09/11/2014

France : Boule puante à fragmentation

La course à la présidence n’a jamais été une partie de croquet. Mais, ces jours-ci, en France, elle tourne à la ferme aux crocodiles. Celui qui sera élu en mai 2017 à l’Elysée ne sera pas le candidat le plus sérieux, le plus crédible, ni le plus intelligent. Ce sera le crocodile qui aura réussi à échapper aux assauts mortels de ses adversaires. Pour détruire ses concurrents, rien de plus efficace que les boules puantes, ces accusations qui ruinent une réputation. La liste est impressionnante : faux tracts, lettres anonymes, menaces, rumeurs, vidéos, accusations. En 2014, rien de nouveau sous le soleil politique. Les Décodeurs du Monde ont recensés les boules puantes qui agrémentent la guérilla interne de l’UMP, le parti que Sarkozy rêve de reconquérir. François Fillon, ancien premier ministre, aurait fait payer par l’UMP 300 000 euros de frais d’avion privés entre 2009 et 2010. Jean-François Copé, ancien président débarqué de l’UMP, aurait facturé 8000 euros par an ses trois téléphones portables. Rachida Dati, maire du 5e arrondissement de Paris, aurait facturé à son parti 9000 euros de billets de train et 4000 euros de billets d’avion.
Au parti socialiste, ça ne vole pas plus haut. Le sénateur Robert Navarro est accusé d’avoir facturé à son parti, en trois ans, 40 000 euros de pizza. « Deux vidéos mettent en cause un homme - présenté comme le sénateur-maire PS de Clamart Philippe Kaltenbach - en train de recevoir 1 000 euros en billets de 50. La discussion entre les deux hommes évoque l'attribution d'un logement à un tiers… » Dans les syndicats aussi, rien n’est trop bas pour affaiblir l’adversaire : la CGT doit se justifier des accusations d’avoir fait réaliser pour 130 000 euros de travaux pour loger son secrétaire général. A chaque fois, c’est à la presse que les petits camarades refilent les boules puantes.  Bref, occupez-vous de mes amis, mes ennemis je m’en charge !
Mais la lutte pour le pouvoir a pris ces temps-ci une forme de tsunami, avec une boule puante à fragmentation. Je résume : les deux enquêteurs-vedette du Monde publient un livre au titre ravageur : « Sarko s’est tuer ». Ce ne sont pas vraiment des copains de l’ancien président de la République. Ce sont eux qui ont révélé les scandales : les affaires Bettencourt, de l’arbitrage Tapie, des comptes de campagne, de Bygmalion et des fausses factures de l’UMP. Dans leur livre-brûlot, les deux journalistes racontent que l’ancien premier ministre Fillon, devenu l’ennemi de Sarkozy, a demandé au secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, de faire pression pour que la justice accélère les procédures contre Sarkozy. "Mais tapez vite, tapez vite! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir. Alors agissez!", aurait lancé l'ex-Premier ministre, selon Jean-Pierre Jouyet qui confie "l'anecdote" aux journalistes.
Evidemment, Fillon hurle au complot et porte plainte en diffamation. Ses partisans jurent qu’il est victime d’une « polémique infâme ». Jean-Pierre Jouyet garde « de Conrart le silence prudent ». Tous les protagonistes de cette farce démentent, c’est de bonne guerre. Mais les journalistes du Monde affirment détenir un enregistrement de l’entretien avec Jouyet, qu’ils réservent à la justice.   
                     C’est que cette boule puante est à fragmentation. Que l’histoire soit vraie ou non, elle discrédite la candidature de Fillion à l’élection présidentielle de 2017. Elle met en cause la réputation de Jouyet, l’ami du président Hollande, connu pour aimer bavarder avec la presse. Le Point commente : « Au-delà des personnages en cause, cet article laisse entendre qu'un ancien Premier ministre pense que l'Élysée est en position de peser sur la justice. Autrement dit, il y aurait une pratique inavouable du pouvoir, celle de l'entre-soi des hautes sphères... Pour l'opinion, déjà très suspicieuse à ce sujet, les dégâts seront considérables si cette histoire devait prendre de l’ampleur. »
Curieusement, comme au billard à trois bandes, c’est Sarkozy qui pourrait bénéficier de cette chasse aux crocodiles : si Fillon a vraiment essayé de lui nuire avec le soutien de l’Elysée, il est carbonisé. Si Jouyet a commis l’imprudence de raconter l’affaire au Monde, il sautera, car Hollande ne pourra pas garder à son poste stratégique un homme aussi maladroit. Et François Hollande, déjà au comble de l’impopularité, passera une nouvelle fois comme un président qui case mal ses amis. Les Français n’avaient pas besoin de ce psychodrame politico-médiatique, tant ils  sont écoeurés de l’incompétence et de la corruption du monde politique. Heureusement l’affaire Nabilla, la bimbo inculpée pour tentative de meurtre sur son petit ami, vient égayer leur mois de novembre !

15:51 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

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