27/03/2015

La poule aux œufs d’or a du plomb dans l’aile

La Suisse est vraiment un pays épatant. Ses banques sont accusées d’encourager la fraude fiscale, le blanchiment d’argent et les magouilles financières. Mais les Suisses sont viscéralement attachés au secret bancaire, qui n’existe plus offficiellement. . L’Union Démocratique du Centre (UDC), le premier parti de Suisse, voudrait même l’inscrire dans la Constitution fédérale.
Les ports francs, si vous ne le savez pas, ce sont des entrepôts géants qui abritent des milliers de chefs-d’œuvre en franchise de droits de douane et de taxes. C’est ce qui explique que Genève est devenu une capitale mondiale des ventes aux enchères de l’art. Selon un marchand d'art installé à Genève, Philippe Davet, cité par Les Echos : «Un client qui achète un tableau à New York, mais qui partage sa vie entre sa résidence américaine, son appartement parisien et sa maison genevoise, peut ne pas décider tout de suite où il va l'exposer afin d'éviter des mouvements qui généreraient des taxes supplémentaires. Au port franc, il ne paie qu'à la sortie de l'oeuvre, c'est appréciable ».
Vous ne voyez toujours pas l'intérêt des ports francs  ? « Ils sont une bénédiction pour ceux qui spéculent sur l'art : les oeuvres en transit aux ports francs sont suspendues de TVA et de droits de douane et elles peuvent être prêtées pour des expositions sans s'acquitter d'aucune taxe. Même si elles changent de propriétaires plusieurs fois lors de ventes contractées dans l'entrepôt, seul l'acquéreur final paiera son dû dans le pays de destination ». Ca y est vous avez compris : les ports francs sont de vrais paradis fiscaux, tout à fait légaux en Suisse.  Le port franc de Genève réalise un chiffre d’affaires de 23 millions de francs suisses et, selon certaines estimations invérifiables, plus de 100 milliards de francs suisses d’œuvres d’art seraient entreposés dans ses 140 000 m² d’entrepôts, à l’abri du fisc et de la douane.  Les marchands d’art et les collectionneurs du monde entier raffolent de ces facilités.
Un peu trop même aux yeux du contrôle général des finances helvétique, qui « s’inquiète de l’efficacité des contrôles de l’administration fédérale sur ces emplacements qui risquent d’être utilisés de manière abusive, par exemple dans un but d’optimisation fiscale ».  Ah, qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! Mais c’est justement à ça que servent les ports francs : à échapper légalement au fisc.  Bien sûr, selon la loi sur le transfert des biens culturels, « depuis 2009, tout entreposeur ou propriétaire de « biens sensibles » – biens culturels, métaux précieux, diamants, armes, etc. – doit tenir un inventaire précis de ses stocks, document que les douaniers peuvent à tout moment exiger et contrôler. » En pratique, il y a peu de contrôle, par manque de spécialistes, et il est très facile  de cacher des œuvres d’art dans les ports francs. Cerise sur le gâteau, selon le chef douanier Jérôme Coquoz, cité par Mediapart : « pour l’instant, le mandat des douanes n’est pas de déterminer si un tableau déposé sous douane en Suisse a été acheté avec de l’argent déclaré ou non au fisc ». Conclusion : « Le port franc de Genève reste potentiellement une grande machine à laver ».
Après le rapport accablant du contrôle général des finances, que croyez-vous qu'il arriva ? Rien du tout ! Les ports francs de Genève appartiennent pour 86 % au canton. Ils rapporteraient chaque année 300 millions de francs suisses. Ils viennent de célébrer leur 125e anniversaire et le ministre cantonal de l’économie s’est félicité du « rôle clé » pour les finances du canton des ports francs, dont la « réputation est excellente », et qui constitue une « success story ».
Cette belle légende est ternie, depuis plusieurs semaines, par un nouveau scandale financier qui secoue les salons discrets de la finance helvétique : le dirigeant des Ports francs de Genève est en litige avec un milliardaire russe. Yves Bouvier, patron de l’entreprise familiale de transport  Natural LeCoultre, a créé à Singapour 14 sociétés financières et des ports francs géants pour les amateurs d’art asiatiques. Il joue sur tous les tableaux et il est intermédiaire pour la vente d’œuvres d’art à ses gros clients. Le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev l’accuse d’avoir surfacturé des tableaux pour plusieurs centaines de millions de francs. Bouvier a été arrêté le 28 février dernier à Monaco. Il est soupçonné d’escroquerie et de complicité de blanchiment. La justice de Singapour a bloqué ses avoirs et ceux de sa société financière, jusqu’à concurrence de 500 millions de dollars.  En attendant un procès qui n’aura probablement jamais lieu, les avocats des deux parties se frottent les mains devant les juteux honoraires facturés à leurs clients russe et genevois.  Qui vous parle d’art ? il s’agit de big business, d’évasion fiscale, une « success story »helvétique. Comme l’écrit Isabelle Falconnier dans le magazine suisse L’Hebdo : « Comment en est-on arrivé à un système où des toiles peintes par des crève-la-faim, il y a un siècle, valent autant que le PIB de certains pays? Qui sont ces gens qui confisquent l’art pour le planquer dans des coffres-forts géants à Genève ou Singapour d’où ils ne voient plus jamais la lumière du jour, d’où plus un regard humain ne s’abreuve à leur source? »

12:26 Écrit par schindma dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2015

« Mon royaume pour une tombe »

Les Anglais ne font jamais les choses comme tout le monde. 530 ans après sa mort, ils enterrent en grandes pompes leur roi le plus haï, Richard III. Un tyran sanguinaire, assassin de ses neveux, jaloux de son frère, usurpateur du trône. « Richard est un affreux bossu qui se décrit lui-même comme « mal façonné » et « déformé, inachevé », incapable de faire le beau devant une nymphe impudique aux pieds légers. » Richard III ? Mais oui, c’est le roi qui hurlait : « A horse! A horse! My kingdom for a horse! ». « Un cheval, un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » au cinquième acte de la tragédie de Shakespeare, avant de mourir massacré par ses ennemis à la bataille de Bosworth, en 1485. Bref, un souverain affreux auprès duquel le cruel Louis XI passerait presque pour un roi débonnaire.
Sa mort a été comme sa vie : une tragédie. Le grand philosophe et homme politique Thomas More l’a décrite comme un «spectacle misérable », son corps « écartelé comme un veau, la tête et les bras pendant d’un côté de son cheval et les jambes de l’autre ». Ce jour d’août 1485, Richard a perdu la vie, sa couronne et la dynastie des Plantagenets. La dépouille sanglante du roi Richard a été enterrée à la hâte, nue, sans cercueil, dans une église qui a été détruite en 1585. Au XVIIe siècle, personne n’a pu retrouver la tombe royale. Ce n’est qu’en 2012 que son squelette a été retrouvé sous un parking, à Leicester. Grâce à son ADN, comparé à celle d’un de ses lointains descendants, et à la datation au carbone 14, les experts sont formels : le crâne et les ossements sont bien ceux du roi maudit.
Dimanche 22 mars, le roi Richard III, le dernier des Plantagenêts, a été enterré avec tous les honneurs, à Leicester, après une parade royale devant des centaines de milliers d’habitants, dont certains lançaient des roses blanches en direction du cercueil.  Le maire a présidé « la réception des restes du roi Richard III par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre et de France et seigneur de l’Irlande ».  Le duc de Gloucester, qui porte le titre  détenu autrefois par le roi Richard, représentait la famille royale, « comme si la tragédie de Bosworth et le changement de régime ne s’était jamais produits, lorsque la couronne tombée de la tête sanglante de Richard a été placée sur celle de Henry Tudor ».  Parmi les invités de marque, Michael Ibsen, un Canadien vivant à Londres, le 16e grand-neveu du roi Richard, dont l’ADN a permis d’identifier le squelette royal.
Mais tout le monde n'a pas succombé à la Richardmania. Des descendants lointains du roi auraient voulu qu'il soit enterré à York, dont la cathédrale a été restaurée à grands frais. D’autres, comme Paul Lay, éditeur du magazine History Today, a décrit Richard comme « l’un des pires monarques britanniques, un usurpateur qui a ordonné le meurtre d’enfants » et a posé la question qui fâche : « que célèbre-t-on ? » Dans The Telegraph, un lecteur commente sans illusions :  « À cette époque, tous les rois étaient des traîtres et des meurtriers. En quelque sorte, c’était une partie du métier. Le pouvoir changeait de mains ou était détenu par des règles semblables à celles de la mafia. Le plus impitoyable et le plus violent gagne. Toute tyrannie est ainsi ».
Cette quasi-canonisation pour un roi détesté révèle notre fascination morbide pour la mort des rois et le culte des saints au Moyen Âge, quand on touchait les ossements sacrés pour être guéri. Selon The Guardian : « Le tintamarre à propos de l’enterrement du roi suggère une nostalgie malsaine pour notre passé royal et ne rend pas service à une jeune société multi-ethnique ».  Après tout, Leicester a d’autres grands hommes à célébrer, comme Tomas Cook, l’inventeur du tourisme moderne, où George Fox, le fondateur des Quakers.  Et The Guardian d’enfoncer le clou :  les funérailles extravagantes du roi Richard « peuvent attirer les touristes et  aider à vendre des dramatiques télévisées en costume, mais elles perpétuent l’image  d’une nation obsédée par son passé royal, par le royaume de fantaisie de Ruritania, fondamentalement hors contexte. Il est difficile de voir pourquoi les étrangers viendraient dans ce pays pour rechercher l’innovation technologique et le dynamisme industriel ».
530 ans après sa vie scandaleuse et sa mort ignominieuse, que le roi Richard repose en paix à Leicester et qu'il oublie son rêve funeste à la veille de sa dernière bataille, selon Shakespeare  : «De par l'apôtre Paul, cette nuit des fantômes/ Ont mis plus de terreur dans l'âme de Richard/ Que dix mille soldats réels ne pourraient le faire »




19:35 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

22/03/2015

Elections, piège à c…

Si on vous demandais de voter pour un binôme - en français, un candidat et une candidate par canton - aux élections départementales, sans vous dire exactement quels sont les pouvoirs de  ces conseillers généraux, qu’est-ce que vous feriez ? Vous voteriez avec les pieds pour le premier parti de France : les abstentionnistes. C’est exactement ce que plus d’un Français sur deux a fait, dimanche dernier. Pourquoi deux candidats de sexe différent ? Mais pour la parité, stupide ! Aujourd’hui, dans les assemblées régionales, 80% des conseillers sont des hommes. Surtout des retraités et des fonctionnaires. Alors, le gouvernement a redécoupé les cantons et imposé la parité. Et tant pis si le résultat, c’est qu’il y aura plus de conseillers élus qu’avant, alors que le nombre de cantons a diminué. Le fameux millefeuilles administratif est vraiment le dessert préféré des Français !
Les élections  départementales passionnent les partis, qui y voient une simulation grandeur nature de ce qui pourrait se passer en 2017 lors de la présidentielle. Le premier ministre et le patron de la CGT ont flingué à tout va Marine Le Pen, qui compte bien ramasser la mise de ce poker menteur. Comme prévu, les socialistes ont pris une déculottée, les droites (UMP, centristes et leurs satellites) ont repris du poil de la bête et le  Front national a pavoisé en se proclamant « premier parti de France ». En réalité, c’est dimanche prochain - premier jour du printemps - que les choses sérieuses vont commencer : il faudra départager les candidats au second tour et décider si on s’allie ou non avec le FN pour barrer la route au PS ou à l’UMP. Et là, ça va cogner dur ! On se régale déjà d’entendre les leaders politiques s’affronter sur les plateaux de télévision, en affirmant tous qu’ils ont gagné.
Ces gesticulations politiciennes, les Français s’en foutent. Ils sont écrasés par la crise, le chômage et les hausses d’impôts. Ils en ont marre des promesses électorales jamais tenues. D’ailleurs, la plupart des candidats n’ont pas osé afficher leur couleur politique. Ils ont enfilé leur tenue de camouflage. Au lieu de PS, UMP, ils ont préféré présenter des listes au nom rassurant, comme à Alès dans le Gard : « Alès Ré-unie » pour le Front de gauche ; « Le bon sens gardois » pour l’UMP. Mais les électeurs ne sont pas dupes, ils savent depuis longtemps la couleur politique des candidats pour qui ils voteront..ou pas. Ne leur demandez pas s’ils ont lu les programmes électoraux ou même parcouru les tracts déposés dans leur boîte à lettres. Ils se souviennent sûrement des rodomontades de Georges Frêche, le truculent président du Languedoc-Roussillon, un fin renard politique au langage de charretier : « Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 % ; moi je fais campagne auprès des cons…Dans ma carrière, j'ai fait trois campagnes intelligentes où je parlais aux gens d'emploi, d'économie, d'investissements, et je les ai perdues. Et j'ai fait vingt-sept campagnes rigolotes, à raconter des blagues de c..., et je les ai toutes gagnées. »
Ces électeurs ingrats n’ont aucune pitié pour les conseillers sortants battus aux élections. Actuellement, un élu battu touche une indemnité de fin de mandat pendant six mois. «Un maire battu aux élections n'a pas le droit à Pôle emploi. Il s'agit que les élus n'aient pas moins de moyens que le reste de la population parce que ça peut freiner les ambitions de ceux qui voudraient s'engager», explique le député PS Philippe Doucet, rapporteur du texte qui prévoit que l’indemnité sera versée pendant un an et que les battus pourront « transformer leur expérience en diplômes via le système de validation des acquis, une mesure qui vise à faciliter le reclassement en entreprise ». La loi sur le statut des élus n'a pas pour seul objectif d'atténuer le choc des défaites électorales, mais surtout de diversifier le profil des élus, en facilitant l'engagement des salariés du secteur privé et des femmes notamment. Pas de chance, la loi a été votée à l’unanimité, mais elle n’entrera en vigueur qu’au 1er janvier 2016. Des milliers de braves conseillers qui se sont dévoués pendant des années pour leur canton vont se trouver au chômage technique, sans pouvoir s’inscrire à Pôle emploi. Plus dure sera la chute : du jour au lendemain, vous n’êtes plus celui à qui on vient demander d’engager son cousin à la mairie ou une subvention pour son club de pétanque. Vous n’existez plus socialement, vous êtes Pierre X, celui dont on se moque à l’apéro : tu sais le candidat qui a pris une veste aux élections ! Selon la célèbre maxime : « En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. ».



18:24 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

08/03/2015

Pas de fumée sans feu

8 mars, journée mondiale de la femme. Pour célébrer l’événement, François Hollande a reçu à l’Elysée cent Françaises méritantes. 100 femmes pour le président célibataire ! Plus belle la vie. Un beau thème pour Plantu, le dessinateur impertinent du Monde. Silence dans les rangs, on cesse de ricaner ! Pourtant, le président a oublié d’inviter une Française méritante : Mme Josiane Boussicot. Vous n’avez jamais entendu son nom. Vous devriez pourtant. C’est elle qui est à l’origine de l’obligation d’installer chez tous les Français un détecteur de fumée dès le 8 mars. Sa fille est morte dans l’incendie de sa maison, en 2002. Mme Boussicot mène un combat pour imposer dans tous les foyers de France un détecteur de fumée.  La France est l’un des derniers pays de l’Union européenne où ça n’est pas obligatoire. 20% des foyers français seulement ont installé un détecteur, à fin 2014.
Ça n’a pas été sans mal : une loi a été votée, en septembre 2005, mais elle n’a été promulguée  qu’en mars 2010. Pourquoi ? Parce que les assurances incendie ne voyaient pas leur intérêt. De toute façon, tous les propriétaires ont l'obligation de s'assurer contre les incendies. Finalement, les détecteurs de fumée, qu’on appelle aussi DAAF, pour détecteur avertisseur autonome de fumée, ne deviennent obligatoires dans les logements que le 8 mars 2015. Dix ans pour appliquer une loi qui permet de sauver des vies,  on a vu plus efficace !
Attendez, ne criez pas victoire trop vite. Les détecteurs de fumée sont obligatoires, une attestation d'installation sur l'honneur doit être envoyée à la compagnie d'assurance. Mais la réglementation ne prévoit aucune sanction en cas de non installation et si un incendie se produit, l'assureur "ne peut se prévaloir du défaut d'installation du détecteur pour s'exonérer de son obligation d'indemniser les dommages", selon les textes officiels. Plus sérieux et responsable, tu meurs !
Les fabricants et les distributeurs de détecteurs ont flairé la bonne affaire.  Depuis plusieurs mois, les médias  répètent le même message : le 8 mars, vous devez avoir votre détecteur de fumée. Du coup, les  grandes surfaces et les magasins de bricolage multiplient les campagnes publicitaires, à coup de statistiques effrayantes et invérifiables : « les incendies domestiques font quelque 800 morts et plus de 10.000 blessés chaque année en France ».
Des détecteurs de fumée comme s’il en pleuvait : Bosch, Livebox, Chacon, Tibelec,  Flamingo.  On dirait le lancement d’un nouveau produit Apple.  Sauf que les consommateurs ne se ruent pas sur les détecteurs de fumée, parce qu’ils sont perdus devant la multiplication des modèles. On en trouve à tous les prix, de 6 à 109 euros, mais tous ne se valent pas. L'association de consommateurs UFC-Que Choisir a fait des tests. Les résultats  sont édifiants : les plus chers ne sont pas forcément les meilleurs. Et quatre modèles testés sont à éviter parce qu’ils sont dangereux.
Pourquoi ? Parce que la réglementation a des failles. Selon UFC-Que Choisir, « la conformité relève en partie de la loterie ».  Il y a bien une norme européenne conforme à la norme française, qui est vérifiée en usine par un laboratoire indépendant. Le problème, c'est que les tests sont faits au lancement de la production, et qu’ensuite, il n’y a plus de contrôle. « C’est là que le bât blesse : qu’ils sortent conformes ou non, tous ses détecteurs arrivent en règle sur le marché. Et quand les autorités révèlent un problème, elles font un rappel du détecteur lot par lot, sans jamais s’attaquer au numéro de certificat détenu par le site de production. Résultat, des usines chinoises continuent à fabriquer à la fois du conforme et du non-conforme«  C'est du propre ! on achète un appareil qui peut sauver des vies et il ne sert à rien, il est même peut-être dangereux.
Vous n’avez encore rien vu : des commerçants peu scrupuleux proposent par démarchage des appareils hors de prix. Et même un service d’entretien à plus de 100 €,  pour des détecteurs qui n’en ont pas besoin.  L'arnaque aux détecteurs de fumée, c’est la dernière combine pour attraper les gogos. Alors, les consommateurs attendent d’y voir plus clair, et, de toute façon, dans la plupart des magasins, il y a rupture de stock pour les détecteurs de fumée. Alors, l’obligation est reportée au 1er janvier 2016.
Les consommateurs n'aiment pas qu’on les prenne pour des charlots. Il se souviennent très bien qu'il y a quelques années, le gouvernement avait rendu obligatoires les éthylotests dans les voitures.  Pas question de prendre le volant sans avoir contrôlé son taux d’alcoolémie. Il fallait avoir deux tubes et deux sachets plastique dans sa voiture, mais il n’y avait pas de sanctions. Un an plus tard, l’obligation était levée, les commerçants se retrouvaient avec des stocks d’invendus et le fabricant licenciait son personnel. Ainsi va la France. On y légifère sur tout, mais les décrets d’application sont publiés des années plus tard. En attendant un nouveau décret qui annulera le précédent. Faire et défaire, c’est toujours gouverner !




19:16 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2015

Areva à vau-l’eau

Dans la vraie vie, quand une entreprise fait en une année une perte égale à la moitié de son chiffre d’affaires, on vire les dirigeants, on vend les actifs et on licencie. Mais Areva, dont la fière devise est : « Areva, l’avenir pour l’énergie », n’est pas dans la vraie vie. Areva est un symbole de l’excellence française, comme la tour Eiffel, le Mont Saint Michel ou le champagne. Pas touche ! Alors, quand le groupe nucléaire a annoncé 4.8 milliards d’euros de pertes pour 2014, ce désastre industriel et financier a fait l’effet d’une bombe atomique. Jeu de mot facile !
Panique au gouvernement, affolement à la Bourse, consternation des éditorialistes, colère des syndicats. Mais comment en est-on arrivé là ? Pendant des décennies, on a seriné aux Français qu'ils avaient l'électricité la moins chère d’Europe, grâce à la filière nucléaire. Merci Areva ! Le choix du tout nucléaire, la construction de 58 réacteurs qui produisent 75 % de l'électricité ont fait de la France le champion de l’atome. Et d'Areva le flambeau de l’indépendance énergétique.
Anne Lauvergeon, sa patronne emblématique pendant des années, cultivait une indépendance ombrageuse et elle s’était lancée  dans des aventures coûteuses, comme le contrat Uramin  de recherche d’uranium au Niger,  les énergies renouvelables, notamment dans l’éolien en mer et le solaire ou l’EPR,  le réacteur de dernière génération,  qui coûtera trois fois plus cher  que prévu  et qui ne sera jamais rentable.  Comme l’explique dans Mediapart Martine Orange : «L’histoire d’Areva tient de la chronique d’une catastrophe annoncée. Ce n’est pas la catastrophe de Fukushima, suivie par un nouveau grand hiver nucléaire qui est à l’origine des déboires d’Areva. Ce retournement de cycle n’a fait que mettre en exergue des problèmes internes antérieurs. » Il y a des années que Areva perd de l’argent et vend ses bijoux de famille pour camoufler ses pertes,  notamment ses stocks stratégiques d’uranium.
« Atomic Anne »  avait un caractère de cochon, mais elle était soutenue par le gouvernement, de droite ou de gauche. Pendant des années, elle a mené un combat  féroce contre le patron de son principal client, EDF. Résultat : en 2009, la France a loupé un contrat nucléaire à Abou Dhabi,  parce que EDF et Areva se sont présentés en ordre dispersé. Mais qu’a fait l’État, propriétaire d'Areva à 87 % ? Qu’ont fait les ministres de l’industrie,  le flamboyant Montebourg et le brillant Macron ? Et les représentants de l’État au conseil d'administration ? Qu’a fait la Cour des comptes, chargée d’expertiser les comptes d’Areva ? Ils ont fermé les yeux sur les « errements des nucléocrates ».  Aujourd’hui, l’État-propriétaire est au pied du mur : il faut sauver à tout prix le soldat Areva. Le nouveau PDG du groupe a été prié de réviser complètement la stratégie d’Areva.  Il doit économiser 1 milliard d'euros et essayer de sauver ce qui peut l’être : l’EPR  et son savoir-faire nucléaire. Le reste, on le bradera si nécessaire. Et suggère fermement le ministre : Areva et EDF vont devoir collaborer et peut-être même fusionner. Les deux groupes sont sommés «d'abandonner les querelles du passé». L'État exige «une remise en ordre de la filière nucléaire (…) dont la France est fière». Exécution ! De toutes façons, la France n’a plus les moyens de recapitaliser son canard boiteux.
EDF met les pieds au mur.   Elle a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 73 milliards d’euros et un bénéfice de 4.8 milliards. Selon Mediapart, « L’électricien public ne se voit pas le comptable de l’avenir d’Areva…« L’intérêt d’EDF n’est pas de prendre le contrôle d’Areva. D’abord, EDF n’a pas des moyens illimités. De plus, sa stratégie est plutôt de se développer dans les énergies renouvelables et de prolonger la vie des réacteurs existants. Ce qui est une solution beaucoup plus rentable et économe que d’acheter des EPR ».  Veux pas le savoir, répond le gouvernement,  qui explique sans rire qu'il n’y aura pas de licenciement. Les syndicats d’Areva n’ont pas d’illusions, ils estiment que des milliers d’emplois seront supprimés.
L’aventure d’Areva aura coûté à la France plus de 8 milliards d’euros. Qui va payer ? Les économistes ont déjà leur réponse : en mariant EDF et Areva,  ce sont les consommateurs qui régleront la facture  avec leur bordereaux d’électricité.  Il faudra quand même que le gouvernement s’explique sur ce désastre industriel et financier. Il faudra aussi que les responsabilités des industriels, des politiques et des fonctionnaires soient établies. À quelques semaines des élections régionales, François Hollande se serait bien passé de l’affaire Areva.  Tous les sondages d’opinion donnent le parti socialiste battu et le Front National en nette hausse. Décidément, selon le mot cruel de Jacques Chirac : « les emmerdements, ça vole en escadrille ! »

15:53 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)