03/10/2018

Donald l'imposteur

Le New York Times révèle que Donald Trump est un imposteur.

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23:57 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (13)

28/09/2018

Espionnage : le chat avec un grelot

C’est le dernier scoop du site anglais d’investigation Bellingcat et de son partenaire russe The Insider : l’homme qui a essayé d’empoisonner un ancien espion russe réfugié en Grande-Bretagne serait un colonel du renseignement militaire russe, le GRU

Belling the Cat, c’est une fable d’Esope : dans l’ »Assemblée des souris », un rongeur propose d’attacher au cou du chat un grelot dont le tintement les avertirait de l’arrivée du prédateur.  Eliot Higgins, le fondateur du site Bellingcat a expliqué l’origine de son site de vérification des informations et de journalisme d’investigation : les chats, ce sont les gouvernements. Le grelot, c’est Bellingcat.

L’affaire Skripal avait provoqué un scandale à Londres, quand la police avait découvert, le 4 mars, à Salisbury l’ex-colonel russe Skripal et sa fille inconscients dans un parc. Scotland Yard avait conclu qu’ils avaient été empoisonnés par un agent toxique, le Novichok, fabriqué du temps de l’URSS. Des cameras de surveillance avaient montré deux citoyens russes visitant Salisbury. La premier ministre Theresa May avait accusé les services secrets russes et avait expulsé des diplomates. Evidemment, Moscou avait protesté et la TV Russia Today avait diffusé une incroyable interview des deux Russes présentés comme des touristes. Poutine lui-même avait assuré que les deux hommes étaient des hommes d’affaires.

Ce que révèle Bellingcat, c’est l’identité d’un des Russes : le colonel Anatoly Chepiga, officier du GRU, vétéran des forces spéciales en Tchétchénie et décoré de l’ordre de Héros de la Russie pour son action en Ukraine. En un mois, les experts de Bellingcat ont analysé des centaines de documents trouvés sur Internet, ils ont fouillé des bases de données sur les passeports russes et ils ont interrogés leurs contacts russes. Selon Bellingcat, les noms figurant sur les passeports russes sont faux et les numéros correspondent à des agents du renseignement militaire. Leurs photos sont celles d’officiers d’une académie militaire dans l’est de la Russie. 

Ces informations sensationnelles ont fait la Une de la presse mondiale, du New York Times, au Guardian, en passant par Le Monde, la BBC et Le Temps. C’est que Bellingcat est devenue une source d’information reconnue depuis que son fondateur, Eliot Higgins, avait révélé en 2012, que Bachir El Assad utilisait des armes chimiques  contre les rebelles syriens. C’est lui aussi qui avait révélé, en 2014, que l’avion de la Maylaysian Airlines avec 298 passagers avait été abattu par un missile russe tiré par une milice en Ukraine. Bien entendu, la Russie avait protesté avec énergie et avait accusé Bellingcat de mensonges. 

Bellingcat est un site d’investigation à l’aide d’informations de sources ouvertes (photos, cartes, videos) et des réseaux sociaux. Il a été créé en 2014 par un blogueur britannique, Eliot Higgins qui a commencé par suivre plus de 450 chaînes Youtube à la recherche d’images. Il a utilisé la géolocalisation pour repérer des armes chimiques en Syrie ou l’engagement militaire de la Russie en Ukraine. Il traque les données disponibles sur Internet, en particulier sur les réseaux sociaux « pour reconstituer la vérité des faits ». Son équipe d’enquêteurs comprend des analystes des conflits, des spécialistes de la défense, des experts en technologie, des journalistes et des chercheurs en sciences. Bellingcat organise des séminaires de formation aux Etats-Unis et en Europe pour enseigner ses outils et ses méthodes d’investigation. 

Bellingcat est attaqué par des journalistes et des analystes qui l’accusent d’être le bras armé des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans la lutte contre le terrorisme et d’être financé par des fondations proches des services de renseignements occidentaux. L’un des plus virulents adversaires de Bellingcat est un analyste français, Edouard Vuiart. il a collecté les articles élogieux de la presse mondiale sur Bellingcat et sa condamnation est sans appel sur son blog www.les-crises.fr : « Un chevalier blanc, blogueur britannique au chômage et expert en rien ridiculise les gouvernements, les agences de renseignement et les commissions d’enquête du monde entier grâce à… Facebook, Twitter, Google Earth et Google Street ; des outils dont personne n’avait pu soupçonner l’utilité jusqu’alors. Et face aux succès de ce « journaliste citoyen » qui lutte dans son salon contre la propagande, les grands médias ont naturellement soutenu l’action de celui qui est sans conteste « l’avenir du journalisme ».

Comme l’écrivait Oscar Wilde   : « La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple »

12:52 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)

16/12/2017

Du bonheur d'être Suisse

Ah, quel bonheur d’être Suisse ! Le passeport rouge à croix blanche, c’était le rêve de Salvatore Scanio, un Italien de 45 ans, né à Genève, un secondo comme on dit là-bas. Il parle deux langues nationales, il dirige une entreprise, il s’implique dans la vie sociale, il paie ses impôts. Alors, Il a demandé sa naturalisation avec sa femme et ses trois enfants, à Nyon où il a acheté une maison. Recalé pour « insuffisance de connaissance en civisme », a décidé la commission de naturalisation ! 

L’histoire que raconte le couple recalé aurait enchanté le père Ubu. Face au couple Scanio, six conseillers communaux de différents partis. Un véritable interrogatoire : citez trois fleuves qui prennent leur source en Suisse. Mme Scanio mentionne le Rhône et le Rhin, mais bute sur le troisième. « Vous ne connaissez pas l’Inn ? ». C’est une rivière dans les Grisons , à l’autre bout de la Suisse, certainement peu connue des habitants de Nyon ! On lui demande de décrire le drapeau de la commune, elle le confond avec celui du canton. On lui demande de citer une date importante pour la Suisse. Elle choisit 1291, la date mythique du pacte fondateur de la Confédération. Mais elle ignore, comme la plupart des Suisses, les noms des trois bourgmestres signataires du pacte. Son mari se mélange les pinceaux sur les noms des membres du gouvernement cantonal. Recalé, mais le couple pourra se présenter à une nouvelle audition après avoir suivi une formation !
Le président de la commission explique sa doctrine : « Le fait qu’il soit né ici n’est pas un critère prépondérant. Nous devons nous assurer que les futurs Suisses connaissent bien notre système politique, garantit d’une stabilité qui a traversé les siècles ». Même s’il reconnaît que « la plupart des Suisses ne passeraient pas le test ». A Nyon, 25% des requérants sont recalés en première instance. L’histoire du couple italien a fait réagir la Suisse. Même le président de la Confédération a écrit aux Scanio pour manifester sa solidarité. C’est que la commission de naturalisation de Nyon a une conception rigide de la procédure. Une jeune Française, née en Suisse et bien intégrée dans le milieu associatif, qui a même appris à faire la fondue et à « parler vaudois », a elle aussi été recalée. On lui reproche de ne pas avoir lu la brochure civique éditée par la commune ! Cette histoire rappelle un célèbre film de 1978 « Les faiseurs de Suisses », dans lequel des fonctionnaires de la police cantonale chargés d'examiner les candidats à la naturalisation traquaient une famille italienne.
Le problème, c’est qu’en Suisse, ce sont les communes qui sont compétentes pour accorder le passeport suisse. Pourquoi ? Parce que chaque citoyen est bourgeois d’une commune. La naturalisation n’est pas une procédure administrative, mais politique. L’obtenir s’apparente à la roulette russe. Comme l’explique le professeur d’histoire Pierre-Philippe Bignard, dans « Le Temps » : « L’obtention de la citoyenneté suisse passe donc par un test qui devrait porter sur le mécanisme et la genèse du plus exigeant des systèmes politiques : celui de la démocratie indirecte, commune aux démocraties, mêlée de démocratie directe, originale, associée à un fédéralisme qui relève, lui, d’une histoire longue ». Et voilà pourquoi votre fille n’est pas Suisse ! En Suisse, 40 000 étrangers reçoivent le passeport suisse chaque année. Mais dans certains communes de Suisse centrale, on naturalise au compte goutte. C’est l’assemblée communale qui décide. Il vaut mieux être Italien que Kosovar. Et ne pas avoir des ennemis au village ! En plus, la naturalisation n’est pas gratuite. Le passeport suisse coûte environ 2000 francs (1718 €) selon les communes.
En février, les Suisses ont accepté à 60% un projet de naturalisation facilitée pour les étrangers de la 3e génération. Cela représenterait environ 25 000 jeunes étrangers, surtout des Italiens, des Espagnols, des Portugais, des Turcs ou des ressortissants des Balkans. Plusieurs projets de naturalisation facilitée avaient échoué trois fois. Cette fois-ci, les conditions avaient été durcies : il fallait être né en Suisse, avoir moins de 25 ans, cinq ans de scolarité, maîtriser une langue nationale, avoir des parents et des grands-parents qui ont un titre de séjour. En Suisse, la naturalisation, ce n’est jamais automatique. C’est qu’il s’agissait de modifier la Constitution, donc d’obtenir la double majorité des électeurs et des cantons. Mais le climat politique n’était pas favorable aux étrangers. L’UDC, le parti xénophobe, avait lancé la campagne du non avec une affiche provocante : une femme en burqa et le slogan « naturalisation incontrôlée ? Non à la naturalisation facilitée ». Sauf qu’il ne s’agissait pas de l’interdiction de la burqa et qu’il y avait peu de musulmans concernés, moins de 12%. La forteresse suisse n’est pas prête à se rendre. 

18:30 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2017

Le showbiz malade du sexe

Le New York Times vient de lancer un sacré pavé dans la mare : il a révélé que le magnat du cinéma d’Hollywood Harvey Weinstein était un prédateur sexuel. Depuis des décennies, l’un des producteurs les plus puissants du cinéma abusait de jeunes starlettes dans des suites d’hôtels où il les attirait pour lancer leur carrière. Selon le New York Times, Weinstein a payé des centaines de milliers de dollars pour étouffer les plaintes de ses victimes. 

Weinstein, ce nom ne vous dit rien ? C’est le producteur de plusieurs des plus grands films américains - Pulp Fiction, Le discours du roi, Shakespeare in Love. C’est lui aussi qui a lancé une campagne de promotion du film français The Artist, qui lui a valu cinq Oscars en 2012. Depuis trente ans, Weinstein était le « faiseur de pluie », celui qui avait le pouvoir de lancer des carrières dans le showbiz en produisant des films à succès au box office, qui lui ont rapporté des Oscars et qui ont fait gagner des fortunes à ses acteurs, ses réalisateurs et ses scénaristes. Ses stars étaient en Une des magazines et les invités des émissions populaires de TV. Il était devenu un producteur respecté. Il avait même été nommé honorary Commander of the British Empire ! Il avait aussi été un fervent supporteur et un important donateur pour la campagne d’Hillary Clinton.

Depuis des années, la rumeur courait à Hollywood sur les frasques sexuelles du magnat du cinéma. Mais aucun journaliste n’avait pu ou n’avait voulu publier une enquête sérieuse sur Harvey Weinstein. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens dans le showbiz avaient trop à gagner avec lui. Pas seulement les réalisateurs, les acteurs, les scénaristes de ses films. Mais aussi les chroniqueurs, les critiques de cinéma et tous ceux qui gagnaient leur vie grâce à Weinstein comme consultants. Toutes les enquêtes s’étaient cassé le nez sur le mur du silence et de la peur. A la dernière minute, les sources d’information faisaient faux bond. Comme l’écrit la journaliste Kim Masters dans The Hollywood Reporter : « L’industrie (le showbiz) se prend de passion pour des causes, mais quand il s’agit de faire des affaires, elle est irrémédiablement capable de se pincer le nez ». Il a fallu le témoignage d’une des victimes de Weinstein pour que le scandale éclate.
Des interviews d’anciens employés, des emails et des documents internes ont confirmé les accusations de harcèlement sexuel et les règlements financiers avec les victimes. Les excuses de Harvey Weinstein n’ont rien arrangé : « Je comprends que mon comportement passé avec des collègues a causé beaucoup de douleur et je m’en excuse sincèrement ». Le producteur a dû prendre un congé de longue durée pour suivre un traitement. Plusieurs membres de son conseil d’administration ont démissionné, ainsi que son avocate. C’est la fin de la carrière de celui qui se présentait comme «un lion progressiste, un champion des femmes et le vainqueur de récompenses non seulement artistiques, mais aussi humanitaires », selon la formule du New York Times.
Bien sûr, Hollywood n’a jamais passé pour un modèle de vertu. Mais le showbiz a toujours voulu donner l’image d’une institution respectable avec ses cérémonies des Oscars en robes longues et smokings. En réalité, l’industrie du cinéma et des medias est malade du sexe. Elle a une longue tradition de harcèlement de femmes par des producteurs tout-puissants. Aux Etats-Unis, le célèbre comédien Bill Cosby a été accusé de viol, l’animateur de télévision républicain Bill O’Reilly a été licencié après plusieurs scandales sexuels. En Grande-Bretagne, l’ancien animateur vedette Jimmy Savile a été accusé d’agressions sexuelles contre des enfants, qui ont été ignorées pendant des années par la BBC.

A chaque fois, c’est la même conspiration du silence pendant des années avant que les victimes prennent le risque de témoigner. A chaque fois, les hommes de pouvoir qui abusent des femmes paient pour étouffer les plaintes de leurs victimes. A chaque fois, ils commencent par nier et par attaquer les medias avec leurs avocats avant de reconnaître leurs fautes. C’est vrai que, aux Etats-Unis, le showbiz n’a pas de leçon de morale à recevoir quand l’ancien président Bill Clinton a failli démissionner après un scandale sexuel, quand le président Donald Trump est lui-même soupçonné de harcèlement sexuel !

19:21 Écrit par schindma | Lien permanent | Commentaires (0)

16/05/2017

Olivir Guéniat : le flic pétard

Olivier Guéniat, qui vient de disparaître, était un flic atypique. Je l’avait rencontré lors d’un séminaire de formation à la communication. J’avais été bluffé par son ouverture d’esprit, son charisme et son réalisme. En 2014, il avait jeté un pavé dans la mare en affirmant que le modèle répressif suisse de lutte contre la drogue était un échec. Vous me direz : encore un de ces scientifiques naïfs qui ne sont jamais sortis de leur bureau. Vous avez tout faux : Guéniat était alors chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel. Et il rentrait d’une mission d’expert en Uruguay, financée par l’Office fédéral de la santé publique. Ils sont fous, ces Suisses : envoyer un flic pour faire la promotion du pétard ! Guéniat était un flic atypique: diplômé de police scientifique et de criminologie, docteur en sciences forensiques, ancien chef cantonal de la police jurassienne, son canton d’origine. Il était devenu un expert reconnu des problèmes de drogue et il avait même trouvé le temps d’écrire un livre: «Le profilage de l’héroïne et de la cocaïne – une méthodologie moderne de lutte contre le trafic illicite». Bref, tout sauf un spécialiste en chambre.
Et ce que disait le Dr Guéniat, de retour d’Uruguay, étai plutôt provoquant: «Il faut légaliser la production et la consommation de cannabis dans l’espace privé… L’Uruguay fait le pari que cette mesure fera diminuer la pauvreté, la violence et la criminalité…un système de monitoring extrêmement sérieux y a été mis en place, afin de surveiller et mesurer les effets de la loi.» Le flic partisan du pétard privé était un pragmatique. Selon ses déclarations au journal «Le Temps» : «L’Etat autoriserait les consommateurs à s’organiser dans le cadre privé. Une autorisation accordée à ceux qui en feraient la demande et qui payeraient un certain montant annuel, par exemple quelques centaines de francs. Avec l’argent récolté, l’Etat pourrait financer des mesures de prévention et de détection précoce. Parallèlement, la répression pourrait se concentrer sur le marché illicite. Les amendes infligées pour détention de cannabis dans l’espace public devraient être beaucoup plus dissuasives qu’aujourd’hui, par exemple 1500 francs.»
Bien sûr, personne n’était prêt à le suivre dans sa croisade pour la légalisation du cannabis. Mais ses propositions iconoclastes, venant d’un professionnel de la police, ouvraient un débat qui n’est toujours pas fermé.

18:15 Écrit par schindma dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1)