08/03/2015

Pas de fumée sans feu

8 mars, journée mondiale de la femme. Pour célébrer l’événement, François Hollande a reçu à l’Elysée cent Françaises méritantes. 100 femmes pour le président célibataire ! Plus belle la vie. Un beau thème pour Plantu, le dessinateur impertinent du Monde. Silence dans les rangs, on cesse de ricaner ! Pourtant, le président a oublié d’inviter une Française méritante : Mme Josiane Boussicot. Vous n’avez jamais entendu son nom. Vous devriez pourtant. C’est elle qui est à l’origine de l’obligation d’installer chez tous les Français un détecteur de fumée dès le 8 mars. Sa fille est morte dans l’incendie de sa maison, en 2002. Mme Boussicot mène un combat pour imposer dans tous les foyers de France un détecteur de fumée.  La France est l’un des derniers pays de l’Union européenne où ça n’est pas obligatoire. 20% des foyers français seulement ont installé un détecteur, à fin 2014.
Ça n’a pas été sans mal : une loi a été votée, en septembre 2005, mais elle n’a été promulguée  qu’en mars 2010. Pourquoi ? Parce que les assurances incendie ne voyaient pas leur intérêt. De toute façon, tous les propriétaires ont l'obligation de s'assurer contre les incendies. Finalement, les détecteurs de fumée, qu’on appelle aussi DAAF, pour détecteur avertisseur autonome de fumée, ne deviennent obligatoires dans les logements que le 8 mars 2015. Dix ans pour appliquer une loi qui permet de sauver des vies,  on a vu plus efficace !
Attendez, ne criez pas victoire trop vite. Les détecteurs de fumée sont obligatoires, une attestation d'installation sur l'honneur doit être envoyée à la compagnie d'assurance. Mais la réglementation ne prévoit aucune sanction en cas de non installation et si un incendie se produit, l'assureur "ne peut se prévaloir du défaut d'installation du détecteur pour s'exonérer de son obligation d'indemniser les dommages", selon les textes officiels. Plus sérieux et responsable, tu meurs !
Les fabricants et les distributeurs de détecteurs ont flairé la bonne affaire.  Depuis plusieurs mois, les médias  répètent le même message : le 8 mars, vous devez avoir votre détecteur de fumée. Du coup, les  grandes surfaces et les magasins de bricolage multiplient les campagnes publicitaires, à coup de statistiques effrayantes et invérifiables : « les incendies domestiques font quelque 800 morts et plus de 10.000 blessés chaque année en France ».
Des détecteurs de fumée comme s’il en pleuvait : Bosch, Livebox, Chacon, Tibelec,  Flamingo.  On dirait le lancement d’un nouveau produit Apple.  Sauf que les consommateurs ne se ruent pas sur les détecteurs de fumée, parce qu’ils sont perdus devant la multiplication des modèles. On en trouve à tous les prix, de 6 à 109 euros, mais tous ne se valent pas. L'association de consommateurs UFC-Que Choisir a fait des tests. Les résultats  sont édifiants : les plus chers ne sont pas forcément les meilleurs. Et quatre modèles testés sont à éviter parce qu’ils sont dangereux.
Pourquoi ? Parce que la réglementation a des failles. Selon UFC-Que Choisir, « la conformité relève en partie de la loterie ».  Il y a bien une norme européenne conforme à la norme française, qui est vérifiée en usine par un laboratoire indépendant. Le problème, c'est que les tests sont faits au lancement de la production, et qu’ensuite, il n’y a plus de contrôle. « C’est là que le bât blesse : qu’ils sortent conformes ou non, tous ses détecteurs arrivent en règle sur le marché. Et quand les autorités révèlent un problème, elles font un rappel du détecteur lot par lot, sans jamais s’attaquer au numéro de certificat détenu par le site de production. Résultat, des usines chinoises continuent à fabriquer à la fois du conforme et du non-conforme«  C'est du propre ! on achète un appareil qui peut sauver des vies et il ne sert à rien, il est même peut-être dangereux.
Vous n’avez encore rien vu : des commerçants peu scrupuleux proposent par démarchage des appareils hors de prix. Et même un service d’entretien à plus de 100 €,  pour des détecteurs qui n’en ont pas besoin.  L'arnaque aux détecteurs de fumée, c’est la dernière combine pour attraper les gogos. Alors, les consommateurs attendent d’y voir plus clair, et, de toute façon, dans la plupart des magasins, il y a rupture de stock pour les détecteurs de fumée. Alors, l’obligation est reportée au 1er janvier 2016.
Les consommateurs n'aiment pas qu’on les prenne pour des charlots. Il se souviennent très bien qu'il y a quelques années, le gouvernement avait rendu obligatoires les éthylotests dans les voitures.  Pas question de prendre le volant sans avoir contrôlé son taux d’alcoolémie. Il fallait avoir deux tubes et deux sachets plastique dans sa voiture, mais il n’y avait pas de sanctions. Un an plus tard, l’obligation était levée, les commerçants se retrouvaient avec des stocks d’invendus et le fabricant licenciait son personnel. Ainsi va la France. On y légifère sur tout, mais les décrets d’application sont publiés des années plus tard. En attendant un nouveau décret qui annulera le précédent. Faire et défaire, c’est toujours gouverner !




19:16 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.