29/07/2014

Fraudes à la sauce helvétique


Dire que j’ai toujours cru que la Suisse était prospère grâce au dynamisme de ses patrons et au travail qualifié de ses salariés. Et non pas, comme vous peut-être, aux milliards cachés de la fraude fiscale, du trafic et de l’argent noir. Et bien, j’avais tout faux ! J’étais d’une naïveté à pleurer ! C’est le quotidien suisse Le Temps qui lève le lièvre : « La fraude au contrat de travail est une pratique répandue pour réduire ses charges. Expression à peine plus sophistiquée de sous-enchère salariale, elle touche la plupart des secteurs d’activité du pays. Les employés ne décomptent plus leurs heures. Ils sont en partie payés au noir ou à des tarifs moins avantageux. »

Vous avez bien lu ?  En Suisse, on pratique la fraude comme en Grèce, en Italie, en Espagne ! Ces pays où certains médecins grecs ne paient pas d’impôts, certains commerçants italiens oublient la TVA, les producteurs de tomates espagnols ne déclarent pas leurs ouvriers marocains. 

La Suisse n’est pas différente, mon bon Monsieur ! Selon Le Temps : « une entreprise romande de services, contrôlée début juillet, déclarait des salariés à 20%; ces derniers étaient en réalité actifs à 100%. Ce que l’on ignore encore, c’est si le salaire mensuel indiqué sur leur contrat à temps partiel correspond uniquement aux neuf heures théoriques de présence hebdomadaire – le reste étant payé au noir – ou s’il s’agit de l’enveloppe totale qui leur est versée pour leurs 45 heures d’activité par semaine. » Bref « un salaire partiel pour un plein-temps ». Autre exemple, dans le bâtiment : des maçons déclarés à temps partiel, mais qui travaillent à plein temps, « ramassés pour la journée aux abords de stations-service ou de kebabs, établissements dont les propriétaires se confondent souvent avec les sous-traitants de la construction. » C’est du propre ! La fraude  touche surtout le nettoyage, la location de services, l’hôtellerie-restauration, la sécurité, le jardinage, la construction, les boutiques de luxe - des secteurs qui emploient beaucoup de main d’oeuvre étrangère. Pour le patron-voyou, c’est tout bénef : un salaire au noir, moins d’impôts et moins de cotisations sociales. 

Pour contourner la loi, tous les trucs sont bon : on fait faillite à répétition, on paie en-dessous des conventions collectives, on n’enregistre pas les travailleurs temporaires, on se déclare indépendant quand on est salarié. Des cas isolés, vous voulez rire ! Selon le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs, la fraude « s’observe sur tous les chantiers et concerne des personnes établies en Suisse, souvent de longue date, et pas ­forcément en situation irrégulière…jusqu’à un dixième des ouvriers du bâtiment de l’Arc lémanique pourraient être affectés notamment par des contrats truqués. ». Mais que fait la police ? En Suisse, les syndicats collaborent avec l’inspection du travail sur les chantiers pour débusquer les travailleurs non déclarés.

Il y encore mieux, ou pire, c’est selon : le faux contrat de travail qui permet d’avoir une autorisation de séjour en Suisse, le fameux permis B, valable 5 ans, renouvelable, qui permet de travailler partout en Suisse et d’avoir droit à l’aide sociale. Toujours selon Le Temps : « Pour environ 3000 euros, il est aujourd’hui possible pour un ressortissant de l’Union européenne d’acheter un contrat de travail ­artificiel et de s’installer en Suisse. Toutefois, le document, libellé par une entreprise légalement implantée sur le territoire helvétique, n’offre aucune activité réelle à la clé. Les sociétés qui le commercialisent ne sont rien d’autre que des boîtes aux lettres». C’est un journal zurichois, la Weltwoche, qui a révélé la combine : si vous avez un contrat de travail -faux ou authentique - d’au moins un an, vous pourrez ensuite chercher un emploi légal pendant 4 ans, toucher le chômage et l’aide sociale. Le pactole helvétique, quoi !

Le journal dénonce « un dispositif maffieux, avec de faux patrons, de vraies sous-locations dans des quartiers chics de Zurich; le tout basé sur le témoignage d’une ­ressortissante d’origine colombienne, détentrice d’un passeport espagnol et au bénéfice d’un faux contrat de travail acheté pour quelques milliers d’euros». En janvier, un vendeur de faux contrats de travail a été arrêté. Il les vendait à des Roumains et des Polonais pour travailler au noir ou toucher l’aide sociale.

C’est pas en France que tout ça arriverait. Ah bon, ça existe aussi les officines qui vous procurent pour quelques milliers d’euros de faux certificats de salaire, des attestations de domicile bidon ou des notes de frais factices ? Dans le département où j’habite, le Gard, les amendes pour fraude fiscale ont dépassé 45 millions d’euros l’an dernier, en hausse de 3%. Fausses factures, oubli de l’impôt sur la fortune (ISF), délocalisation fictive en Espagne, investissements bidon sur des champs de bananiers outre-mer. L’imagination des fraudeurs est sans limites. C’est vrai qu’en France, la fraude fiscale est plus populaire que le football ou la pétanque. Même les hommes politiques sont pris les doigts dans le pot de confiture. Comme Jean-François Copé, l’ex-président de l’UMP, empêtré dans le scandale du financement illégal de la campagne de Sarkozy, qui déclarait qu’il fallait arrêter de taper sur les pauvres hommes politiques qui se mettent au service de la France.

 

 

 

 

 

 

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26/07/2014

Heureux comme un millionnaire en Suisse


« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. ». Le bon Jean de la Fontaine devait avoir du sang suisse. Les Suisses ne sont pas connus pour être pressés quand il s’agit d’argent ! Prenez par exemple l’initiative populaire fédérale « Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires », lancée par la gauche helvétique. Elle veut inscrire dans la Constitution suisse l’abolition des forfaits fiscaux accordés aux riches étrangers résidant en Suisse. Le comité a commencé à récolter les 100 000 signatures en avril 2011. Il a déposé le texte en octobre 2012. Le gouvernement fédéral a publié son message en juin 2013 et le Parlement a rejeté l’initiative en juin 2014. Les électeurs diront le 30 novembre s’ils acceptent l’initiative. 43 mois de réflexion ! Les Suisses sont les champions incontestés de la lenteur législative. Les 5700 millionnaires étrangers résidant en Suisse peuvent dormir tranquilles : il n’y pas le feu au lac !

Ce forfait fiscal, joliment appelé « imposition d’après la dépense » fait les délices de richissimes chefs d’entreprise (Ingmar Kamprad, Ikea ; la famille Mulliez, Auchan), de sportifs (Jean-Wilfried Tsonga) et d’artistes (Johnny Halliday quand il était résident de Gstaad) et les choux gras de leurs conseillers fiscaux en Suisse. Ils ont négocié avec l’administration fiscale un forfait pour leurs clients étrangers, à condition qu’ils ne travaillent pas en Suisse. Ces millionnaires sont imposés sur leur train de vie, au moins 400 000 francs suisse de dépenses annuelles (environ 330 000 euros) et 7 fois la valeur locative de leur logement, au total 650 000 francs suisses (environ 530 000 euros). Bon, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Mais le fisc n’est pas trop gourmand : à Genève, il prélève 33% de ces dépenses, soit actuellement 217 000 francs suisses (environ 178 000 euros). Dans un de ses rares moments de sincérité fiscale, Johnny avait révélé aux lecteurs suisses qu’il payait en Suisse environ 400 000 euros d’impôts contre 4 millions en France: y a pas photo !

Six cantons suisses, à vocation touristique, pratiquent le forfait fiscal, notamment Genève, Vaud et Valais. D’autres cantons y ont renoncé ou ont durci l’accès aux paradis fiscaux. L’an dernier, 700 millions de francs suisses (environ 575 millions d’euros) sont tombés dans les caisses du fisc. Pas le Pérou, mais un bel argument pour attirer en Suisse les rentiers, les sportifs et les artistes amoureux d’air pur et de cimes enneigées. 

Mais voilà que le parti socialiste et les Verts ont fait assaut de vertu fiscale. Selon Jean-Claude Rennwald, ancien parlementaire fédéral :«un principe est en jeu : l’équité devant l’impôt, sans privilège, sans passe-droit, ». Stéphane Rossini a critiqué la « logique purement comptable et égoïste » des partisans des forfaits fiscaux. Quant à Regula Rytz, coprésidente des Verts suisses, elle s’est demandée pourquoi le tennisman Roger Federer n’y avait pas droit alors que Johnny Hallyday a pu en profiter lorsqu’il était établi dans la station bernoise de Gstaad. » Le gouvernement fédéral, la majorité du Parlement et la droite ont balayé l’initiative. Les milieux économiques ont hurlé qu’elle allait tuer la « poule aux oeufs d’or ». Me Halpérin, qui travaille à Genève dans une étude d’avocats qui conseille de riches clients étrangers l’affirme : « le forfait fiscal demeure un instrument attractif pour les personnes qui désirent s’installer en Suisse sans y exercer une activité lucrative. »

Selon l’avocat fiscaliste Philippe Kenel, cité par le magazine économique suisse Bilan : « la Suisse n’est absolument pas séduisante sans forfait fiscal. Si elle n’est plus sur la liste des pays fiscalement attractifs, les personnes qui veulent se délocaliser iront ailleurs qu’en Suisse, garantit l’associé de l’Etude Python & Peter qui installe chaque année une trentaine d’étrangers au forfait en Suisse. Pour preuve, alors que le nombre de ces contribuables enregistrait encore un taux de croissance de 20,7% entre 2006 et 2008, la courbe s’est déjà infléchie entre 2008 et 2012 pour atteindre 3,5%. ». La misère guette les conseillers fiscaux ! Déjà que la Suisse a dû renoncer au secret bancaire, il ferait beau voir qu’on lui enlève aussi le forfait fiscal. Hélas, comme le chantait jadis Bob Dylan : « The times they are a-changin ».

 

 

 

 

 

 

 

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13/07/2014

Les nouveaux banquiers suisses

Voltaire avait bien raison de dire : « Si vous voyez un banquier suisse sauter par la fenêtre, suivez-le, il y a de l’argent à faire ». Quand on parle pognon, l’imagination des Suisses est sans limite. Les Américains font exploser le secret bancaire, ils matraquent les banques suisses à coup d’amendes énormes et les obligent à livrer les noms des fraudeurs américains et de leurs complices suisses. Les Français viennent jusque dans les coffres helvétiques égorger les fraudeurs et leurs compagnes. Ils rêvent que le fric impur abreuve les déficits. L’Allemagne achète les noms des fraudeurs et livre leurs noms au public. Bref, le ciel est tombé sur la tête des banquiers suisses. Que croyez-vous qu’ils fassent ? En France et aux Etats-Unis, les pécheurs de la finance vont implorer leur gouvernement de les sauver du naufrage. Pas en Suisse. Le gouvernement helvétique a déjà donné, en sauvant l’UBS à coup de milliards, alors débrouillez-vous avec vos clients fraudeurs et leurs gouvernements voraces !

Les astucieux seigneurs de la finance suisse ont cherché un nouveau filon et ils ont trouvé : les data banks, les banques de données. On les empêche d’accumuler dans leurs coffres l’argent de la fraude, de l’évasion fiscale, du crime et du blanchiment de capitaux. Eh bien, ils financeront les clouds, les nuages informatiques. C’est le quotidien américain USA Today qui révèle au public ce que les spécialistes savaient depuis des années : les Suisses protègent les avoirs les plus précieux de ce siècle, les données sensibles de leurs clients. Merci qui ? Merci Edward Snowden, l’informaticien américain qui a révélé que son gouvernement accédait à toutes les données de Google, d’Apple, de Microsoft, d’Amazon. Quand vous cherchez un restaurant, quand vous achetez un billet d’avion, quand vous commandez un livre, les longues oreilles de la NSA le savent. Votre vie privée est publique ! Sale temps pour l’industrie des banques de données américaines qui pèse 47 milliards de dollars. Du coup, les grandes entreprises prennent la fuite. Selon une enquête, 56% des clients américains se méfient des banques de données nationales et 10% ont déjà émigré. En 2016, cette perte de confiance pourrait coûter 180 milliards de dollars, soit 25% des revenus à l’industrie des banques de données américaines.

C’est là que les banquiers suisses sortent du bois. Venez chez nous, notre pays est un havre de sécurité pour vos clients. Notre loi sur la protection des données vous protège : il faut qu’un juge soit convaincu qu’un délit criminel est commis pour qu’il ordonne l’ouverture d’un coffre-fort numérique. La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, donc elle n’a pas à partager ses données avec d’autres pays. Bon, il y a bien un projet de loi débattu au Parlement pour donner au gouvernement un droit de regard sur les bases de données au nom de la sécurité nationale. Mais il n’y pas le feu au lac ! Alors, les banque de données suisses poussent comme champignons après la pluie : Wuala, Artmotion, Secure Safe, Safe Host et même Swiss Fort Knox. Ces clouds helvétiques protègent les données sensibles dans des sites protégés pour quelques dollars ou quelques milliers selon les besoins de leurs clients.

Swiss Fort Knox fait très fort dans le marketing. En 1994, elle a conclu un accord avec l’armée suisse pour utiliser les vieilles forteresses cachées au coeur des Alpes. Ses deux fondateurs peuvent avoir le sourire, le business est juteux. Malheureusement, comme le précise le site : « pour des raisons de sécurité, la visite est réservée aux clients.» Mais un récent reportage télévisé a mis les futurs clients en appétit. On découvre une caverne éclairée, des portes d’acier, à l’abri d’une bombe atomique ou d’un tremblement de terre. Selon la proclamation d’Artmotion : « With typical Swiss precision, we guarantee! » Même les Nations Unies et Yahoo sont des clients des Suisses. Comme le dit bien USA Today : « Call it big data, if you like. Now it's big business. » Si Victor Hugo revenait en Suisse pour réécrire sa Légende des siècles, il ne reconnaîtrait pas le pays dont il disait : « La Suisse trait sa vache et vit paisiblement. » Mais il avait peut-être raison en écrivant : « dans l'histoire des peuples, la Suisse aura le dernier mot »

 

16:56 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2014

La Marseillaise des Suisses

« Sur nos mont quand le soleil… » Stop ! Dès l’an prochain, les joueurs de l'équipe suisse de football, les Helvètes  du pays et de l’étranger ne chanteront plus les paroles de l’hymne national. Le gouvernement suisse a décidé qu’il fallait les mettre au goût du jour. Il a chargé la Société suisse d’utilité publique (ça fleure bon son XIXe siècle) de lancer un concours pour un nouvel hymne national. 208 créateurs ont déposé un projet - 129 en allemand, 60 en français, 7 en italien et 10 en romanche. Vous le saviez, vous, que dans ce pays de 8 millions d’habitants, on chante l’hymne national en quatre langues ! Sauf que la plupart des Suisses ne connaissent pas les paroles et se contentent de fredonner la-la-la.

Ces mauvais patriotes ont des excuses. Les paroles de l’ancien hymne suisse « O monts indépendants « datent du XIXe siècle, mais la version actuelle est officielle depuis 1981. Le problème, c’était la musique. C’était la même que le God Save the Queen. Vous imaginez le cafouillage lors des matchs Suisse-Angleterre. Il a fallu le remplacer par le Cantique suisse, dont les paroles datent aussi du XIXe siècle. Les Français « abreuvent leurs sillons d’un sang impur « . Les Suisses célèbrent « les beautés de la patrie qui parlent à l’âme attendrie. »

En France, toucher aux paroles de la Marseillaise, c’est attenter à l’âme de la France. Les Suisses n’ont pas ces scrupules. Pour moderniser le Cantique suisse, on a nommé un jury de 18 personnalités, écrivains, journalistes, politiciens. Selon la Tribune de Genève« D'ici l'automne, le jury de 18 personnes devra choisir dix projets au maximum. Ils seront traduits dans toutes les langues nationales et interprétés par des professionnels. Au printemps 2015, les versions concurrentes seront révélées sur Internet. Un vote en ligne devra désigner trois finalistes. Lors de la Fête fédérale de la musique populaire en septembre 2015 à Aarau, il reviendra au public d'élire la proposition gagnante par téléphone, courrier électronique ou SMS. Enfin, celle-ci sera soumise, à un moment qui reste à déterminer, au Conseil fédéral afin qu'il l’entérine. ». Mais, attention : il y des règles, on ne peut pas proposer n’importe quoi. « Le futur hymne doit s'appuyer sur le texte du préambule de la constitution fédérale, qui évoque des valeurs comme la démocratie, la diversité, la liberté, la paix et la solidarité. » Pas question d’encourager le racisme, le communautarisme, la xénophobie. Ou l’appel au meurtre révolutionnaire, comme la Marseillaise. Ni même « L'éclair brillant des bombes éclatant dans les airs Nous prouva dans la nuit cet étendard si cher ! » du Star-Spangled Banner américain. Encore moins : »Sois glorieuse, notre libre Patrie, Alliance éternelle de peuples frères ! Sagesse de nos ancêtres ! Sois glorieux, notre pays ! »de l’hymne de la Fédération russe. On est Suisse, on n’est pas une grande puissance militaire !

Dans ce pays d’horlogers, on ne fait rien à la légère et c’est le peuple qui décide. Imaginez ça en France : on aurait la version rose PS, la version bleu marine, la version rouge de Mélanchon, la version rouge et bleu de l’UMP, la version Dieudonné, la version rap, la version du MEDEF et on demanderait aux Français de voter par Internet. Ca va pas la tête ! Même en Suisse, des voix s’élèvent pour dire que créer un nouvel hymne national, c’est mission impossible. Quelles sont les valeurs suisses au début du XXIe siècle, dans un pays prospère, mais critiqué pour son égoïsme et sa culture de l’évasion fiscale, dans lequel le premier parti au Parlement est xénophobe et raciste, où les autoroutes et les transports publics sont au bord de l’étouffement ? Encore heureux que les Suisses se retrouvent pour soutenir la Nati dont les meilleurs joueurs de portent des noms bien suisses, comme Shaquiri, Xhaka ou Drmic. 

Dans les journaux, certains lecteurs protestent : « On n'en a pas besoin et l'on n'en veut pas d'un "nouvel hymne". Le cantique suisse reflète et représente bien ce pays, il est solennel et harmonieux et parle de paix et d'harmonie. Les Français voudrait-ils changer leur Marseillaise aux accents guerriers, et les Anglais leur hymne à la reine? Ce concours est une mascarade destinée à niveler les particularités de ce pays dans l’internationalisme… ». Une méthode façon télécrochet, décriée notamment par l’UDC nidwaldien Peter Keller, qui craint un «hymne croisé entre Conchita Wurst et DJ Bobo». Dans La Matin : « Je trouve cette histoire d'hymne ridicule. On veut un hymne qui claque, histoire de pouvoir bomber le torse lors des compétitions sportives.... Les italiens, français, russe, anglais ou autres ont des hymnes qui ont des significations historiques fortes, souvent en lien avec la guerre ou l'indépendance. Au final, on aura un hymne à la sauce "pop star" sans âme. »

 

Qu’est-ce qu’un bon Suisse ? On a posé la question à mille Helvètes : « Même si on ne sait qu'une langue nationale, si on est naturalisé, on ne sait pas l'hymne national, on n'a pas fait son service militaire ou qu'on ne se lève qu'à 9h00 du matin, on reste un "bon Suisse". La majorité des sondés (64%) refuse par contre ce statut à ceux qui ne vont jamais voter. Pour 43% des personnes, quelqu'un vivant de l'aide sociale n'est pas non plus un "bon Suisse ». Ce sont les valeurs communes des Suisses au XXIe siècle. Mais on ne ne les trouvera pas dans les paroles du nouvel hymne national !


15:08 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2014

Calimero-Sarkozy : le retour

Calimero ? Mais oui, souvenez-vous : c’est ce personnage de fiction de dessin animé, un poussin anthropomorphe charmant mais malchanceux : seul poussin noir dans une portée de jaunes, il porte sur la tête sa coquille d'œuf à moitié brisée. Il se plaint toujours : « C'est pas juste ! C'est jamais juste ! c'est toujours à moi qu'on s'en prend « . Ca y, vous y êtes ? Eh, bien Calimero est de retour. Je l’ai vu au journal de TF1. Il s’appelle maintenant Nicolas Sarkozy. 

L’ancien président de la République, martyr de la justice, nous a rejoué le grand air du complot. Tout le monde veut sa mort politique : les juges de gauche, François Hollande et ses ministres menteurs, les médias qui osent publier des procès-verbaux d’interrogatoire. Rasé de frais, le ton grave, la voix maîtrisée, le doigt accusateur, le grand communicateur a encore frappé. D’abord, attaquer bille en tête : « Dans notre pays, qui est le pays des droits de l’Homme et de l’État de droit, il y a des choses qui sont en train d’être organisées et les Français doivent les connaître et, en leur conscience et en toute liberté, doivent juger de ce qu’il en est. Et je veux dire cette vérité ». Première cible : une juge membre du Syndicat de la magistrature, classé à gauche et qui avait déclaré,  avant l’élection présidentielle de 2012 : »il faut que la Justice retrouve son rang face au ministère de l’intérieur », qui avaient traité les juges de « petits pois ». L’avocat Sarkozy ne peut pas ignorer que les juges d’instruction ne sont pas nommés par le gouvernement, mais par le Tribunal de grande instance de Paris. L’air du soupçon, ça marche  toujours !

Ce qu’il n’a pas supporté, c’est sa garde à vue. « Il y a eu une volonté de m’humilier en me convoquant sous le statut de la garde à vue qui n’est pas normal «. Et Sarkozy dénonce le traitement « humiliant » que « deux dames » juges d’instruction lui ont fait subir à 2 heures du matin,après 15 heures de garde à vue : mise en examen pour corruption active, trafic d’influence et recel de violation de secret professionnel. En clair : il aurait proposé une promotion à un magistrat de la Cour de cassation contre des informations sur l’enquête Bettencourt et il aurait eu connaissance, grâce à son avocat, des secrets de l’instruction. Le magistrat et l’avocat sont aussi mis en examen. L’avocat Sarkozy devrait savoir que la garde à vue est prévue par le code pénal : « La garde à vue est une mesure de privation de liberté prise par un officier de police judiciaire pour maintenir à la disposition des enquêteurs le suspect d'un crime ou d'un délit. Cette mesure doit constituer l'unique moyen de parvenir à certains objectifs comme empêcher que la personne ne modifie les preuves, ne fuie ou ne consulte ses complices. » Nicolas Sarkozy est un justiciable comme tous les Français. Et il a subi une garde à vue comme 900 000 suspects, mais c’est une première pour un ancien président. 

Mais où le comédien-président a fait le plus fort, face à deux journalistes, c’est dans l’affaire des écoutes téléphoniques. « J’en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l’année dernière ? » Belle indignation ! Ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’une enquête judiciaire a été ouverte en avril 2013 pour « corruption » sur des millions que Kadhafi aurait versé pour financer sa campagne électorale en 2012. Les deux magistrats ont ordonné des écoutes téléphoniques et ils ont découvert que Sarkozy avait une seconde ligne au nom de Paul Bismuth. Comme le rappelle Le Monde : « Ils l’ont fait en toute légalité, comme la loi les y autorise et comme dans des dizaines d’autres affaires. » Toujours la vérité à géométrie variable !

Mais on nous l’a changé, notre Calimero ! Avant, il était toujours à se plaindre des malheurs qu’on lui fait subir. Pas le genre de Sarkozy, lui, il est vindicatif et combatif : « Parce que vis-à-vis de son pays, on a des devoirs, on n’a pas que des droits. Je regarde avec consternation la situation de la France, l’état de la France, et je connais l’inquiétude des Français et leurs souffrances. J’aurai à décider, après un temps de réflexion, à la fin du mois d’août, au début du mois de septembre, de ce que je devrais faire ». Personne ne doute qu’il veut prendre la tête de l’UMP pour en faire une machine à reconquérir l’Elysée. Neuf millions de Français ont regardé ce beau morceau de dialectique électorale. Le problème, c’est qu’après l’interview, 63% des personnes interrogées pensent que Sarkozy a été traité comme n’importe quel justiciable et qu'il n’est pas le candidat préféré pour représenter l’UMP à la prochaine élection présidentielle. Pire encore : 65% des sondés ne veulent pas d’un retour de Sarkozy. Les ingrats ! C’est encore loin, l’Elysée ? Calimero, tais-toi et marche !

 


16:18 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)