16/05/2017

Olivir Guéniat : le flic pétard

Olivier Guéniat, qui vient de disparaître, était un flic atypique. Je l’avait rencontré lors d’un séminaire de formation à la communication. J’avais été bluffé par son ouverture d’esprit, son charisme et son réalisme. En 2014, il avait jeté un pavé dans la mare en affirmant que le modèle répressif suisse de lutte contre la drogue était un échec. Vous me direz : encore un de ces scientifiques naïfs qui ne sont jamais sortis de leur bureau. Vous avez tout faux : Guéniat était alors chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel. Et il rentrait d’une mission d’expert en Uruguay, financée par l’Office fédéral de la santé publique. Ils sont fous, ces Suisses : envoyer un flic pour faire la promotion du pétard ! Guéniat était un flic atypique: diplômé de police scientifique et de criminologie, docteur en sciences forensiques, ancien chef cantonal de la police jurassienne, son canton d’origine. Il était devenu un expert reconnu des problèmes de drogue et il avait même trouvé le temps d’écrire un livre: «Le profilage de l’héroïne et de la cocaïne – une méthodologie moderne de lutte contre le trafic illicite». Bref, tout sauf un spécialiste en chambre.
Et ce que disait le Dr Guéniat, de retour d’Uruguay, étai plutôt provoquant: «Il faut légaliser la production et la consommation de cannabis dans l’espace privé… L’Uruguay fait le pari que cette mesure fera diminuer la pauvreté, la violence et la criminalité…un système de monitoring extrêmement sérieux y a été mis en place, afin de surveiller et mesurer les effets de la loi.» Le flic partisan du pétard privé était un pragmatique. Selon ses déclarations au journal «Le Temps» : «L’Etat autoriserait les consommateurs à s’organiser dans le cadre privé. Une autorisation accordée à ceux qui en feraient la demande et qui payeraient un certain montant annuel, par exemple quelques centaines de francs. Avec l’argent récolté, l’Etat pourrait financer des mesures de prévention et de détection précoce. Parallèlement, la répression pourrait se concentrer sur le marché illicite. Les amendes infligées pour détention de cannabis dans l’espace public devraient être beaucoup plus dissuasives qu’aujourd’hui, par exemple 1500 francs.»
Bien sûr, personne n’était prêt à le suivre dans sa croisade pour la légalisation du cannabis. Mais ses propositions iconoclastes, venant d’un professionnel de la police, ouvraient un débat qui n’est toujours pas fermé.

18:15 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

30/04/2017

C’est l’économie, idiot !

Vous vous souvenez de ce slogan de campagne de Bill Clinton, qui lui a probablement permis de l’emporter, en 1992, sur Georg W. Bush : « It’s the economy, stupid ! « On a envie de le rappeler en suivant la navrante campagne de la présidentielle française, un festival de promesses démagogiques et de coups médiatiques. Quand Emmanuel Macron finit par s’intéresser au sort des salariés de Whirlpool, qui va délocaliser sa production en Pologne, Marine Le Pen saute sur l’occasion pour aller faire des selfies devant les grilles de l’usine. Le premier promet d’aider à trouver un repreneur, la seconde jure que l’usine ne fermera pas, si elle est élue présidente. Plus démago, tu meurs ! Les salariés ont trop entendu de ces promesses de campagne pour y croire encore.
Une semaine avant l’élection, la candidate du Front national refait la Une : elle promettait dans son programme que, présidente, une de ses premières décisions serait de sortir de l’euro, « la monnaie des banquiers, pas du peuple, qui a vécu la baisse de son pouvoir d’achat et le chômage de masse ». C’était l’engagement N° 35, la mesure-phare : remettre en place « un protectionnisme intelligent et le rétablissement d’une monnaie nationale face à la concurrence internationale déloyale ». Eh bien, on n’avait rien compris. Marine Le Pen jure qu’elle n’a jamais dit que le France sortirait de l’euro. Elle veut seulement le transformer en « une monnaie commune, qui ne concernera pas les achats quotidiens, mais uniquement les grandes entreprises qui font du commerce international ». Vous avez compris ? Ca veut dire que quand je ferai le plein à une pompe Total, je paierai en franc ou en ECU, mais quand Total achètera du pétrole à l’Arabie saoudite, elle le paiera en euros ? Bonjour, le mal de tête !
Pourquoi ce magistral rétropédalage ? Parce que trois Français sur quatre, selon les sondages, ne veulent pas que la France sorte de l’euro. Et aussi parce cela lui a permis de se rapprocher du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, à qui Marine Le Pen a promis le poste de premier ministre si elle est élue présidente. Les promesses du matin n’arrêtent pas le pèlerin. Des bataillons d’économistes et de patrons ont beau dénoncer les conséquences d’une sortie de l’euro pour la France - dévaluation de 15%, inflation qui mange les revenus et les rentes, explosion de la dette - Marine Le Pen déclare que « l’euro est mort …mais pas tout de suite.
Tous les sondages le révèlent, la crise économique et le chômage sont les premiers soucis des Français. Alors, les deux candidats rivalisent de promesses démagogiques pour s’assurer leur vote. Emmanuel Macron promet de soutenir les classes moyennes, en réduisant la taxe d’habitation, en exonérant la cotisation pour les heures supplémentaires. Il veut séduire les patrons en baissant à 25% l’impôt sur les sociétés. Il entend aussi économiser 60 milliards en cinq ans sur les dépenses publiques en supprimant 120 000 postes de fonctionnaires. L’ennui, c’est que ces promesses vont faire perdre une vingtaine de milliards à la France, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques. Marine Le Pen, elle, veut conquérir les classes populaire et les électeurs de droite. Elle promet de réduire massivement les impôts, de défiscaliser les heures supplémentaires, de taxer les salariés étrangers au nom de la « priorité nationale à l’emploi » et de frapper d’une taxe de 3% les produits importés. Ces belles promesses vont encore creuser les déficits.
Devant cette avalanche de promesses et de chiffres contradictoires, les électeurs ont de la peine à s’y retrouver. Mais qui lit les programmes des candidats, qui prend encore le temps de s’informer, qui croit encore ces promesses de campagnes qui seront oubliées demain, quand les dures réalités économiques se rappelleront au bon souvenir du nouveau président ou de la nouvelle présidente ? Les Français sont saturés de débats politiques et de déclarations fracassantes, après une campagne violente. Les coups médiatiques et les attaques personnelles font le miel des médias. Les chaînes d’info en continu et les réseaux sociaux ont transformé le débat politique en feuilleton à suspense. A chaque jour, à chaque heure, sa « breaking news ». Pas étonnant que des millions de Français attendent que le face-à-face du 3 mai entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen les décide à choisir leur président. Ou à aller à la pêche, le 7 mai. Les électeurs ne sont pas idiots, simplement, ils ne croient plus les belles promesses d’un avenir radieux.

20:50 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

06/02/2017

Fillon à poil

On n’avait jamais vu ça : un homme politique français qui, littéralement, se met à poil pour sauver sa candidature à la présidence. C’est la stratégie que François Fillon, le champion de la droite, a été forcé d’adopter face à une violente campagne médiatique. Le visage grave, le ton parfaitement maîtrisé, Fillon a convoqué la presse pour s’expliquer sur les accusations du Canard Enchaîné : il aurait utilisé son épouse Pénélope comme assistante parlementaire depuis quinze ans et lui aurait versé 800 000 euros d’argent public, pour un emploi fictif.
Après dix jours de flottement et une communication désastreuse, l’ancien premier ministre a choisi la transparence. Ou « la réalité des faits », selon son expression. Oui, Pénélope a été son assistante parlementaire, mais c’est parfaitement légal en France. Oui, elle a fait un travail remarquable et personne n’a le droit d’en juger, sauf lui. Sa rémunération : 3677 euros par mois, normal pour une avocate. Bien loin des sommes dénoncées par le Canard. Sur quinze ans, ça fait quand même 661 860 euros. C’est à dire l’équivalent net du salaire brut dénoncé par le Canard Enchaîné ! Ses enfants, étudiants en droit et pas avocats, comme il avait l’avait imprudemment révélé, il les a aussi rémunérés grâce à l’argent de sa réserve parlementaire. Pour quoi faire ? Là, le candidat à l’Elysée a été un peu flou. Pour établir des bases de données qui lui ont permis d’écrire un livre politique et d’aider à définir les grandes lignes de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont il avait été premier ministre. Mais puisqu’on vous dit que c’est légal !
Dans son exercice de transparence, François Fillon a promis de tout mettre sur la table ou plutôt sur son site Internet : ses comptes en banque, la valeur de ses biens immobiliers, les clients de sa société de conseils, qui n’a aucun mandat russe. Et il a même lancé un défi à ses adversaires dans la course à l’Elysée : qu’ils en fassent autant. Mais l’essentiel du message était destiné à ceux qui , dans son parti, l’avaient déjà enterré, qui lui avaient demandé de retirer sa candidature, qui imaginaient déjà un plan B. Pour leur clouer le bec, une belle formule : « Le plan B, c’est la Bérézina ». Fillon maintient sa candidature, le patron, c‘est lui. Personne « n’a la légitimité pour remettre en cause le vote de la primaire ». Ni les sondages, auxquels il ne croit pas, ni le « complot médiatique » ne lui feront changer d’avis. Les Républicains ont compris la leçon : tous derrière Fillon, sinon l’élection se jouera entre l’épouvantail du Front national, Marine Le Pen, et la menace Emmanuel Macron. Même les députés frondeurs de la droite ont remballé leur pétition. Et les barons républicains se sont mis en rang pour partir à la bataille électorale qui commence maintenant.
Où François Fillon a pris des risques, c’est lorsqu'il a présenté « ses excuses » aux Français et reconnu "une erreur « . Pour n’avoir pas compris que financer avec de l’argent public les emplois de sa famille, c’était légal, mais peut-être pas très moral. En tout cas, plus du tout accepté par la majorité des Français. Bien sûr, Fillon ne remboursera pas les sommes versées à sa famille.
Cette posture d’équilibriste a-t-elle convaincu ? Sûrement pas ses adversaires, comme le candidat socialiste, Benoît Hamon : « Il ne comprend pas bien qu’il y a une forme d’impunité …qui apparaît comme anormale aux Français ». Ou le porte-parole du parti communiste : « Il se comporte comme si tout cela n’était qu’un simple accroc, qu’une malheureuse erreur de conduite ».
Le plus étonnant, c’est la relative complaisance de la presse convoquée par François Fillon, plus de 200 journalistes, dont une cinquantaine de correspondants étrangers. Bien sûr, les représentants des principaux médias ont posé leur question, mais ils se sont contentés des explications données, sans relancer Fillon. Les politiciens français n’ont pas l’habitude des rudes confrontations avec les médias, qui font partie du jeu aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Mes excellents confrères français préfèrent disséquer les déclarations politiques et les commenter, de retour devant leurs écrans, plutôt que se confronter avec les hommes politiques. Aucun n’a osé relever les attaques de François Fillon contre « le traitement médiatique de l’affaire », ni son affirmation fausse, selon laquelle la journaliste britannique avait été choquée par l’utilisation faite de son interview, il y a dix ans, dans laquelle Pénélope Fillon affirmait qu’elle n’avait jamais été l’assistante de son mari. La presse française est généreusement subventionnée par l’argent public. Alors, comme le dit le diction américain : « You don't spit on the man that signs your paycheck » - on ne crache pas sur l’homme qui signe votre chèque.

19:55 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

05/01/2017

François et les djihadistes

C’est le quotidien Le Monde qui l’affirme : sur ordre du président de la République française, au moins huit djihadistes français ont été liquidés en Syrie par des exécutions ciblées, dont sept par l’armée américaine. Ca n’est plus vraiment un scoop depuis que François Hollande l’avait révélé aux journalistes Davet et Lhomme pour leur livre explosif « Un président ne devrait pas dire ça ». Oui, il a autorisé l’armée française à exécuter des citoyens français qui combattaient dans les rangs de Daech parce qu’ils étaient considérés comme des menaces pour la sécurité nationale.
On savait que Barrack Obama avait ordonné à ses services spéciaux de «neutraliser» des Américains luttant pour les djihadistes, selon le sinistre euphémisme militaire. Mais, aux Etats-Unis, les assassinats ciblés sont revendiqués et les noms des terroristes publiés dans la presse. A Paris, selon la doctrine officielle, les Rafales ne visent que des camps d’entraînement ou des centres de commandements, pas des chefs djihadistes. Bien sûr, les djihadistes ne sont pas des criminels comme les autres. Dans les Etats de droit, Il y a la loi pour lutter contre le terrorisme. Mais cela prend du temps d’enquêter, de rechercher, de mettre en examen, de juger et de condamner les terroristes. Et les assassins du Bataclan, de Nice, de Berlin ou d’Istanbul ne comparaîtront jamais devant la justice. Alors, il y a une autre logique, selon Yves Trotignon, un expert français du terrorisme : « De tels crimes ne peuvent restés impunis, à l’impuissance judiciaire doivent répondre des opérations plus brutales ». La lutte contre le terrorisme a transformé François Hollande et Barrack Obama, deux chefs d’Etat démocratiques et respectueux de la loi, en partisans de méthodes de guerre secrètes, au nom de la légitime défense. « Jamais dirigeants, dans l’histoire récente de leur pays respectif, ne s’étaient arrogés un tel droit de tuer». Surtout dans un pays comme la France, qui a aboli la peine de mort.
L’enquête sérieuse du Monde révèle comment la guerre contre le terrorisme se déroule dans une zone grise à la limite de la légalité : un jeune Français qui a rejoint les rangs de Daesh est considéré comme un combattant, mais c’est un juge civil qui devra le décider. « Les ennemis désignés ont un double statut de justiciables au sens du droit pénal et de combattants au sens du droit de la guerre ». La France ne s’est pas assise sur le droit de la guerre, mais elle a pris beaucoup de liberté avec les principes de « légitime défense collective » de la charte des Nations Unies, au nom de efficacité. Les défenseurs de la justice et des droits de l’homme auront beau protester, ils auront peu de chances d’être entendus. Face au terrorisme, la loi du talion aura toujours ses partisans. Oui pour oeil, dent pour dent !
Depuis James Bond, le cinéma et les séries télévisées nous ont familiarisé avec ce « permis de tuer » pour les services spéciaux. Et la guerre contre le terrorisme, avec l’horreur des attentats, le maintien de l’état d’urgence, a renforcé dans l’opinion la conviction que tous les moyens sont bons. Les réactions des abonnés du Monde sont révélatrices. Il y a ceux qui nient que les djihadistes français sont de vrais Français, puisqu’ils veulent détruire la France. D’autres qui justifient l’action des services spéciaux au nom de l’Histoire : « Pendant la guerre, il était normal que les résistants abattent des nazis. Les soldats français ne font rien d’autre ; ils nous débarrassent de ces fachos ».
Il y a la pratique de la guerre secrète contre le terrorisme et il y a la communication. Puisque que les services secrets ne peuvent pas parler des exécutions ciblées, il faut tout faire pour éviter le débat public. Comme l’affirme cyniquement Yves Trotignon, un expert français du terrorisme : « Les assassinats ciblés sont parfois nécessaires, en parler non ». Puisque la télévision française ne peut pas montrer l’action des services spéciaux en Syrie ou en Irak, elle ouvre ses journaux avec des reportages complaisants sur les pilotes de Rafales qui décollent du porte-avions Charles de Gaulle et d’une base en Jordanie pour bombarder Daech. En floutant soigneusement les visages des héros de la guerre contre le terrorisme. Huit Français djihadistes exécutés sur ordre présidentiel. Pas morts pour la France, mais morts par la France. Comme le disait le général Massu à propos de la torture en Algérie : « Si vous trouvez un meilleur moyen… »

17:10 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (1)

15/11/2016

L’ange noir de Trump

Stephen Bannon, ce nom ne vous dit rien ? Pourtant, il est devenu l'un des hommes les plus puissants à Washington. C'est lui qui a dirigé la campagne qui a envoyé Donald Trump à la Maison-Blanche. Le président élu vient de lui confier la mission de stratège en chef. Bannon aurait pu devenir Chief of staff, c’est à-dire le bras droit du président. Mais Trump lui a préféré Reince Priebus, le chef du comité national républicain, qui aura la rude tâche de réconcilier le président élu avec les caciques de son parti.
Stephen Bannon est un personnage redoutable et sulfureux. Cet ancien banquier chez Goldman Sachs parle le même langage que Trump. Comme lui, il déteste l’establishment : les démocrates, les Clinton, les Bush et les journalistes. Le magazine Bloomberg Politics, qui appartient au milliardaire Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, l’a décrit comme « le plus dangereux opérateur politique en Amérique ». C’est Bannon qui a fait tomber John Boehner, le speaker républicain de la Chambre des Représentants. Lui aussi qui a mis fin aux espoirs de Jeff Bush. Lui enfin qui a eu la peau d’Hillary Clinton en montant contre elle « une vaste conspiration d’extrême-droite ». Pendant la campagne électorale, probablement la plus «sale» dans l'histoire des États-Unis, c’est Bannon qui aurait soufflé à l'oreille de Donald Trump ses attaques contre Hillary Clinton (« corrompue », « folle », « infidèle »), contre les musulmans ( «des animaux », «des terroristes ») et contre les Mexicains (« drogués », « criminels », « violeurs »). C’est certainement lui aussi qui a suggéré à Trump ses remarques sexistes contre les femmes. Pour déstabiliser Hillary Clinton, lors du dernier débat avant les élections, Bannon a même fait inviter trois femmes qui affirmaient avoir eu des relations sexuelles avec Bill Clinton.
Dans toutes les campagnes électorales aux États-Unis, les candidats ont recours à des officines qui lancent des «boules puantes», c’est-à-dire des révélations sensationnelles pour détruire leurs adversaires. A ce jeu-là, Stephen Bannon est passé maître. Avant de diriger la campagne de Donald Trump, il a été le patron du site Internet Breitbart News, qui diffuse des messages racistes et des théories conspirationnistes : Obama «n’est pas né aux Etats-Unis», il a «importé des musulmans haineux», « le planning familial travaille pour l’holocauste». Ce pilonnage idéologique a été le fer de lance des activistes d’extrême droite qui ont soutenu la candidature de Donald Trump, ceux que les Américains appellent « Alt-Right », un groupe de suprémacistes blancs, antisémites et racistes.
Ce qui rend Stephen Bannon redoutable, selon Bloomberg Politics, c’est qu’il a mis au point une méthode pour influencer la politique, en mariant les attaques classiques dans les médias avec une approche sophistiquée basée sur une recherche des faits contre ses ennemis politiques. Il a financé une enquête rigoureuse et dévastatrice publiée sous le titre : « Clinton Cash : l’histoire secrète, comment et pourquoi des gouvernements étrangers et le business ont aidé Bill et Hillary à devenir riches ». Bannon a compris que « ce sont les faits et non les rumeurs qui trouvent un écho auprès des meilleurs journalistes d’investigation ». Il a donc fourni aux médias influents, comme Newsweek, ABC News ou la célèbre émission de CBS «60 Minutes» des scoops sur la « corruption » des Clinton. Le respectable New York Times a même publié en «une» les informations tirées du livre «Clinton Cash». Bannon a utilisé le Times comme un corps dans lequel il a inoculé un virus. Bannon jubile : « Nous avons les quinze meilleurs journalistes d’investigation des quinze meilleurs journaux du pays qui pourchassent Hillary Clinton ». Avec un parfait cynisme, il a compris que la plupart des lecteurs ne sont pas intéressés par des faits, mais par leur dramatisation, une histoire croustillante avec des héros et des vilains. Son site Internet Breitbart News, qui, est regardé par 21 millions d’Américains chaque mois, a mis en scène les immigrants mexicains, Daesh et les émeutes raciales, présentés comme « l’effondrement des valeurs traditionnelles ».
Stephen Bannon à la Maison Blanche, c’est un symbole de l'Amérique raciste au cœur du pouvoir. Les leaders démocrates ont tous condamné cette nomination et les médias qui ont soutenu Hillary Clinton s’inquiètent pour la liberté de la presse. Ils craignent que le site Internet Breitbart News ne devienne une annexe de la Maison Blanche et le bras armé de la communication de Donald Trump. Les journalistes français ont aussi des raisons de s’inquiéter : Breitbart News vient d’annoncer qu'il va ouvrir un bureau à Paris « où la droite populaire est en hausse ». Et Marion Maréchal Le Pen a affirmé : «Je réponds oui à l'invitation de Stephen Bannon, directeur de la campagne Trump, à travailler ensemble ». Le tsunami Trump n’a pas fini de déferler !

00:30 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)