auront plus que leurs yeux pour pleurer leurs beaux salaires et leurs horaires de travail confortables !

21:59 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

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