09/11/2014

Mes souvenirs du Mur

Je n’étais pas là, le 9 novembre 1989, quand le Mur de Berlin s’est ouvert. J’ai suivi l’événement à la télévision, comme des millions de gens dans le monde. Mais je garde du Mur des souvenirs qui m’ont marqué.
La première fois que j’ai franchi le Check Point Charlie, c’était en mars 1963, deux ans après la construction du mur. La Gazette de Lausanne m’avait envoyé en reportage à la foire de Leipzig, en Allemagne de l’Est. Avant de m’y rendre, j’avais pris rendez-vous à Berlin-Est avec un fonctionnaire du ministère de l’Economie. Il avait neigé sur Berlin, ensevelie sous 50 cm. de neige. Je suis arrivé le soir au seul point de passage pour étrangers vers Berlin-Est, avec ma valise et ma machine à écrire. Je revois encore la baraque des Vopos, le guichet où un fonctionnaire impassible vérifiait votre visa en scrutant trois fois votre visage - d’abord le front, puis les yeux, enfin le menton. Puis, le coup de tampon libérateur : bienvenue en RDA ! En réalité, les journalistes étrangers étaient juste tolérés, pour glorifier la patrie des travailleurs. Sous la neige et dans le froid, j’avais un sentiment étrange, comme dans « L’espion qui venait du froid », le roman de John Le Carré. J’avais demandé au Vopo où trouver un  taxi. Il avait ricané : pas de taxi. Alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’avais sorti un billet de 20 DM et je lui avais demandé de me commander un taxi. Il avais empoché mon argent en se demandant qui était ce type qui osait donner des ordre à un policier est-allemand. Le lendemain, j’embarquais sur un avion est-allemand qui amenait les hommes d’affaires et les journalistes de l’aéroport de Schönefeld et Leipzig.
Ma seconde visite au Mur de Berlin, c’était en février 1969. Pour la Télévision suisse, je couvrais la visite du président Richard Nixon. Nous étions une centaine de journalistes : les stars, les correspondants à la Maison Blanche, qui suivaient le président en avion spécial : et les autres, entassés dans la caravane de bus, qui se bousculaient pour prendre la photo de Nixon devant le Mur. J’avais réussi à me glisser près de la limousine présidentielle, à quelques mètres des agents du Secret Service. A la Postdamer Platz, Nixon est sorti de sa voiture, maquillé comme un comédien, le sourire figé. Il avait grimpé les quelques marches pour regarder par dessus le mur. Des centaines de journalistes et de cameramen immortalisaient l’événement. Le souvenir que j’en ai gardé, ce sont les Vopos du côté est, qui photographiaient le président américain ! Le mur était omniprésent à Berlin. On allait voir les rues aux fenêtres bouchées, les points de passage, le monument aux morts soviétiques, le Reichstag. Je pensais que le mur était là pour plusieurs générations.
Troisième visite, en 1980. Avec le réalisateur Michel Heiniger, nous avions obtenu un visa d’une journée pour visionner un film de propagande de Leni Riefenstahl, la cinéaste d’Hitler, sur l’armée allemande, « Tag der Freiheit : Unsere Wehrmacht »(1935), dont une des seules copies se trouvait aux archives films de la RDA, à Postdam. Il fallait un visa pour quitter Berlin-Est et se rendre à Postdam, à 17 km. Nous avions rendez-vous avec le chef du Filmarchiv der DDR, dans une maison de campagne. Une fonctionnaire avait apporté comme un trésor une bobine de film 35 mm. inflammable. Après visionnement, nous avions demandé une copie de quelques minutes. Pas de problème, mais on nous avait soumis un document juridique que nous avions dû signer : ce film de propagande appartenait à la RDA et nous nous engagions à refuser toute demande de Leni Riefenstahl à faire valoir ses droits.
Dernière visite, en 1990. Pour le magazine économique de la Télévision romande, nous avions réalisé une enquête des deux côtés, en République fédérale et en RDA, quelques semaines avant la Wende, le tournant de la réunification. A Karl-Marx Stadt, l’ancienne Chemnitz, j’avais loué une voiture pour rejoindre mes collègues à la Porte de Brandebourg, à Berlin. Sur l’autoroute où ma vieille Ford doublait les Trabant poussives qui crachait noir, je m’étais arrêté dans un Imbiss pour boire une bière. J’avais remarqué que les clients me regardaient d’un drôle d’air, avec ma veste de cuir et mes lunettes de soleil. Plus tard, on m’avait expliqué : c’était la tenue des agents de la Stasi, la redoutable police secrète.
C’était la première fois que je voyais le mur du côté est. J’avais longé le mur où on avait enlevé les miradors, les chevaux de frise et les fils de fer barbelés qui avaient tué tant de Berlinois qui voulaient fuir Berlin-Est. A la Porte de Brandebourg, un Vopo m’avait refusé le passage, malgré mon visa pour la RDA. J’avais dû insister pour passer à Berlin-Ouest. C’était la fête et le marché aux souvenirs. On vendait des morceaux du mur dans des sachets plastique, des décorations des Vopos, des casquettes d’officiers soviétiques. Le soir, pour rentrer à mon hôtel à Berlin-Est, j’avais pris un taxi à l’ouest. Mais il ne connaissait pas les noms des rues, ses clients ne lui demandaient jamais d’aller à Berlin-Est.
Je ne suis plus retourné à Berlin, mais j’ai envie d’aller voir ce qu’est devenue cette ville divisée pendant 28 ans par un mur de 43 km. qui coupait en deux les rues, les maisons et les familles. Le mur n’existe plus, il ne reste que quelques sections laissées en souvenir et classées monuments historiques. Mais, pour des millions de gens, le souvenir immortel de la chute du mur de Berlin, restera l’image du grand violoncelliste russe Rostropovich jouant une partita de Bach devant le mur.

22:11 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

France : Boule puante à fragmentation

La course à la présidence n’a jamais été une partie de croquet. Mais, ces jours-ci, en France, elle tourne à la ferme aux crocodiles. Celui qui sera élu en mai 2017 à l’Elysée ne sera pas le candidat le plus sérieux, le plus crédible, ni le plus intelligent. Ce sera le crocodile qui aura réussi à échapper aux assauts mortels de ses adversaires. Pour détruire ses concurrents, rien de plus efficace que les boules puantes, ces accusations qui ruinent une réputation. La liste est impressionnante : faux tracts, lettres anonymes, menaces, rumeurs, vidéos, accusations. En 2014, rien de nouveau sous le soleil politique. Les Décodeurs du Monde ont recensés les boules puantes qui agrémentent la guérilla interne de l’UMP, le parti que Sarkozy rêve de reconquérir. François Fillon, ancien premier ministre, aurait fait payer par l’UMP 300 000 euros de frais d’avion privés entre 2009 et 2010. Jean-François Copé, ancien président débarqué de l’UMP, aurait facturé 8000 euros par an ses trois téléphones portables. Rachida Dati, maire du 5e arrondissement de Paris, aurait facturé à son parti 9000 euros de billets de train et 4000 euros de billets d’avion.
Au parti socialiste, ça ne vole pas plus haut. Le sénateur Robert Navarro est accusé d’avoir facturé à son parti, en trois ans, 40 000 euros de pizza. « Deux vidéos mettent en cause un homme - présenté comme le sénateur-maire PS de Clamart Philippe Kaltenbach - en train de recevoir 1 000 euros en billets de 50. La discussion entre les deux hommes évoque l'attribution d'un logement à un tiers… » Dans les syndicats aussi, rien n’est trop bas pour affaiblir l’adversaire : la CGT doit se justifier des accusations d’avoir fait réaliser pour 130 000 euros de travaux pour loger son secrétaire général. A chaque fois, c’est à la presse que les petits camarades refilent les boules puantes.  Bref, occupez-vous de mes amis, mes ennemis je m’en charge !
Mais la lutte pour le pouvoir a pris ces temps-ci une forme de tsunami, avec une boule puante à fragmentation. Je résume : les deux enquêteurs-vedette du Monde publient un livre au titre ravageur : « Sarko s’est tuer ». Ce ne sont pas vraiment des copains de l’ancien président de la République. Ce sont eux qui ont révélé les scandales : les affaires Bettencourt, de l’arbitrage Tapie, des comptes de campagne, de Bygmalion et des fausses factures de l’UMP. Dans leur livre-brûlot, les deux journalistes racontent que l’ancien premier ministre Fillon, devenu l’ennemi de Sarkozy, a demandé au secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, de faire pression pour que la justice accélère les procédures contre Sarkozy. "Mais tapez vite, tapez vite! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir. Alors agissez!", aurait lancé l'ex-Premier ministre, selon Jean-Pierre Jouyet qui confie "l'anecdote" aux journalistes.
Evidemment, Fillon hurle au complot et porte plainte en diffamation. Ses partisans jurent qu’il est victime d’une « polémique infâme ». Jean-Pierre Jouyet garde « de Conrart le silence prudent ». Tous les protagonistes de cette farce démentent, c’est de bonne guerre. Mais les journalistes du Monde affirment détenir un enregistrement de l’entretien avec Jouyet, qu’ils réservent à la justice.   
                     C’est que cette boule puante est à fragmentation. Que l’histoire soit vraie ou non, elle discrédite la candidature de Fillion à l’élection présidentielle de 2017. Elle met en cause la réputation de Jouyet, l’ami du président Hollande, connu pour aimer bavarder avec la presse. Le Point commente : « Au-delà des personnages en cause, cet article laisse entendre qu'un ancien Premier ministre pense que l'Élysée est en position de peser sur la justice. Autrement dit, il y aurait une pratique inavouable du pouvoir, celle de l'entre-soi des hautes sphères... Pour l'opinion, déjà très suspicieuse à ce sujet, les dégâts seront considérables si cette histoire devait prendre de l’ampleur. »
Curieusement, comme au billard à trois bandes, c’est Sarkozy qui pourrait bénéficier de cette chasse aux crocodiles : si Fillon a vraiment essayé de lui nuire avec le soutien de l’Elysée, il est carbonisé. Si Jouyet a commis l’imprudence de raconter l’affaire au Monde, il sautera, car Hollande ne pourra pas garder à son poste stratégique un homme aussi maladroit. Et François Hollande, déjà au comble de l’impopularité, passera une nouvelle fois comme un président qui case mal ses amis. Les Français n’avaient pas besoin de ce psychodrame politico-médiatique, tant ils  sont écoeurés de l’incompétence et de la corruption du monde politique. Heureusement l’affaire Nabilla, la bimbo inculpée pour tentative de meurtre sur son petit ami, vient égayer leur mois de novembre !

15:51 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2014

Loulou in the sky !

Vous vous souvenez sûrement de cette chanson des Beatles en 1967 : « Lucy in the sky with diamonds ». Une chanson psychédélique, un hommage discret et toujours nié au LSD. Eh bien, dans mon quotidien régional favori, Midi Libre, ce n’est pas Lucy qui est montée au ciel, mais Louis Nicollin, dit Loulou, rédacteur en chef d’un jour. Un poids lourd, Loulou, dans tous les sens du terme. Il accuse plus d’un quintal sur la balance, la bedaine avenante et la lippe gourmande. Le patron du groupe Nicollin qui vide les poubelles partout en France, en Belgique et au Maroc, 4500 collaborateurs, 300 millions de chiffre d’affaires. 300e fortune de France, président du club de football et du club de rugby de Montpellier, franc-maçon membre du Club des Cinquante. Selon le Figaro, « attaché aux traditions, Nicollin sponsorise les sports de boules et les joutes nautiques. Il est également propriétaire d'une manade de taureaux qui font le spectacle dans les courses camarguaises. Un sport confidentiel pratiqué entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et la banlieue de Montpellier, où les raseteurs, vêtus de blanc, tentent de décrocher un pompon et une ficelle accrochés aux cornes d'un taureau, dans le but de toucher une prime. »
Loulou, c’est, selon l’Obs, le « dinosaure du foot et la majesté des poubelles », le dirigeant le plus charismatique du foot français. Ce trublion fort en gueule adore les médias, qui le lui rendent bien : avec lui, le spectacle est permanent. Il provoque ses adversaires, le club de St Etienne : "Je leur pisse à la raie. C'est mal répondu, hein ? Non, mais c'est scandaleux. (...) Et les Stéphanois quand ils étaient premiers, ils avaient pris un teston, ils n'en pouvaient plus ceux-là». Il insulte le supporters de son  club : "Ce ne sont pas des supporters, c'est des grosses merdes, c'est tout. Il y a des braves gens qui sont là, qui agitent les drapeaux et tout mais il y a quatre ou cinq cons et ça, ça me fait chier ». Loulou a été plusieurs fois sanctionné par le comité d’éthique de la Ligue de football et condamné par la justice. Mais ça ne l’a pas calmé, il récidive dès qu’il en a envie. Loulou est intouchable, tout le monde le soutient, il était copain comme cochon avec l’ancien président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, une grande gueule comme lui, avec qui il partageait le goût des blagues machistes. Il n’y a que Cohn-Bendit pour lui dire que, 40 ans à la tête d’un club, ça suffit ! Mais Loulou n’est pas prêt de passer la main. C’est le bienfaiteur du sport de Montpellier. Il a compris depuis longtemps que le sport lui ouvre les portes des maires qui cherchent quelqu’un pour vider leurs poubelles. Un business très juteux.
Chaque semaine, le grand quotidien régional Midi Libre sert la soupe à Loulou et à son club de foot. Il guette ses bons mots, il compatit à ses malheurs, quand le stade est inondé, il jubile quand paraît un livre pour les 40 ans du club. Selon la rumeur, Loulou donnerait chaque année plus d’un million d’euros de pub au quotidien. Pour lui renvoyer l’ascenseur, Midi Libre l’a désigné comme rédacteur en chef d’un  jour et il a dialogué avec ses lecteurs-admirateurs.
Selon la rédaction, «il a réagi à plusieurs sujets d'actualité avec son franc-parler habituel». C’est rien de le dire, il faut l’entendre ! Florilège des pensées du président Loulou :  à propos des manifestations violentes autour du barrage de Siens : "C'est triste, ce jeune, qui est mort, c'est emmerdant, mais il faut arrêter de taper sur les flics… ». Un sondage annonce Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle : " (...) ils sont moins fachos qu'avant. Il y a une nouvelle génération. Regardez Marion Maréchal Le Pen, elle est jolie comme un coeur et elle a oublié d'être con". Ses liens avec les élus : "Moi, je fais les poubelles à droite, à gauche, aux communistes (...) Nicolas Sarkozy est un ami. Au national je vote à droite, mais localement, avec Frêche, je votais à gauche. (...) Couderc est le maire le plus con que j'ai jamais connu. Alors que je soutenais l'ASBH, il ne nous a jamais filé de subvention. Ménard peut pas être plus con que Couderc. Demain on travaillerait à Béziers, ça ne me déplairait pas de me réinvestir à l'ASB.. Cette ville est vouée au rugby et aux taureaux ! » La fusion des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées : "Ca m'emmerde ! Je suis contre. » La finesse de la réflexion et l’élégance de la pensée, on vous dit !
Le Sud est comme ça, il adore les caractères forts et les grandes gueules. A  Paris, on considère Loulou comme un millionnaire excentrique et un dirigeant de club mégalomane. A Montpellier, on l’adore justement pour ça. Pourtant, les dérapages de Loulou dans ses affaires l’ont conduit au tribunal. Selon Capital : « En 2003, il a écopé de dix-huit mois avec sursis et 50 000 euros d’amende pour abus de biens sociaux : il avait arrosé des bureaux d’études lyonnais pour décrocher des marchés de collecte d’ordures. En 1996, d’un an de prison avec sursis et près de 500 000 francs d’amende pour une affaire de fraude électorale à la chambre de commerce et d’industrie de Montpellier. ». Broutilles, tout ça, balance Loulou ! Le jour où il s’arrêtera de faire de l’argent, d’arroser les municipalités et de déconner, c’est que son coeur l’aura lâché, comme son pote Frêche.

23:33 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

02/11/2014

La France de la castagne

Non, même si c’est la saison en Cévennes, je ne vais pas vous parler de châtaigne, mais de baston, de bagarre, de méchant coup. Les Français n’ont jamais été réputés pour leur capacité à écouter l’avis des autres. Quand on leur parle tolérance envers autrui, ils oublient cette pensée attribuée à Voltaire : «Je déteste ce que tu dis,  mais je me ferais tuer pour que tu puisses toujours le dire». Ils préfèrent Paul Claudel, qui proclamait : « La tolérance, il y des maisons pour ça ». Le compromis pour régler un problème, en France, c’est presque un gros mot. En Allemagne, aux Etats-Unis, dans les pays scandinaves et en Suisse, c’est le moyen le plus civilisé de faire de la politique. Je ne sais pas si cela tient à l’histoire de France - la Terreur comme arme de gouvernement - ou à l’évolution des mentalités. Mais en politique et dans les médias, la France a une culture de la castagne. On ne cherche pas à convaincre, mais à tuer à coup de phrases assassines et d’attaques personnelles. Vous vous souvenez de Sarkozy, qui voulait pendre de Villepin à un croc de boucher ? Ou de Jean-Luc Mélanchon, qui traitait François Hollande de « capitaine de pédalo » ? ou encore du député Yves Jégo qui comparait François Fillion à "un pitbull avec une tête de Snoopy ».
A la radio et à la télévision, le débat, c’est du catch, coco : il faut que ça cogne et que ça saigne ! Alors pour faire le spectacle, on invite les grandes gueules extrémistes, genre Eric Zemmour ou Mélanchon. Dialoguer, convaincre, pas question. On se croirait dans « Les tontons flingueurs» : « Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon Puzzle. Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus: je dynamite, je disperse, je ventile! » Le public adore et en redemande. Ca vous rire ? Moi pas.
Cette intolérance et ce mépris pour l’autre, cela empêche le monde politique français de négocier pour trouver des solutions aux graves problèmes, comme le chômage, la relance de l’économie ou l’aménagement du territoire. Le gouvernement, le patronat et les syndicats ne cherchent pas le consensus, mais l’affrontement. Face à la contestation, le scénario est écrit d’avance : manifestation, débordement, répression. Faute de dialogue, on envoie les flics casqués et armés contre les manifestants. Des exemples ?  Les licenciés de l’usine de pneus Continental, qui saccagent une sous-préfecture, les bonnets rouges bretons qui détruisent les portiques de l’écotaxe, les écologistes qui fauchent les plantations d’OGM.
En France, il ne fait pas bon être chômeur ou jeune sans qualification dans les banlieues. Pour les jeunes Français qui ont bac+5 et qui décrochent un contrat à durée déterminée, payé au Smic, l’exaspération conduit parfois à la contestation violente : on ne m’écoute pas, on me rejette, on me propose un boulot sans avenir, alors je vais détruire cette société. C’est le rêve du Grand Soir, comme leurs grands-parents en mai 68. Il y a de quoi être en colère quand le monde politique continue ses petits jeux de pouvoir (Sarko, le retour), quand des députés fraudent le fisc (60 parlementaires impliqués), quand des grands patrons s’offrent une retraite en or (21 millions pour le PDG d’EFF-Suez). Les hommes politiques vivent dans un bulle : quand on gagne 10000 euros par mois, pas facile de comprendre le désespoir des Français qui vivent avec 500 euros.
Le gouvernement est autiste : il est paralysé par le Front national qui ratisse large à coup de slogans démagogiques. Il ne veut pas entendre le ras-le-bol des Français, qui refont le monde au Café du Commerce : on a essayé la droite, puis la gauche, alors pourquoi pas Marine Le Pen ?  Le gouvernement ne comprend pas, comme le souligne Le Monde que « la défense de l’environnement, des espaces et espèces protégés, se confond avec un discours altermondialiste de refus des logiques de productivité libérale et réunit une minorité déterminée, héritière des éco-guerriers anglo-saxons et des black blocs anarchistes ». Qui vous parle d’écologie ? La jacquerie est dans la rue ! C’est de la société capitaliste que les altermondialistes veulent la peau ! Il n’y a pas que les Verts qui sont dépassés par les « professionnels de la contestation ». Le président, son premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont été aux abonnés absents pendant deux jours après la mort d’un militant écolo tué par la police, lors d’une manifestation contre un projet de barrage.
Dans un éditorial intitulé « Un terrible gâchis », Le Monde pose la question : « Comment est-il possible que l’on ne puisse, en la matière, aboutir à un débat démocratique maîtrisé ? »Le pire n’est jamais sûr, surtout en politique. Mais les crispations de la société française et l’affrontement des ambitions, à droite comme à gauche, ne donnent pas un signe d’encouragement.






23:47 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (2)