29/09/2014

Au secours, mon pharmacien fait grève !

La grève est vraiment un sport national en France. A peine, les pilotes d’Air France ont-ils décidé de rejoindre leurs cockpits que les pharmaciens vont fermer boutique. Motif : dire non au gouvernement qui veut libéraliser les professions réglementées. La profession de pharmacien est encadrée par la loi : pour ouvrir une officine, il faut une autorisation délivrée par l’administration à un professionnel qualifié qui respecte sa déontologie et qui accepte que ses tarifs soient fixés par l’Etat. Le gouvernement veut assouplir ce carcan en permettant la vente des médicaments non remboursés en grande surface et en autorisant des investisseurs extérieurs aux professions de santé à entrer au capital des officines. Les 22 000 pharmacies françaises sont vent debout : quoi, on va laisser Leclerc et les autres épiciers vendre du Bonviva, du Dakin ou du Lumirelax ? Et on va permettre à des assurances et autres prédateurs financiers de s’introduire dans le capital de nos boutiques ? Au secours !
Et pour alerter les patients qui n’y comprennent rien, les 37 professions réglementées ont lancé une pétition « Non à la déréglementation et à la financiarisation des professions libérales ». 59% des personnes interrogées trouvent que ce ne serait pas une bonne chose et 24% approuvent. Il n’y a pas que les pharmaciens : les notaires, les huissiers, les avocats, les serruriers, les chauffeurs de taxi - toutes ces professions libérales ne peuvent pratiquer que si elles ont des qualifications spécifiques. Selon l’inspection générale des finances, ces corporations ne se portent pas si mal :  certaines ont même une belle rente de situation. En juillet, le flamboyant Arnaud de Montebourg, ministre de l’Economie débarqué par François Hollande, annonçait « une trentaine de mesures destinées à mettre fin aux monopoles et à restituer aux Français l'équivalent de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat ». Selon ce rapport, la moitié des pharmaciens gagnait moins de 7671 euros nets par mois, la moitié plus encore. Bon d’accord, c’est des cacahouètes par rapport aux 29177 euros mensuels d’un greffier de tribunal de commerce.
C’est vrai, tous les pharmaciens ne font pas fortune, leur chiffre d’affaires ont diminué à cause des réformes de la Sécu, qui limite les remboursements. Mais le diable est dans les détails, selon une étude de KPMG, le spécialiste de l’audit et de l’expertise comptable, du mois d’avril sur 509 pharmacies. Le chiffre d’affaires des pharmaciens a bien baissé de 14%, mais - ô divine surprise ! - leur marge a augmenté de 31% par rapport au chiffre d’affaires. Pourquoi ? Elémentaire mon cher Watson : la parapharmacie (compléments alimentaires, lecteur de glycémie, poussettes) et les médicaments non-remboursés représentent le quart des affaires. Et la TVA sur ces vaches à lait est à 10% au lieu de 2% sur les médicaments.
Selon Medisite, le calcul des revenus des pharmaciens est tout sauf simple : il est calculé sur la valeur du point, le même pour tous, et le coefficient, selon l’ancienneté et le niveau de responsabilité. Il faut y ajouter les primes et les heures supplémentaires. Pour les propriétaires d’officine, il fait encore ajouter un dividende sur le capital investi. Selon Medisite, les pharmaciens sont rémunérés à la marge. « Sur chaque médicament délivré, l’officine touche une marge payée par la Sécurité sociale. ‘Cette marge est fixée en fonction du prix usine du médicament’, précise Philippe Besset, Président de la commission économique de la FSPF. Comment est calculée la marge? Par tranche de prix du médicament: 0 à 22,90 €, 22,91 à 150 €, plus de 150 €. Dans la première tranche, la marge est par exemple de 26,10%. A cette marge s’ajoute un forfait par boîte de médicament délivrée qui est de 0,53 centimes d’euros. » Attendez, c’est pas fini : quand un pharmacien délivre un médicament générique, il reçoit du laboratoire une remise qui peut atteindre 17%. Et quand il ouvre le dimanche, le soir et les jours fériés, il touche 75 euros et il facture les médicaments de 4 à 6 euros par ordonnance. Sans compter les juteuses commissions versées par les fabricants pour mettre leurs produits bien en évidence dans les pharmacies. Vous avez dit opaque !
Vous comprenez maintenant pourquoi nos chers pharmaciens se battent pour garder leurs privilèges. Les syndicats de la profession ont trouvé une moyen de sauver les meubles : « depuis le 28 octobre 2011, c'est en marche! Les députés ont adopté un nouveau mode de rémunération: la rémunération de l'acte de dispensation et à la performance. ‘Le pharmacien peut être rémunéré parce qu’il accompagne le patient dans le traitement de sa maladie chronique, parce qu’il organise des dépistages comme celui du diabète, parce qu’il contribue au programme d’éducation thérapeutique du patient*’.… Autres possibilités de rémunérations supplémentaires: ‘Les pharmaciens pourraient vérifier le statut vaccinal de la personne et lui indiquer les rappels à pratiquer’ » C’est vrai, les conseils de l'apothicaire n’ont pas de prix !
Face à la fronde des valeureux champions du caducée, le gouvernement hésite, comme d’habitude. S’il veut faire passer la pilule amère du budget de la Sécu, qui prévoit des économies de 2,9 milliards, ce n’est pas le moment de se mettre à dos les députés harcelés par les pharmaciens en colère.  Comme le racontait cette vieille histoire de pharmaciens : La pharmacienne: " A quelle caisse êtes-vous madame ? « . La cliente :" A la caisse d’épargne ! "



17:04 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

24/09/2014

Ces princes qui nous pilotent

C’était le rêve de tous les garçons. L’uniforme avec les galons dorés, la casquette, le teint bronzé, les lunettes noires, les grands voyages, les hôtels de luxe, les jolies hôtesses : pilote de ligne ! Mais ça ne fait plus rêver, depuis la guerre du Golfe. Avant, c’était le temps du prestige, des gros salaires. Le temps où voyager en avion était un privilège réservé aux riches. Fini tout ça : on peut aller passer ses vacances à New York pour 373 euros aller et retour. Si vous préférez voler Français, il vous en coûtera 669 euros !
Air France, mariée au néerlandais KLM, a pris en pleine figure les compagnies à bas prix (low cost en franglais) . Easy Jet, Ryanair et les autres flibustiers du ciel cassent les prix à tout va et les clients adorent. Fini le champagne à bord, les repas raffinés, les jolies hôtesses attentionnées. Aujourd’hui, l’avion, c’est l’autobus des airs. Et les compagnies traditionnelles, celles dont les noms faisaient rêver - Air France, British Airway, Swissair, Lufthansa, Alitalia, TWA, American Airline - luttent pour survivre. Elles ont fusionné ou même sombré. Pour garder la tête hors de l’eau, toutes les compagnies aériennes ont dû casser leurs prix : hors du low cost, pas de salut !
Evidemment, ces princes qui nous pilotent font la grimace. Quant on est commandant de bord sur A380 chez Air France, on gagne , selon Le Parisien, entre 155 000 et 196 000 euros par an pour 670 heures de travail par an. Sur Transavia, la filiale low cost, on doit se contenter de 139 000 à 160 000 euros par an, pour 700 heures de vol par an. Les pilotes français volent 20-25% de moins que leurs collègues européens.
Bon, d’accord, pilote de ligne, c’est un métier stressant, avec les horaires irréguliers, les changement de fuseaux horaires, la responsabilité de la vie des passagers. Mais quand les Français travaillent en moyenne plus de 1600 heures par an et gagnent en moyenne 2187 euros net par mois, il y a certainement plus malheureux qu’un pilote d’Air France ! Depuis plusieurs années, les dirigeants de la compagnie aérienne ont multiplié les plans sociaux. Comme le rappelle Le Monde : « En deux ans, le transporteur aérien a en particulier mis en œuvre deux programmes de réduction d’effectif. Son plan Transform, lancé à l’été 2012, à peine mis en œuvre en 2013, a nécessité une deuxième couche à l’automne. Ce devait être la dernière, avait promis M. de Juniac . La difficulté est que le monde ne s’arrête pas plus de tourner que les concurrents de se battre. Le PDG d’Air France-KLM a confirmé, devant l’assemblée générale de ses actionnaires mardi 20 mai, que les efforts de productivité et de réduction de coûts ne sont pas terminés. »
Alors, on peut comprendre que les pilotes s’inquiètent pour leur avenir, leur statut et leur salaire. On peut comprendre aussi que la communication passe très mal entre des dirigeants qui pensaient avoir trouvé le sésame et les personnels qui voient l’avenir en noir. Des heures de négociation n’ont servi à rien. Les pilotes réclament le même contrat pour les vols Air France et Transavia. La direction affirme : le coût à l'heure d'un pilote d'Air France est en moyenne 70 % plus élevé que chez Transavia, car les pilotes, à rémunération égale, effectuent d'avantage d'heures de vol sur la compagnie low cost. Alors, les syndicats de pilotes ont utilisé l’arme atomique : la grève. Elle fait très mal à tout le monde : en dix jours, 100 millions d’euros de pertes pour Air France, y compris les compensations financières aux passagers (jusqu’à 600 euros), l’affrètement d’avions d’autres compagnies (150 000 euros pour aller-retour transatlantique). La grève des pilotes provoque aussi des dégâts collatéraux, selon Le Point : « En moyenne, 270 000 passagers transitent chaque jour à Roissy-CDG et à Orly. Ils dépensent dans les boutiques, cafés, restaurants et différents services une vingtaine d'euros chacun. Avec un vol sur deux d'annulé, on peut estimer à 30 % la baisse du nombre de passagers. Au final, en huit jours, ce sont une quinzaine de millions d'euros qui manqueront dans les caisses des commerçants. À 120 euros la course aller-retour pour Roissy-CDG, on peut aussi calculer le manque à gagner pour les taxis, de l'ordre de dix millions d'euros en une semaine. Les parkings d'aéroports connaissent aussi ces pertes imprévues. »
La grève des pilotes est un symbole du mal français : pour défendre leurs privilèges, les princes du ciel abusent de leur droit de grève, ils risquent de tuer leur compagnie et ruinent les métiers qui dépendent d’eux. La France est malade des professions protégées qui font grève : les contrôleurs aériens, les conducteurs de TGV, les chauffeurs de taxis, les dockers. Les passagers, les autres catégories de navigants et le gouvernement sont excédés. Le gouvernement, qui contrôle 16% du capital d’Air France soutient la direction, mais hésite à intervenir, en attendant que l’opinion en colère, fasse plier les pilotes. Gouverner, c’est aussi savoir d’où vient le vent ! Courageux, le gouvernement, mais pas téméraire !



16:15 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

08/09/2014

Jérôme Kerviel des Bois

Vous connaissez beaucoup de détenus qui sont accueillis par une forêt de micros et de cameras à leur sortie de prison ? Je vous parle de Jérôme Kerviel, le trader qui a été condamné à 3 ans de prison pour avoir fait perdre 5 milliards à la Société générale. Il vient de sortir de cellule et a bénéficié d’un bracelet électronique. Le Parquet avait refusé cette mesure de clémence, parce que Kerviel ne remplissait pas les conditions. Mais son avocat a su faire jouer la pression médiatique. Si les 11 000 détenus qui portent un bracelet électronique avait eu un avocat aussi talentueux, les prisons françaises seraient vides !
Jérôme Kerviel, c’est le Robin des Bois du combat des braves gens contre les banques. Pas étonnant qu’il soit populaire dans un pays où le candidat François Hollande déclarait : « Mon ennemi, c’est la finance ». Kerviel, un brave garçon, égaré dans les salles de marché où les as de la spéculation jonglent avec leurs ordinateurs pour faire valser les milliards. Bien sûr, il a pris des risques, comme les autres, et il a fait gagner des milliards à la Société générale. Et puis, patatras ! Le marché s’est retourné et le malheureux Kerviel s’est retrouvé dans les chiffres rouges - rouges foncés ! Il a essayé de se refaire, mais trop tard, il a plongé. Et la Société générale a perdu 5 milliards. Pour sa défense, Kerviel a montré les dents : mes patrons savaient très bien ce que je faisais. Tant que leur faisait gagner de l’argent, ils n’ont rien dit. Je suis une victime du système !
Ca, c’est la belle histoire que notre Robin des Bois de la finance a vendu aux journalistes. Mais, devant le tribunal, difficile de raconter des fables. Quand le procureur lui avait demandé s’il avait créé des opérations fictives dans le système informatique pour masquer ses pertes ou des gains, Kerviel avait avoué. Il avait aussi reconnu qu’il avait fourni à ses supérieurs des explications non-crédibles et qu’il avait fabriqué de faux mails. Quand la juge lui avait demandé s’il avait le sentiment de défier le système, Kerviel avait répondu candidement : «Absolument pas. Dans les salles de marché, c'est un peu le sport national de planquer [ndlr : une partie de ses activités]. Tout le monde le fait, moi peut-être plus que les autres, mais j'essayais de rapporter le plus d'argent possible à la banque». On vous le répète : Candide au pays des requins de la finance !
Mais notre trader fou s’était payé les services d’un maître du barreau, Me Metzner, qui avait fait feu de tout bois pour prouver au tribunal que tout le monde à la banque connaissait les combines de Kerviel, que les contrôleurs avaient regardé de l’autre côté quand ils avaient eu des doutes. L’avocat avait transformé le procès de Kerviel en procès du système bancaire. Son client n’est, après tout, qu’un génie incompris de la finance. Quel talent ! Les juges avait condamné Kerviel à 3 ans de prison pour«abus de confiance», «faux et usage de faux» et «introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé»et au remboursement des 5 milliards perdus par la banque.  Evidemment, Kerviel avait fait appel et il avait obtenu que ce remboursement absurde soit supprimé. Mais la Société générale avait été absoute et elle avait fait rouler quelques têtes de cadres négligents. Fin de l’affaire Kerviel ! Pas du tout. Notre Robin des Bois a de la ressource.
A la suite d’un pari avec un copain journaliste, Kerviel avait été reçu par le pape en audience publique sous l’oeil des cameras. Puis, il avait décidé de marcher de Rome à Paris, en martyr de la justice. Succès médiatique assuré pour Kerviel, devenu barbu et quasi christique, qui voulait alerter l’opinion contre « la tyrannies des marchés ». Le petit soldat de la finance s’est transformé en combattant pour la bonne cause. Il est devenu une icône : Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle de 2012, s'est félicité de la libération de l'ex-trader Jérôme Kerviel mais il estime que "le combat pour la vérité et la justice continue" face à "l'oligarchie financière" dans cette affaire. Grâce à son bracelet électronique, Kerviel va exercer ses talents dans une société d’informatique en espérant une remise de peine. Mais on peut compter sur lui pour jouer de son image médiatique.
En écrivant cette chronique, je sais que je ne vais pas me faire des amis. Jouer à l’avocat du diable contre Jérôme Kerviel, c’est gonflé. Tant pis. Comme dit la sagesse populaire : qui n’entend qu’une cloche, n’entend qu’un son. Maintenant, vous aurez entendu un autre son !



15:38 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (1)

06/09/2014

Le Temps qui passe..

C’est une constante dans les médias : il faut lire les concurrents pour savoir ce qui se passe dans votre journal préféré. C’est La Liberté de Fribourg qui a annoncé que le groupe Ringier avait racheté la majorité du capital du quotidien Le Temps. Pour ceux qui n’ont pas suivi ce feuilleton : Le Temps avait été mis en vente en octobre dernier par ses propriétaires majoritaires, les groupes de presse Ringier et Tamedia. En avril, l’éditeur zurichois Ringier, qui détenait 46,25% du journal, a repris les parts de Tamedia (46,25%), devenant l’actionnaire majoritaire, à 92,5%. La Commission de la concurrence a donc donné son feu vert à cette nouvelle concentration dans la presse suisse. La Comco a tranché : un seul propriétaire, c’est mieux.
Vous me direz, ça arrive tous les jours, une entreprise qui en rachète une autre. Pas de quoi fouetter un chat. Sauf qu’un quotidien, ça n’est pas tout à fait une boîte comme les autres. Quand j’étais journaliste à Genève - je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître - il y avait dans cette ville quatre quotidiens indépendants, qui représentaient toutes les sensibilités politiques. J’ai assisté à la mort de deux d’entre eux. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un  quotidien de gauche, Le Courrier, qui survit grâce à ses rares abonnés. Le groupe de presse romand Edipresse, qui contrôlait la Tribune de Genève, a retiré ses billes du marché suisse, il y a deux ans, et vendu ses journaux suisses au groupe zurichois Tamedia. Le Temps a été partagé entre les deux barons de la presse suisse, Tamedia et son grand rival zurichois, Ringier, C’est donc à Zurich que se décide comment financer ce que les journaux genevois vont offrir à leurs lecteurs.
Le Temps est né en mars 1998 de la fusion du Nouveau Quotidien et du Journal de Genève et Gazette de Lausanne. Ce n’est pas un journal de gauche, il se classe au centre droit, il est bien-aimé des cadres et il se présente comme le quotidien de référence de la Suisse romande et francophone, dans les domaine politique, économique et culturel. Mais, la presse coûte cher. Pour enquêter, rechercher l’information, la vérifier et la diffuser, il faut de gros moyens financiers. Quand la publicité est en baisse, quand les abonnés se font rares, les propriétaires de journaux font comme tous les patrons : ils serrent les boulons. En novembre 2012, la direction du Temps avait négocié un plan social avec le syndicat des médias et des journalistes avaient été licenciés. Le quotidien avait cherché de nouvelles recettes en développant son offre numérique et ses boutiques de produits dérivés. Rien n’y a fait : ses deux actionnaires ont cherché à vendre le coûteux fleuron de leur boutique. Un groupe d’amis du Temps a bien essayé de réunir les millions nécessaires pour racheter le quotidien. Ringier et Tamedia les ont écarté sans ménagement. Pas sérieux, pas assez d’argent. Alors, l’un des barons zurichois a refilé sa part à l’autre, pour quelques millions.
Vous pensez que rien ne va changer pour Le Temps ? Naïfs que vous êtes ! Quand les vaches sont maigres, le fermier va chercher où trouver des sous. Le Temps loue à prix d’or des locaux situés dans la gare de Genève. Alors, les patrons de Ringier, qui ne sont pas des philanthropes, veulent déplacer les journalistes à Lausanne, à la rédaction de l’Hebdo. Et tant qu’à faire, ils veulent favoriser les synergies, en clair regrouper les deux rédactions et les forcer à collaborer. Ce qui arrive au Temps, c’est un phénomène qui frappe tous les médias : si on ne se concentre pas, on va mourir. Depuis des années, des experts fédéraux se penchent sur la presse suisse. Leur constat est sans appel : « En 2001, on dénombrait dix grands groupes de presse, contre sept en 2009 ; leur chiffre d’affaires global a passé de 6,9 milliards ( en 2001) à 5,9 milliards de francs (en 2009). Les éditions en ligne des principaux quotidiens alémaniques ont désormais un impact plus grand que les éditions sur papier. Globalement, en Suisse, la presse est prise dans une spirale négative. Le lectorat diminue, de même que les recettes publicitaires.Il est impossible d’en prévoir la fin. Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la durabilité du financement d’une information de qualité primordiale, pour la formation de l’opinion ».
Vous avez compris ? Si vous voulez continuer à lire de bons journaux, il faudra trouver des sous ! Ca tombe bien, la Commission fédérale des médias a justement des idées. Les journaux bénéficient d’une TVA à 2%. La COFEM propose d’en faire profiter tous les médias. Subventionner ses concurrents, pas vraiment un cadeau pour Le Temps. Selon Le Courrier : « Quant à l’aide indirecte de la Confédération – consistant en cinquante millions de francs annuels, versés à La Poste qui doit réduire d’autant ses coûts pour la distribution de journaux –, la commission suggère de la supprimer totalement. Selon elle, cette aide n’est «pas nécessaire» et «n’est plus guère efficace». Ca va coûter plus d’un million au Temps ! « En compensation, la COFEM propose de soutenir l’Agence télégraphique suisse (ATS). Par cette subvention, la commission attend de cette agence qu’elle fournisse ses services à un meilleur prix aux journaux suisses. En outre, des aides à la formation des journalistes et à des «projets d’innovation» (par exemple la création de contenus multimédias) sont envisagées. » Comme chacun sait, les conseillers ne sont jamais les payeurs et les promesses n’engagent que ceux qui y croient !
On peut vraiment craindre que l’avenir du Temps soit une version multimédias de l’info fastfood concoctée à Lausanne par les maîtres-queues à la sauce Ringier. Dites-moi que je me trompe !




16:50 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)