27/10/2014

Payer l’impôt, sans blague !

L’Etat, c’est pour moi. Ca pourrait être la devise de la France. Les Français attendent tout de l’Etat, mais ils ne veulent pas payer d’impôts pour financer ses largesses. Encore un paradoxe français ! Quand leur entreprise licencie, quand leur vin ne se vend plus, les Français vont pleurer auprès de l’Etat pour qu’il ouvre son parapluie protecteur contre la mondialisation et qu’il indemnise leurs pertes. L’Etat leur doit bien ça, avec tout le pognon qu’il leur pique en impôts et en taxes !
C’est vrai que les contribuables français sont les moutons les mieux tondus d’Europe. D’accord, un Français sur deux ne paie pas un centime d’impôt sur le revenu. Mais les fonctionnaires du ministère des Finances et des collectivités locales ont une imagination sans limite pour le matraquage fiscal : impôt de solidarité sur la fortune, contribution sociale généralisée, taxe foncière, taxe d’habitation, droit de succession, impôt sur les sociétés, j’en oublie et des meilleurs. Même la Commission européenne se fâche : il y a trop d’impôts en France.
Au Café du Commerce, ça gueule fort : « L’Etat ne fait rien, il nous pompe toute notre vie ». Selon le Figaro, les Français sont « d'accord pour payer des impôts, mais ras-le-bol de l'inventivité des politiques pour en créer sans arrêt des nouveaux; ras-le-bol de la façon dont ces impôts sanctionnent l'épargne et l'investissement; ras-le-bol de la façon dont ils sont dépensés par l'Etat et les collectivités locales. » Des économies dans le budget de l’Etat et des régions ? Mais on en fait déjà - ou, plutôt. on promet qu’on va en faire : 21 milliards d’euros. Une somme vertigineuse pour le Français moyen. En réalité, une goutte d’eau quand le déficit de la France dépasse 2000 milliards.
Pendant que la France d’en-bas gronde contre l’appétit du fisc, celle d’en haut cherche des moyens de ne pas payer d’impôts. Bien sûr, il y a les exilés fiscaux en Suisse ou en Belgique - les sportifs, les artistes et les grandes fortunes discrètes. Mais les méchants Helvètes veulent les priver du forfait fiscal. Il y a aussi les multinationales comme Total, qui ne paient pas d’impôt parce qu’elles perdent de l’argent. Les Français effarés découvrent que leurs hommes politiques, pour lesquels ils n’avaient déjà pas beaucoup de tendresse, se comportent comme des voyous et fraudent le fisc à tout va. La France entière avait hurlé quand le ministre du budget Jérôme Cahuzac avait juré qu’il n’avait pas de compte en Suisse, alors qu’il y planquait 600 000 euros. Les Français avaient ricané quand le secrétaire d’Etat Thomas Thévenoz avait « oublié » de payer ses impôts depuis trois ans. Pas seulement ses impôts, son loyer et ses contraventions aussi, pour cause d’allergie administrative ! En mars 2013, ce champion de la fraude fiscale et grand copain de l’ex-ministre Montebourg est élu vice-président du groupe socialiste et dans la foulée il est nommé vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale et a été membre de la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac. Mais les Français en perdent la voix quand le Canard Enchaîné, à qui les fonctionnaires refilent des dossiers quand ils n’en peuvent plus des magouilles, révèle qu’une soixantaine de parlementaires seraient en délicatesse avec leurs impôts. En clair, ils fraudent le fisc. C’est vraiment « tous pourris » !
Depuis un an, tous les parlementaires doivent déclarer leurs revenus et leur fortune. Une Haute Autorité sur la transparence de la vie publique - ça a de la gueule, ça ! - vérifie s’ils disent la vérité, main dans la main avec l’administration fiscale. Le pompon, ce sont les explications des politiciens. Un député avait oublié de déclarer un compte en Suisse, ouvert par son papa maraîcher à Genève quand la gauche est arrivée au pouvoir sous Mitterrand.  « Dans mon esprit, cet argent n’était pas à moi. C’était un héritage, je n’ai d’ailleurs jamais versé un centime dessus. » On en pleurerait pour le pauvre député ! Un sénateur avait sous-estimé la valeur de son appartement à Paris : « Ce bien est dans ma famille depuis les années 1930, et je n’y avais pas prêté vraiment attention ». Alzheimer, on vous dit !
Vous n’avez encore rien vu : Gilles Carrez, le président de la commission des finances de l’assemblée a réussi à éviter de payer l’impôt de solidarité sur la fortune, en retranchant 30% de la valeur de sa maison. Légal, sauf si vous êtes propriétaire à travers une société civile immobilière.  Carrez est bien placé sur pour le savoir, puisque le député est justement l'auteur de l'amendement qui a porté l'abattement de 20 à 30%, en 2007.«Dans mon esprit, c'était pour la résidence principale quelle que soit la modalité de détention.» SCI ou pas SCI, «ce qui était important, c'était qu'on y habite!» Puisque l’expert vous le dit !
Les politiciens ne sont pas à plaindre : après impôts et charges sociales, un député dispose d’un revenu de 10 000 euros par mois, sans compter qu’il ne paie ni le train en 1ère, ni le métro, ni le taxi. Et s’il est  battu aux élections, il touche une confortable retraite. Le monde politique vit sur une autre planète : pas de souci d’argent, pas de recherche d’emploi, une bonne connaissance des lois. Si on peut, en plus, économiser sur ses impôts, tout en matraquant ses concitoyens, pourquoi se priver ? Comme le disait en 1907 Joseph Caillaux, ministre des Finances de Clémenceau : « Faites payer les pauvres ! Bien sûr, les riches ont la capacité de supporter des impôts bien plus lourds, mais les pauvres sont tellement plus nombreux ».

22:21 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

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