29/01/2015

RATP : un nez cassé pour un million

Les syndicats français sont des champions pour détourner le droit de grève. Un conducteur du métro vient en aide à un passager qui a tiré le signal d’alarme, après avoir eu la main coincée dans une porte. La victime lui donne un coup de tête qui lui casse le nez et s’enfuit. Tous les conducteurs de la RATP décident un « arrêt de travail spontané » et paralysent les transports publics parisiens. C’est une pagaille monstre, plus d’un million de passagers sont bloqués. Bien sûr, agresser un fonctionnaire est un délit grave. Mais vous ne voyez pas en quoi paralyser Paris et prendre en otage un million d’usagers aide à retrouver l’agresseur ? Vous êtes vraiment à côté de la plaque !
L’« arrêt de travail spontané » , c'est l’arme fatale de la revendication à la française. Ce n’est pas une grève, qui exige un préavis de 5 jours et qui n’est pas payée. C’est, selon le droit français, « une cessation concertée : une concertation préalable des salariés doit avoir lieu mais la grève spontanée des salariés dès lors qu'elle correspond à une décision commune est licite. » On ne sait pas quand ni comment les conducteurs du métro ont pris une décision commune à 5 heures du matin. On soupçonne que ce sont les dirigeants syndicaux qui ont décidé pour leurs adhérents. Si, à chaque fois qu’un pharmacien est agressé par un toxicomane, toutes les officines de France baissaient leurs volets, le gouvernement aurait tôt fait de réagir énergiquement. Mais, avec les tout-puissants syndicats des transports publics, c'est une autre chanson. Leur capacité de nuisance est inépuisable.
Comme le dit très bien un abonné du Monde : « Ce genre d'arrêt de travail montre à quel point le service public est totalement non concerné par le respect des usagers voyageurs. Ces conducteurs savent les conséquences de leurs actes, mais ils s'en foutent. Qu'ils règlent leurs problèmes avec la direction de la RATP, mais qu'ils fassent leur boulot ou qu'ils dégagent. Il y a des centaines de milliers de chômeurs qui aimeraient travailler à leur place! »
C'est là le fond du problème : bien sûr, les syndicats manifestent leur solidarité après leurs collègue agressé. Mais ils en profitent pour faire pression sur leur direction pour faire aboutir leurs revendications. Tout le monde le sait : l’« arrêt de travail spontané », c'est un abus licite du droit de grève, toléré par le gouvernement pour avoir la paix sociale. Mieux vaut avoir un million d’usagers mécontents que des syndicat combatifs. Le problème, c'est en cédant à chaque revendication syndicale, on l'encourage l’intransigeance et la prise des usagers en otage. Depuis des années, la CGT, premier syndicat  de la RATP, et Sud rivalisent dans la surenchère pour faire aboutir leurs revendications et ils multiplient les grèves. Ils dénoncent des « méthodes de management qui ne rendent pas un collectif de travail serein, la souffrance au travail, conséquence d’une politique du chiffre, qui impact dangereusement la sécurité ferroviaire ».
Les Français qui sont matraqués par le chômage et le poids des impôts supportent de plus en plus mal ces grèves à répétition. Ils veulent bien reconnaître que les conducteurs de métro ou de bus font un métier pénible. Mais ils savent aussi qu’ils bénéficient d’un régime de retraite généreux. Ils peuvent prendre leur retraite à 50 ans, au lieu de 60. Leur patron, la RATP, finance 18,43% de leur cotisation contre 10% pour les autres salariés. C’est l’Etat qui subventionne les retraites de la RATP : 532 millions d’euros en 2011. Bien sûr, les syndicats font feu de tout bois pour préserver leurs avantages. Mais la Commission européenne a fixé son objectif : en 2019, la concurrence sera totale dans les transports. Et il faudra bien harmoniser les régimes spéciaux de retraite, très généreux et très coûteux, avec le régime général. Vous avez compris ? L’enjeu de cet « arrêt de travail spontané » va bien au-delà d’un nez cassé et d’une journée de galère pour un million de passagers de la RATP.

16:19 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

28/01/2015

Charlie Hebdo : « les charognards du complot »

Le dernier dérapage de Jean-Marie Le Pen illustre, jusqu'à la caricature, cet aphorisme de Chateaubriand, repris par de Gaulle : « la vieillesse est un naufrage ». Que le « président d’honneur" du Front National proclame : « Je ne suis pas Charlie, je suis Jean-Marie », c'est son droit après tout.
Mais il éructe dans les médias que le massacre de Charlie Hebdo porte "la signature d'une opération de services secrets, mais nous n'en avons pas la preuve »… la mise en place de la réaction politico-médiatique fut si rapide qu’il ne peut pas y avoir d’improvisation. Un plan média était préparé à l’avance ». Le vieux leader frontiste est un spécialiste des plaisanteries douteuses et des amalgames racistes, pour lesquels il a été condamné plusieurs fois par la justice. Sa dernière sortie vous a fait rire ? Pas moi ! Je connais le bonhomme. Je l’ai fréquenté pendant plusieurs jours, en 1986, pour préparer une émission de la Télévision suisse romande. Je l’ai vu manipuler une salle de 3000 personnes, les bras levés, au son du « choeur des esclaves » de Nabuco de Verdi, un des airs préférés de Mussolini. Il a beau avoir 86 ans, il a encore des ambitions politiques : il se porte candidat à la présidence de la région Provence Alpes Côte d’Azur, un des fiefs du FN, où les nostalgiques de l’Algérie française et les Français déboussolés par la crise et le chômage vont voter pour lui.
Le plus inquiétant, c’est que la thèse délirante de Le Pen sur le « complot » contre Charlie Hebdo est populaire, surtout dans les quartiers et les banlieues à majorité maghrébine. Elle séduit certains des musulmans qui n’ont pas défilé derrière le slogan « Je suis Charlie ». Selon un sondage réalisé par l'institut CSA pour le site de droite Atlantico, 17 % des personnes interrogées pensent qu’il s’agit d’un complot (4 % pensent "tout à fait" et 13 % « plutôt"). Parmi les tenants de la thèse du complot, l'Ifop note que les mêmes clivages s'expriment pour les attentats de Paris et pour le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les jeunes (61 %), les milieux populaires (65 %) et les moins diplômés (68 %) sont les moins convaincus que les attentats soient l'oeuvre de terroristes islamistes, alors que cette certitude est nettement plus répandue parmi les seniors (78 %), les cadres supérieurs (79 %) et les titulaires d'un diplôme supérieur à bac + 2 (83 %). Mais "on voit que même dans ces milieux les plus informés, la remise en cause de la lecture fournie par les médias et les pouvoirs publics (...) concerne une minorité significative ». Par exemple, cette réaction d’un lecteur du Figaro : « Décidément, la liberté de pensée dérange dans ce pays et on se donne beaucoup de mal pour faire gober la version officielle alors que n'importe qui ayant deux doigts de bon sens n'arrive pas à suivre la logique du déroulement des faits tel qu'il est présenté, ce qui signifie bien que tout n'a pas été exposé. »
Dans un article intitulé « Les charognards du complot », Charlie Hebdo rappelle le rôle du réseau Voltaire et de son fondateur, Thierry Meyssan, l’idéologue qui a nié les attentats du 11 septembre 2001. Sur son site, il affirme : « Nous ignorons qui a commandité cette opération professionnelle contre Charlie Hebdo, mais nous ne devrions pas nous emballer. Nous devrions considérer toutes les hypothèses et admettre, qu’à ce stade, son but le plus probable est de nous diviser ; et ses commanditaires les plus probables sont à Washington. »
Il faut entendre les déclarations de jeunes Maghrébins des quartiers de Marseille, interviewés par Le Monde : «On pense que toute cette histoire est une manipulation. Ces tueurs étaient des mercenaires engagés par les services secrets pour monter les Français contre l’islam. » Un autre : « Il y a cette histoire de rétroviseurs, une fois blancs, une fois noirs, la voiture qui n’était pas la même, la carte d’identité oubliée…« On dit qu’un des frères Kouachi était déjà mort et que son corps avait été rapatrié au pays. Comment un mort peut tuer ? « Où ont-ils été chercher ces explications délirantes ? Sur Facebook, sur Twitter, sur les sites Internet, parce que « je n’arrive pas à croire à ce que les médias nous racontent ». Le discours complotiste déferle sur les réseaux sociaux.
François Hollande a beau rappeler, à propos du 70e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, qu’il faut  "prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination »..Nous devons agir au niveau européen et même international pour qu’un cadre juridique puisse être défini et que les plateformes internet qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités, et que des sanctions soient prononcées en cas de manquements ». Il a raison, bien sûr, mais son discours ne convaincra pas ceux qui n’ont plus confiance dans les politiciens ni ceux sont convaincus que les médias cachent la vérité. Il faut écouter Emmanuel Taïeb, un professeur spécialiste du conspirationnisme, interviewé par Le Figaro : «  la théorie du complot est l’arme politique du faible…Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l'esprit critique de celui qui y adhère. »

16:59 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

24/01/2015

Big Mac of Switzerlan

Vous n’avez pas compris pourquoi la Banque nationale suisse a laissé flotter le franc. La politique de Quantitative Easing de la Banque centrale européenne, c’est de hébreu pour vous. Vous ne comprenez rien au grand jeu de la finance mondiale. Vous n’êtes pas le seul ! Heureusement, le vénérable Economist, la bible des milieux d’affaires, consent à vous donner une leçon gratuite. En utilisant le prix du Big Mac dans le monde. Vous n’en mangez jamais ? ça ne fait rien.
Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, The Economist, publié depuis 1843, est « l'un des hebdomadaires de référence à l'échelle mondiale. Reconnu pour la qualité de ses analyses, il couvre l'ensemble de l'actualité mondiale, en étudiant en particulier l'économie et les relations internationales. Journal d'information, il prend régulièrement parti sur les grandes questions d'actualité, défendant une vision libérale en matière économique, mais également sociétale et culturelle (légalisation des drogues, mariage de personnes de même sexe, etc…Son fondateur, James Wilson, était un fabricant de chapeaux, qui croyait au libre-échange, à l'internationalisme et à un minimum d'intervention de l'État, sur les marchés en particulier. Il a créé le journal en 1843 pour faire campagne contre des lois protectionnistes (Corn Laws) ». En février, The Economist va vivre une vraie révolution : pour la première fois depuis 171 ans,sa rédaction va être dirigée par une femme, Zanny Minton Beddoes, une ancienne économiste du FMI.
The Economist est un hebdomadaire sérieux. Son Big Mac Index, lancé en 1986 comme un gag est devenu un instrument un peu fruste, mais reconnu, de comparaison de la valeur des principales devises - le dollar, l’euro, le yen, la livre sterling et le yuan chinois.  Selon l’hebdomadaire lui-même, « il est devenu un standard global, qui fait partie de plusieurs ouvrages d’économie et le sujet d’au moins 20 études universitaires ». The Big Mac Index sert à vérifier si les monnaies sont à leur niveau correct. Dans leur langage inimitable, les économistes distingués déclarent que « l’économie du Burger n’a jamais voulu être une jauge précise du mauvais alignement des monnaies, mais surtout un instrument pour rendre plus digeste la théorie du taux de change ». Ca va, vous me suivez ? Pourquoi le prix du Big Mac ? Elémentaire, Dr Watson ! Le Big Mac, dans le monde entier, c’est deux steaks hachés entre deux tranches de pain, du cheddar fondu, des oignons, des cornichons, sur un lit de salade et avec une sauce. Une bombe calorique. On aime ou on déteste. En janvier, il coûte $ 4.79 aux Etats-Unis et $ 2.77 en Chine au taux de change actuel. Cela veut dire que le yuan est sous-évalué de 42% par rapport au dollar.
Et en comparaison internationale, the Big Mac Index winner is ? Switzerland ! C’est au pays du franc fort que le Big Mac est le plus cher, $7.54, soit 6.50 francs suisses au taux actuel. Cela signifie que le franc suisse est sur-évalué de 57.5% par rapport au dollar. Si vous avez vraiment envie de manger un Big Mac pas cher, allez donc à Kiev, en Ukraine. Il vous coûtera seulement $ 1.20. Le Hryvnia, la monnaie locale, est sous-évalué de 74.9% par rapport au dollar.
Mais c’est normal, me direz vous, les salaires et le coût de la vie sont beaucoup plus bas à Kiev qu’à Genève. Tout faux, mon cher Watson : selon la théorie de la parité de pouvoir d’achat, à long terme, les taux de change vont tendre vers un taux qui égalisera les prix pour un même produit, notre fameux Big Mac. Les Ukrainiens vont s’enrichir et ils pourront se payer autant de Big Mac que les Suisses. A long terme, d’accord, mais aujourd’hui ? C’est là que The Economist abat son atout : il compare les prix du Big Mac avec le pouvoir d’achat individuel pour 48 pays, ce qu’il appelle l’indice ajusté. Et là, le palmarès change. Par rapport au pouvoir d’achat, le Big Mac le plus cher, on le trouve à Rio : $ 5.21, ce qui veut dire que le Real est sur-évalué de 68.5%. La Suisse n’arrive qu’en 4e position. Le franc suisse n’est sur-évalué que de 27%. Dans la zone euro, le Big Mac est vendu $ 1.46. L’euro est donc surévalué de 1.4 %. Et l’Ukraine est toujours dans le fond de la classe.
A chaque publication, the Big Mac Index déclenche les réactions des lecteurs, critiques ou amusées. J’adore celle de ce lecteur du Guardian britannique à propos du prix du Big Burger : « Qui se soucie de son prix. Le prix réel viendra quand vous essayerez de vous regarder dans le miroir, après ».



00:30 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

22/01/2015

USA : le massacre des innocents

Chaque jour, 20 enfants sont hospitalisés pour blessure par des armes à feu. Cela se passe aux Etats-Unis, selon une étude de l’Académie américaine de pédiatrie. 7391 jeunes Américains blessés par balles en 2009, dont 453 en mourront. Cela coûte chaque année 147 millions de dollars aux hôpitaux. Selon le FBI, les armes à feu tuent plus d’enfants en âge pré-scolaire que de policiers ! C’est l’une des principales causes de décès des jeunes. Des chiffres effrayants, qui révèlent une des faces les plus sombres de l’Amérique : sa passion incontrôlée pour les armes.
A la fin de l’année dernière, une mère de famille d’une ville de l’Idaho s’est rendue dans un centre commercial avec son fils de 2 ans. Le gosse a fouillé dans le sac de sa mère, en a sorti le pistolet qu’elle détenait légalement, a pressé la détente et l’a tuée. En novembre, dans l’Etat de Washington, un garçon de 3 ans a été tué par un gosse de 4 ans. En Pennsylvanie, un garçon de 2 ans a tiré et tué sa soeur de 11 ans.
A chaque drame, les médias américains et l’opinion s’indignent. Mais rien ne change. Pourquoi ? Parce qu’une majorité d’Américains soutient la toute-puissante National Rifle Association, qui revendique plus de 5 millions de membres. Elle se présente souvent comme la plus ancienne organisation des droits civils aux États-Unis. Elle protège le droit de posséder et de porter des armes comme il est stipulé dans le deuxième amendement de la Constitution. La NRA est surtout l’un des plus redoutables lobbies à Washington, qui apporte beaucoup de voix aux candidats aux élections. Sur son site, elle rappelle les noms des candidats qu’elle a soutenus pour le Sénat ou comme gouverneurs et elle fustige les partisans du contrôle des armes. En 2008, la NRA a réussi à faire confirmer par la Cour suprême le droit de chaque Américain de posséder une arme et de s'en servir, notamment dans les cas d'auto-défense, confirmant par là son interprétation du second amendement. Elle mène une guerre impitoyable contre la politique du président Obama, qui veut contrôler les armes.
Selon le Centre de recherche pour la prévention des crimes, les ventes d’armes auraient explosé depuis l’élection d’Obama : 21 millions par an en 2012 et 2013. Officiellement, 11 millions d’Américains ont un permis de port d’arme cachée (concealed carry). Ils peuvent légalement détenir une arme et la porter de manière discrète. En réalité, les « citoyens armés » sont beaucoup plus nombreux. Parce que tous les Etats américains autorisent le permis de port d’armes, mais dans cinq Etats, pas besoin de permis pour acheter un pistolet ou un fusil ! Au Dakota du Sud, pour 10 $, vous avez votre permis pour 4 ans, sans formation au tir. Résultat : 12% des braves citoyens ont un permis. En Floride et au Texas, 8% de la population sont des « citoyens armés »
Vous pensez que les meurtres par armes à feu entraînent un retrait de permis ? Naïfs incurables ! Le Centre de recherche pour la prévention des crimes a enquêté. En Floride, où 2.6 millions de permis ont été accordés, seuls 168 ont été retirés. Motif : violation de la loi, qui interdit de porter une arme dans une école ou un aéroport !
Toutes les tentatives de contrôler la vente d’armes ont été bloquées par des politiciens favorables à la NRA, qui finance leur campagne. Alors, des fabricants d’armes malins ont lancé les « smart guns », des armes qui ne peuvent tirer qu’après avoir activé un levier. « Aucun enfant de moins de 8 ans ne peut tirer », proclame fièrement le célèbre fabricant Smith & Wesson, qui a vendu une demi-million de ces armes « intelligentes ». Un autre artiste de la gâchette a inventé le pistolet qui reconnaît votre empreinte digitale. Le fabricant allemand Armatix 1P1 fait encore plus fort : pour tirer, il faut porter une montre bracelet homologuée ! Ca ne vous étonnera pas que la NRA s’oppose aux « smart guns », car elle craint qu’ils ne deviennent obligatoires. Certains experts affirment : ils vont sauver des vies, en rendant les armes aussi sûres que des produits de consommation. Un enfant ne pourra pas utiliser un « smart gun ». Un voleur non plus. Ce n’est pas rien, dans un pays où 150 000 armes sont volées chaque année.
Les « armes intelligentes » ont même convaincu le grand reporter du New York Times, Nicholas Kristof, qui leur a consacré une chronique : « Est-ce que ce n’est pas bizarre qu’il faille un PIN pour sécuriser votre smartphone et que cette option n’existe pas pour une arme ? «  Allons, la passion mortifère pour les armes a encore de beaux jours aux Etats-Unis. Même un grand journal qui soutient les efforts d’Obama contre la NRA fait la promotion des marchands d’armes « intelligentes » !
Bien sûr, ça ne pourrait pas se passer en France, où 20 millions d’armes se baladeraient dans la nature, selon certains experts. Où un Français sur trois aurait une arme chez lui. Et où, pour 200 €, on trouve une Kalachnikov comme celle qui a massacré la rédaction de Charlie Hebdo.



18:20 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2015

"Je suis Charlie »

Je n’ai pas l’habitude de participer à des manifestations. Comme journaliste, j’ai eu d’autres moyens de m’exprimer que de descendre dans la rue. Mais, au début de l’année, des terroristes se réclamant de Mahomet ont assassiné des dessinateurs de Charlie Hebdo, des policiers et des Juifs pris en otage à Paris. J’ai trouvé insupportable que la liberté d’expression et la vie ensemble soient menacées par la violence terroriste en France, le pays où j’ai choisi de passer ma retraite. Je devais me joindre aux habitants d’Alès, dans le Gard, pour témoigner. Je ne suis pas un lecteur de Charlie Hebdo, mais je me souviens d’avoir fait, pour la Télévision romande, en 1972, un portrait de Harakiri, le journal « bête et méchant ». J’avais rencontré Cavanna, Wolinski, Reiser, Delfeil de Ton et le professeur Choron, la fine fleur des dessinateurs iconoclastes qui avaient osé  mettre à la Une, à la mort du général de Gaulle, ce titre provoquant qui avait fait scandale  : « Bal tragique à Collombey - un mort ». 43 ans plus tard, à l’âge de 80 ans, Wolinski a été assassiné par des fous furieux.
Comme dans toute la France, des milliers d’habitants d’Alès se sont retrouvés, dimanche 11 janvier, pour défiler en mémoire des dix-sept victimes de la terreur, pour défendre la liberté de défendre son opinion et les valeurs de la France, qui figurent au fronton des mairies : Liberté, égalité, fraternité. Dans cette sous-préfecture de 42 000 habitants, nous étions plusieurs milliers réunis en silence. Des gens de tous âges, des familles avec leurs enfants. Quelques drapeaux français et surtout, sur des pancartes, sur des feuilles tenues à bout de bras ou collés sur des vêtements, le célèbre slogan : « Je suis Charlie ». Cette étonnante trouvaille d’un publicitaire pour rendre hommage aux douze morts à la rédaction de Charlie Hebdo. Quelques slogans militants sur des cartons : « Pour la démocratie, l’égalité, les libertés, combattons tous les fascismes ». Ou encore cet appel à la tolérance : « Je suis Charlie, je suis Ahmed, je suis Yoav, je suis la France ». Il n’y avait pas de mots d’ordre, pas d’organisation, pas de discours, pas de musique. Le maire et quelques élus portaient leur écharpe tricolore et serraient quelques mains.
Spontanément, la foule a entonné la Marseillaise et applaudi en cadence en hommage aux victimes du terrorisme. J’ai entendu quelques cris : « Vive la liberté, on n’a pas peur ». Autour de moi, un calme étonnant, une atmosphère de recueillement. Après  trois jours d’angoisse, on aurait pu craindre des slogans hostiles aux musulmans, surtout des Maghrébins, environ 10% des habitants d’Alès, qui habitent dans des quartiers « sensibles ». Je n’en ai entendu aucun. Mais je n’ai pas vu non plus des musulmans qui affichaient leur identité. Sans mot d’ordre, spontanément, la foule des manifestants s’est mise marche, lentement, derrière son maire. Nous avons traversé le centre d’Alès pour revenir devant le théâtre après quarante minutes de marche. La police municipale était discrète, le Croix-Rouge avait disposé quelques ambulances. Mais il n’y a eu ni débordement ni excès. Simplement, une foule qui défilait lentement, en silence, sous le soleil d’un beau dimanche d’hiver.
Je ne pense pas que beaucoup d’habitants d’Alès soient des lecteurs de Charlie Hebdo. Mon voisin rencontré dans le cortège m’a avoué qu’il n’avait jamais entendu parler de cet hebdomadaire avant le massacre du 7 janvier. Je ne suis pas sûr qu’il apprécierait son humour iconoclaste. Mais il m’a assuré qu’il allait s’abonner pour soutenir la liberté d’expression.
Comme dans toute la France, Alès a vécu, ce dimanche, un moment exceptionnel qui restera dans les mémoires. Mes voisins m’ont assuré qu’ils n’avaient plus vu une foule aussi grande depuis la Libération ou les grèves des mineurs. Pendant quelques heures, les Cévenols ont oublié leurs différences politiques et religieuses. La crise, le chômage, la peur de l’avenir ont été mises de côté, pour se rassembler et témoigner ensemble du refus de la violence terroriste. Demain, les querelles politiques et les difficultés de la vie reviendront au premier plan. Mais ce 11 janvier restera comme un moment historique où tout le monde est descendu dans la rue pour témoigner. Quel étonnant pays, la France, où des millions de gens ont revendiqué le nom de « Charlie » en mémoire de dessinateurs d’un journal qu’ils n’avaient jamais lu !


02:27 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)