02/11/2014

La France de la castagne

Non, même si c’est la saison en Cévennes, je ne vais pas vous parler de châtaigne, mais de baston, de bagarre, de méchant coup. Les Français n’ont jamais été réputés pour leur capacité à écouter l’avis des autres. Quand on leur parle tolérance envers autrui, ils oublient cette pensée attribuée à Voltaire : «Je déteste ce que tu dis,  mais je me ferais tuer pour que tu puisses toujours le dire». Ils préfèrent Paul Claudel, qui proclamait : « La tolérance, il y des maisons pour ça ». Le compromis pour régler un problème, en France, c’est presque un gros mot. En Allemagne, aux Etats-Unis, dans les pays scandinaves et en Suisse, c’est le moyen le plus civilisé de faire de la politique. Je ne sais pas si cela tient à l’histoire de France - la Terreur comme arme de gouvernement - ou à l’évolution des mentalités. Mais en politique et dans les médias, la France a une culture de la castagne. On ne cherche pas à convaincre, mais à tuer à coup de phrases assassines et d’attaques personnelles. Vous vous souvenez de Sarkozy, qui voulait pendre de Villepin à un croc de boucher ? Ou de Jean-Luc Mélanchon, qui traitait François Hollande de « capitaine de pédalo » ? ou encore du député Yves Jégo qui comparait François Fillion à "un pitbull avec une tête de Snoopy ».
A la radio et à la télévision, le débat, c’est du catch, coco : il faut que ça cogne et que ça saigne ! Alors pour faire le spectacle, on invite les grandes gueules extrémistes, genre Eric Zemmour ou Mélanchon. Dialoguer, convaincre, pas question. On se croirait dans « Les tontons flingueurs» : « Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon Puzzle. Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus: je dynamite, je disperse, je ventile! » Le public adore et en redemande. Ca vous rire ? Moi pas.
Cette intolérance et ce mépris pour l’autre, cela empêche le monde politique français de négocier pour trouver des solutions aux graves problèmes, comme le chômage, la relance de l’économie ou l’aménagement du territoire. Le gouvernement, le patronat et les syndicats ne cherchent pas le consensus, mais l’affrontement. Face à la contestation, le scénario est écrit d’avance : manifestation, débordement, répression. Faute de dialogue, on envoie les flics casqués et armés contre les manifestants. Des exemples ?  Les licenciés de l’usine de pneus Continental, qui saccagent une sous-préfecture, les bonnets rouges bretons qui détruisent les portiques de l’écotaxe, les écologistes qui fauchent les plantations d’OGM.
En France, il ne fait pas bon être chômeur ou jeune sans qualification dans les banlieues. Pour les jeunes Français qui ont bac+5 et qui décrochent un contrat à durée déterminée, payé au Smic, l’exaspération conduit parfois à la contestation violente : on ne m’écoute pas, on me rejette, on me propose un boulot sans avenir, alors je vais détruire cette société. C’est le rêve du Grand Soir, comme leurs grands-parents en mai 68. Il y a de quoi être en colère quand le monde politique continue ses petits jeux de pouvoir (Sarko, le retour), quand des députés fraudent le fisc (60 parlementaires impliqués), quand des grands patrons s’offrent une retraite en or (21 millions pour le PDG d’EFF-Suez). Les hommes politiques vivent dans un bulle : quand on gagne 10000 euros par mois, pas facile de comprendre le désespoir des Français qui vivent avec 500 euros.
Le gouvernement est autiste : il est paralysé par le Front national qui ratisse large à coup de slogans démagogiques. Il ne veut pas entendre le ras-le-bol des Français, qui refont le monde au Café du Commerce : on a essayé la droite, puis la gauche, alors pourquoi pas Marine Le Pen ?  Le gouvernement ne comprend pas, comme le souligne Le Monde que « la défense de l’environnement, des espaces et espèces protégés, se confond avec un discours altermondialiste de refus des logiques de productivité libérale et réunit une minorité déterminée, héritière des éco-guerriers anglo-saxons et des black blocs anarchistes ». Qui vous parle d’écologie ? La jacquerie est dans la rue ! C’est de la société capitaliste que les altermondialistes veulent la peau ! Il n’y a pas que les Verts qui sont dépassés par les « professionnels de la contestation ». Le président, son premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont été aux abonnés absents pendant deux jours après la mort d’un militant écolo tué par la police, lors d’une manifestation contre un projet de barrage.
Dans un éditorial intitulé « Un terrible gâchis », Le Monde pose la question : « Comment est-il possible que l’on ne puisse, en la matière, aboutir à un débat démocratique maîtrisé ? »Le pire n’est jamais sûr, surtout en politique. Mais les crispations de la société française et l’affrontement des ambitions, à droite comme à gauche, ne donnent pas un signe d’encouragement.






23:47 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Excellent article qui montre que vous avez tout compris de la France.
Avec un petit bémol néanmoins : les français sont devenus un peuple d'assistés. Ce qui explique d'ailleurs en partie leur propension à gueuler.
C'est toujours de la faute des autres. C'est dans la culture française. Molière, Voltaire se moquaient des puissants et il n'y a pas si longtemps les chansonniers tournaient en dérision les hommes et les lois.
Critiquer, ridiculiser, et au besoin casser est le seul moyen de se faire entendre. Avec un Etat monarchiste pareil, c'en devient compréhensible.

Écrit par : Lambert | 04/11/2014

Cet article est un amalgame stigmatisant "les français" alors qu'il s'agit comme dans tous les pays du monde d'individus indépendant intellectuellement et ayant chacun ses visions personnelles.
Définir le caractère des humains d'après leur nationalité c'est le genre de raisonnement qu'ont les enfants. Chaque humains est différents et cela même si ils ont la même nationalité.
Quant je lit votre article vous mettez dans le même paniers tous les français, alors qu'il y a tellement de différentes visions dans ce pays, les débats en tout genre sont bien la preuve qu'ils n'agissent pas tous de la même manière.
Vous pouvez parlez de mouvement, ou de groupe de personne, mais en aucun cas d'utiliser le terme "les français" pour désigner certains français c'est ce que'on appel la stigmatisation.
Est-ce qu'en Suisse nous somme tous pareil? les résultats des votation souvent serré démontre bien les différences d'opinions très divers qui composent un pays.

Ma femme est française, et pourtant je ne la retrouve absolument pas dans votre article. Ni ses frères et ni le reste de sa famille d'ailleurs. Ce qui différencie les gens se sont leur éducation, cela dépend des cultures familiales. Vous trouverez en France, comme en Suisse des personnes qui corresponde à votre article et vous trouverez l'exemple opposé.

Même si certaines choses que vous dite ont du sens, elle s'applique au fonctionnement du pays, et non aux individus représentant la population.

Imaginez que l'on dise que les genevois sont des xénophobes râleurs qui vote MCG il mette tous les problème sur les étrangers plutôt que se remettre en question, ça risque surement de déranger une grande partie de la population, de même si vous dite que les genevois sont de gauchistes-écolos mais cette fois ça ne représenterai pas une autre partie de la population.

Je pense qu'aujourd'hui le niveau des débats politiques est remplis de ce genre d’amalgame qui créé plus de désinformation et de prises de positions de plus en plus extrêmes et surtout absolument pas constructives. Je pense que bien choisir ses mots est d'une importance primordial pour éviter tout qui propos et ne pas radicaliser les gens les uns contre les autres.

Écrit par : Steve | 05/11/2014

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