03/07/2014

Calimero-Sarkozy : le retour

Calimero ? Mais oui, souvenez-vous : c’est ce personnage de fiction de dessin animé, un poussin anthropomorphe charmant mais malchanceux : seul poussin noir dans une portée de jaunes, il porte sur la tête sa coquille d'œuf à moitié brisée. Il se plaint toujours : « C'est pas juste ! C'est jamais juste ! c'est toujours à moi qu'on s'en prend « . Ca y, vous y êtes ? Eh, bien Calimero est de retour. Je l’ai vu au journal de TF1. Il s’appelle maintenant Nicolas Sarkozy. 

L’ancien président de la République, martyr de la justice, nous a rejoué le grand air du complot. Tout le monde veut sa mort politique : les juges de gauche, François Hollande et ses ministres menteurs, les médias qui osent publier des procès-verbaux d’interrogatoire. Rasé de frais, le ton grave, la voix maîtrisée, le doigt accusateur, le grand communicateur a encore frappé. D’abord, attaquer bille en tête : « Dans notre pays, qui est le pays des droits de l’Homme et de l’État de droit, il y a des choses qui sont en train d’être organisées et les Français doivent les connaître et, en leur conscience et en toute liberté, doivent juger de ce qu’il en est. Et je veux dire cette vérité ». Première cible : une juge membre du Syndicat de la magistrature, classé à gauche et qui avait déclaré,  avant l’élection présidentielle de 2012 : »il faut que la Justice retrouve son rang face au ministère de l’intérieur », qui avaient traité les juges de « petits pois ». L’avocat Sarkozy ne peut pas ignorer que les juges d’instruction ne sont pas nommés par le gouvernement, mais par le Tribunal de grande instance de Paris. L’air du soupçon, ça marche  toujours !

Ce qu’il n’a pas supporté, c’est sa garde à vue. « Il y a eu une volonté de m’humilier en me convoquant sous le statut de la garde à vue qui n’est pas normal «. Et Sarkozy dénonce le traitement « humiliant » que « deux dames » juges d’instruction lui ont fait subir à 2 heures du matin,après 15 heures de garde à vue : mise en examen pour corruption active, trafic d’influence et recel de violation de secret professionnel. En clair : il aurait proposé une promotion à un magistrat de la Cour de cassation contre des informations sur l’enquête Bettencourt et il aurait eu connaissance, grâce à son avocat, des secrets de l’instruction. Le magistrat et l’avocat sont aussi mis en examen. L’avocat Sarkozy devrait savoir que la garde à vue est prévue par le code pénal : « La garde à vue est une mesure de privation de liberté prise par un officier de police judiciaire pour maintenir à la disposition des enquêteurs le suspect d'un crime ou d'un délit. Cette mesure doit constituer l'unique moyen de parvenir à certains objectifs comme empêcher que la personne ne modifie les preuves, ne fuie ou ne consulte ses complices. » Nicolas Sarkozy est un justiciable comme tous les Français. Et il a subi une garde à vue comme 900 000 suspects, mais c’est une première pour un ancien président. 

Mais où le comédien-président a fait le plus fort, face à deux journalistes, c’est dans l’affaire des écoutes téléphoniques. « J’en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l’année dernière ? » Belle indignation ! Ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’une enquête judiciaire a été ouverte en avril 2013 pour « corruption » sur des millions que Kadhafi aurait versé pour financer sa campagne électorale en 2012. Les deux magistrats ont ordonné des écoutes téléphoniques et ils ont découvert que Sarkozy avait une seconde ligne au nom de Paul Bismuth. Comme le rappelle Le Monde : « Ils l’ont fait en toute légalité, comme la loi les y autorise et comme dans des dizaines d’autres affaires. » Toujours la vérité à géométrie variable !

Mais on nous l’a changé, notre Calimero ! Avant, il était toujours à se plaindre des malheurs qu’on lui fait subir. Pas le genre de Sarkozy, lui, il est vindicatif et combatif : « Parce que vis-à-vis de son pays, on a des devoirs, on n’a pas que des droits. Je regarde avec consternation la situation de la France, l’état de la France, et je connais l’inquiétude des Français et leurs souffrances. J’aurai à décider, après un temps de réflexion, à la fin du mois d’août, au début du mois de septembre, de ce que je devrais faire ». Personne ne doute qu’il veut prendre la tête de l’UMP pour en faire une machine à reconquérir l’Elysée. Neuf millions de Français ont regardé ce beau morceau de dialectique électorale. Le problème, c’est qu’après l’interview, 63% des personnes interrogées pensent que Sarkozy a été traité comme n’importe quel justiciable et qu'il n’est pas le candidat préféré pour représenter l’UMP à la prochaine élection présidentielle. Pire encore : 65% des sondés ne veulent pas d’un retour de Sarkozy. Les ingrats ! C’est encore loin, l’Elysée ? Calimero, tais-toi et marche !

 


16:18 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

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