31/12/2014

Boire et conduire

Le regretté Coluche aurait lancé un jour : « Comme on dit à Varsovie, boire ou conduire ? de toute façon, on n’a pas de voiture ! ». Pour beaucoup de Français, on a une voiture, mais on ne choisit pas : on veut boire et conduire ! Selon la Sécurité routière, la route a tué 3268 personnes en 2013 et 40% des morts sur la route sont provoqués par l’alcool. Pourtant, pour certains Français, mourir sur la route, c’est la faute à pas de chance, un phénomène inévitable, un peu comme les inondations.
Vous croyez que j’exagère ? Lisez donc ce dialogue surréaliste au tribunal, raconté par Me Eolas, le célèbre avocat-blogueur :
« Le prévenu : j’étais tout à fait en état de conduire.
La présidente : donc il n’y a aucun rapport entre votre taux d’alcoolémie à 2 mg/l d’air expiré et le fait que vous ayez été contrôlé après vous être mis au fossé tout seul ?
Le prévenu : non, l’accident c’est parce que j’ai été surpris par un chien qui traversait.
La présidente (un très mauvais sourire aux lèvres) : Vous ne voudriez pas déposer plainte contre le propriétaire par hasard ? »
Ca ne fait pas rire du tout les familles des milliers de victimes de l’alcool au volant !
Chaque année,  les mises en garde dramatiques fleurissent sur les écrans : depuis le fameux « Un verre, ça va, trois verres, bonjour les dégâts » jusqu’à « Sam ne boit pas quand il ramène ses potes » (Sam, c’est le capitaine de soirée, conducteur sobre et prudent). Le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie a mené une enquête auprès de 267 associations étudiantes : "L'immense majorité" des soirées, "plus de 99%", propose de l'alcool, et "30% des organisateurs (...) prévoient au moins 8 consommations alcool par personne »…"L'alcool est toujours considéré comme l'ingrédient indispensable à toute fête réussie. (...) Les boissons alcoolisées sont la garantie d'une fréquentation importante, paramètre essentiel pour atteindre l'équilibre budgétaire ». Pire encore : "76% des organisateurs reconnaissent" leur responsabilité morale, mais "42% estiment que les responsables sont avant tout" les fêtards eux-mêmes « .
Question de culture : l’alcool et même l’excès d’alcool font partie de la fête. Selon l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé : « sa consommation est ritualisée. Il accompagne très souvent les événements marquants de la vie sociale : naissances, mariages, emménagements, pots de retraite, succès professionnels ou sportifs. La transmission familiale des comportements reflète aussi ces représentations plutôt positives : seulement 13 % des Français signalent que leurs parents ont cherché à limiter leur consommation d’alcool, alors que 32 % ont eu l’interdiction de fumer. « Malgré les appels de la Sécurité routière, chacun sait que les fêtes du Réveillon vont entraîner des dizaines de victimes.
Tous les médecins le répètent : on peut demander à un patient s’il fume. C’est plus délicat de lui demander s’il boit. Aborder la question de l’alcool c’est « s’immiscer dans le privé de la personne »
Alors, il ne faut pas s’étonner que, selon un sondage récent, moins d’un Français sur deux ne sait pas comment il va rentrer après un réveillon alcoolisé. Dans les pays nordiques, la tolérance zéro existe depuis des années : les Scandinaves boivent moins que les Français, mais de manière plus irrégulière, pour se saouler. Je me souviens d’un vendredi soir, dans mon hôtel à Helsinki. A 18 heures, le restaurant était plein. A chaque table, sans un mot, les hommes vidaient verre sur verre d’Aquavit ! Mais personne ne pensait à rentrer en voiture. Zéro alcool au volant est accepté dans les pays nordiques. En France, en parler provoque un tsunami de réactions indignées des défenseurs de la bagnole comme de la Ligue contre la violence routière : impraticable, inefficace. Avec l’argument qui tue : il faut appliquer la loi et multiplier les contrôles. Mais tout le monde connaît un conducteur qui se vante de n’avoir pas été contrôlé depuis des dizaines d’années.
L’Etat et les associations font des efforts méritoires pour lutter contre l’alcool au volant, avec ce slogan : « Oui, on peut dire non »( à l’alcool). Mais l’éducation à la sobriété pour changer les comportements, cela prend des années….et pendant ce temps, un millier de Français mourront chaque année d’avoir trop bu avant de conduire !

18:43 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

07/12/2014

Politiciens français : des retraites en or

«La retraite, connais pas, c’est pour les généraux vaincus. Mozart n’a jamais pris sa retraite ». Nicolas Hayek, le patron du géant horloger suisse Swatch, a appliqué sa maxime, il est mort à son bureau à 82 ans. En France, la retraite du président de la République alimente une nouvelle rumeur aux allures de scandale. Dans un pays où les retraités touchent en moyenne 1200 euros par mois, François Hollande toucherait une retraite de 36000 euros par mois. C’est l’hebdomadaire Marianne qui l’affirme, après avoir consulté des experts. Il profiterait d’un système généreux, qui lui permettrait de cumuler une cascade d’avantages pour chacune des fonctions qu’il a exercées : maire, conseiller général, député, haut fonctionnaire, président de la République, membre à vie du Conseil constitutionnel.
Tout faux, dément l’Elysée. Le président ne cotise plus depuis deux ans à la caisse de retraite de la Cour des comptes, où il n’a passé que trois ans. 5000 euros envolés ! Surtout, il renoncera à siéger au Conseil constitutionnel avec les anciens présidents de la République. 12 000 euros de moins par mois ! Hollande n’a pas réussi à modifier la Constitution faute de majorité, mais « il s’appliquera cette règle à lui-même », selon le chargé de communication du président. Qui précise même qu’en entrant à l’Elysée, Hollande a baissé sa rémunération de 30% à 12 696 euros nets par mois. Bon d’accord, mais le président ne sera pas dans la misère avec une retraite d’environ 20 000 euros par mois, sans compter son bureau, sa sécurité et d’autres avantages en nature, qui coûtent à l’Etat un million d’euros par an. Jacques Chirac a plus de chance : sa retraite est de 31 000 euros par mois. Barack Obama devra se contenter de 13 800 euros, le président allemand d’environ 14 000 euros.
Le scandale bien français, ce n’est pas le montant de la retraite du président. C’est un système fiscal très généreux pour les hommes politiques. Comme le rappelait L’Expansion : « Devinette: qui, en France, peut obtenir sa retraite à 55 ans, même s'il n'a cotisé que quinze ans, et percevoir 4 778,66 euros brut par mois? Un député. Autre devinette: qui, après avoir quitté son poste, touche son traitement pendant six mois, à condition de ne pas avoir retrouvé un emploi? Un ministre de la République. Troisième devinette: qui, au terme de son mandat, a droit, à vie, à un garde du corps, une voiture, un bureau pour son secrétariat et 6 000 euros par mois brut? Le président de la République«.
Selon L’Expansion : « La retraite des députés et des sénateurs offre de réels avantages. Il leur suffit de cotiser 30 ans (contre 41,5 ans dans le régime général) pour toucher une retraite à taux plein. Sans même avoir atteint cette durée de cotisation, liquider sa pension est plus qu'intéressant. Dès le premier mandat (cinq ans à l'Assemblée et six au Sénat), la retraite atteint respectivement 1 200 euros et 1 900 euros. Avec le jeu des réélections, la moyenne des pensions s'élève à 2 700 euros net par mois au Palais-Bourbon et à 4 380 euros au palais du Luxembourg. Et ces sommes sont cumulables avec les retraites perçues au titre d'autres fonctions électives«. A quel bonheur d’être député ! Le scandale, c’est que, « en 2012, les cotisations des députés (7,5 millions d'euros) n'ont couvert que 11 % des besoins. L'essentiel du solde vient de l'Etat (42 millions d’euros) ». Selon L’Observateur, il existe à Paris, deux paradis fiscaux : le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, et le Palais du Luxembourg, siège du Sénat.
Oui, mais pleurent en choeur députés et sénateurs, la politique, c’est risqué, on risque d’être battu aux élections. Sauf que, en France, on entre jeune en politique au conseil municipal, puis à la mairie. Avec de bons appuis, on devient conseiller général, député, parfois sénateur et qui sait ministre. Si on perd son portefeuille, on retrouve son siège. Bref, toute une vie au service de la nation, avec un salaire confortable et des avantages matériels. Sans compter la considération de sa famille et de ses amis. Et, en fin de carrière, une retraite très confortable souvent complétée par des mandats juteux. 80% des élus cumulent des mandats publics de député, maire, président d’institutions, sans parler des mandats privés. A lire les déclarations de patrimoine des politiciens, la politique n’enrichit pas son homme, mais elle aide à supporter les difficultés de la vie !

17:34 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)